Campagne du 1er décembre: un sursis pour 2026, des doutes pour 2027

Le 22 septembre, 74 associations, comités régionaux de santé sexuelle et sociétés savantes demandaient le rétablissement de la campagne nationale de prévention du VIH du 1er décembre, annulée selon eux faute de budget. Trois jours plus tard, la ministre de la Santé assurait qu’elle «aura bien lieu».

Pascal Pugliese: «Je préfère un objectif qui se mesure à un objectif qui se proclame»

Pascal Pugliese, médecin au CHU de Nice, copréside avec Albane Gaillot le comité de pilotage de la feuille de route 2026-2030 de la Stratégie nationale de santé sexuelle, publiée le 7 septembre. Président du comité de coordination régionale de la santé sexuelle (CoReSS) de Provence-Alpes-Côte d’Azur, il revient pour Vih.org sur ce que le texte apporte et sur les questions qu’il laisse ouvertes.

Déterminants de la contraception en France : une femme migrante sur trois n’en utilise aucune

Avant leur projet de grossesse, 31% des femmes nées à l’étranger n’utilisaient aucune contraception, contre 11% des femmes nées en France. C’est ce que montre une analyse de l’Enquête nationale périnatale 2021, publiée dans la revue Contraception. La précarité matérielle subie par cette population n’explique pourtant qu’un dixième de l’écart.

Santé sexuelle: la troisième feuille de route enfin publiée

Cinq mois après la date annoncée, le ministère de la Santé a rendu publique le 7 septembre la feuille de route 2026-2030 de la Stratégie nationale de santé sexuelle (NS2S): 72 pages, cinq axes, 22 actions, un axe inédit consacré au chemsex et neuf centres de santé et de médiation en santé sexuelle d’ici 2027. Des orientations justes mais sans les moyens supplémentaires nécessaires à l’heure des coupes drastiques de financement pour les associations, dans la dernière ligne droite avant l’échéance de l’élimination de la transmission du VIH de 2030.

Vieillir avec le VIH: Au delà du contrôle de la charge virale

En 2040, plus d’une personne vivant avec le VIH sur deux aura plus de cinquante ans. Plusieurs sessions de la conférence AIDS 2026 ont été consacrées à ce basculement. Cognition, muscles, artères, humeur: les résultats présentés à Rio convergent vers une même conclusion, et butent sur le même angle mort, les services de soins eux-mêmes.

Absence d’évolution du réservoir viral sanguin jusqu’à S96 d’un traitement intermittent 4 jours sur 7 (essai ANRS 170 QUATUOR)

La stratégie 4 jours sur 7 de l’essai ANRS 170 QUATUOR avait déjà fait la preuve de son efficacité virologique jusqu’à 96 semaines. Restait la question du réservoir: en relâchant la pression sur le virus trois jours par semaine, lui laisse-t-on la place de se reconstituer ou de se diversifier? Chez 112 participants suivis deux ans, l’ADN proviral n’a pas bougé, et la diversité des séquences virales non plus.

VOGUE: non-infériorité démontrée du DTG/3TC versus BIC/F/TAF chez des PVVIH naïves de traitement

Peut-on démarrer un traitement anti-VIH par une bithérapie, sans attendre le génotype de résistance et quels que soient la charge virale et le taux de CD4? L’essai VOGUE a randomisé 509 personnes naïves de traitement, dont 16% avec plus de 500 000 copies/mL et autant sous 200 CD4. À 48 semaines, DTG/3TC fait aussi bien que la trithérapie BIC/F/TAF, sans apparition de résistance dans l’un ou l’autre bras.

PrEP à Porter: comprendre les ruptures de suivi pour améliorer la rétention en soin des femmes transgenres

Sur les 101 femmes transgenres migrantes suivies à Paris par le programme communautaire PrEP à Porter, 16 avaient décroché à la semaine 96. N’avoir jamais pris de PrEP, l’observer difficilement, ne pas parler français: l’étude ANRS-0566 identifie ce qui fait rompre le suivi. Elle montre surtout que la majorité des perdues de vue se savent toujours exposées au VIH, et se disent prêtes à revenir si le dispositif s’assouplit.

Anticorps neutralisants en PrEP: le compte n’y est pas

Premier essai de PrEP à associer deux anticorps neutralisants à large spectre, CAPRISA 012C a suivi 1 023 jeunes femmes d’Afrique du Sud et de Zambie. Les injections semestrielles sont sûres, mais elles n’ont pas fait reculer l’incidence du VIH: 22 infections dans le groupe anticorps, 17 sous placebo. La raison tient dans un chiffre: 95% des virus isolés chez les participantes du groupe anticorps résistaient déjà à l’un des deux produits.

Anticorps neutralisants à large spectre: où en sommes-nous?

Les antirétroviraux ne touchent pas le réservoir viral, les anticorps neutralisants à large spectre si. Entre 20 et 30% des personnes traitées par ces bNAbs contrôlent leur virémie plus longtemps, un bénéfice qui dépend de facteurs immunologiques préexistants. Une contrainte vient toutefois le limiter: les souches récentes du VIH-1 sont de moins en moins sensibles à ces anticorps.

AIDS 2026: quand la frontière interrompt la prévention

Cinq présentations de quelques minutes chacune, un même constat: la mobilité fait éclater les parcours de prévention et de soins. À Rio, la session du Track D de AIDS 2026 consacrée aux migrations a montré comment la langue, la guerre, la stigmatisation ou de simples règles administratives découpent l’accès aux soins en morceaux. Une session frustrante par sa brièveté, qui ouvre pourtant une lucarne sur une dimension majeure de la vie des individus et des populations: se déplacer.

PEPFAR: 1 714 sites de soins fermés dans 46 pays

La plus vaste enquête jamais menée sur les conséquences du désengagement américain a interrogé 166 organisations partenaires du PEPFAR dans 46 pays. Résultat: 1 714 sites de services fermés, une organisation sur deux privée d’au moins une subvention, et des services aux populations clés arrêtés dans près de trois cas sur quatre. Présentée à Rio dans la session «Co-Chairs’ Choice», elle montre que la casse frappe d’abord les structures locales, celles-là mêmes sur lesquelles repose la pérennité du programme.

MK-8527 : La PrEP orale mensuelle à l’essai

Le MK-8527 est un nouveau candidat pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) orale, en une seule prise par mois. Il est testé chez les hommes cis, femmes trans et hommes trans dans l’essai international EXPrESSIVE-11, où trois centres parisiens et un centre suisse sont les seuls sites européens. le Dr. Martin Siguier, investigateur principal pour l’hôpital Tenon à Paris, revient sur le mécanisme de la molécule, le déroulement de l’essai, les freins au recrutement et l’horizon d’une éventuelle mise à disposition.

AIDS 2026 à Rio: l’innovation face aux coupes budgétaires

La 26e Conférence internationale sur le sida se tient à Rio de Janeiro du 26 au 31 juillet, sur le thème «Repenser, reconstruire, se relever». Prévention hautement efficace, prise en charge simplifiée, recherche sur la guérison: les avancées annoncées sont nombreuses. Elles arrivent au moment où reculent les financements internationaux, et l’expertise scientifique elle-même.

Dépistage systématique des IST sous PrEP: la France à contre-courant ?

Faut-il continuer à dépister tous les trois mois les infections sexuellement transmissibles chez les hommes sous PrEP, même en l’absence du moindre symptôme? La Belgique a répondu non et a retiré ce dépistage systématique de ses recommandations, données d’essai à l’appui. Réunis aux Journées santé sexuelle de la SFLS au début du mois de juin 2026, ses voisins, France comprise, mesure l’écart qui les sépare désormais de Bruxelles.

Dermatophilose : une IST émergente chez les HSH

Deux équipes hospitalières, l’une à Lyon et Paris, l’autre à Barcelone, viennent de décrire dix-huit cas d’une infection cutanée d’origine animale, la dermatophilose, chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sans le moindre contact avec du bétail. Le séquençage des souches, quasi identiques au sein de chaque foyer, oriente vers une transmission de peau à peau pendant les rapports. Bénigne et sensible aux antibiotiques, l’infection intrigue surtout par ce qu’elle annonce : une bactérie réputée animale pourrait s’installer dans les réseaux sexuels, comme le mpox avant elle.

Vaccination HPV : faut-il passer à l’obligation ?

Les papillomavirus humains (HPV) provoquent chaque année en France près de 7 000 cancers et plus de 1 000 décès, qui pourraient être évités par la vaccination des adolescents. La couverture plafonne pourtant à 35% chez les filles et 27% chez les garçons, loin des 80% atteints en Australie, au Royaume-Uni ou au Portugal. Pour Mélanie Heard (Terra Nova), ce retard tient moins à la défiance des familles qu’à l’hésitation politique d’une action publique qui n’ose pas trancher entre recommandation et obligation.

CSF-2023 dans les Outre-mer : des indicateurs attendus

L’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE) a publié le 14 avril 2026 les premiers résultats du volet Outre-mer de l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), menée en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion. À ce stade, les chiffres restent succincts : principaux indicateurs par sexe, plus rarement par âge, sans comparaison ni avec l’Hexagone ni avec les enquêtes antérieures. Ces quatre départements concentrant les indicateurs de santé sexuelle les plus dégradés du territoire national, des analyses contextualisées sont d’autant plus nécessaires et urgentes.

Prise de poids sous ARV: agir au-delà du switch

À l’AFRAVIH 2026, deux présentations ont remis la prise de poids sévère et l’obésité au centre du suivi des personnes vivant avec le VIH. Les inhibiteurs d’intégrase et le ténofovir alafénamide (TAF) sont clairement associés à une prise de poids, mais arrêter ces molécules ne suffit presque jamais à rendre les kilos. Le débat se déplace vers les analogues du GLP-1, l’activité physique et la prévention au moment de l’initiation du traitement.

HPV : «Plus on vaccine tôt, plus on a de chances de prévenir un cancer»

À 58% de couverture pour une dose à 15 ans, à peine 48% pour deux doses à 16 ans: la France reste très en deçà des pays qui voient déjà le cancer du col de l’utérus en voie d’éradication. Pour le Pr Geoffroy Canlorbe, gynécologue cancérologue à la Pitié-Salpêtrière, secrétaire de la Société française de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale (SFCPCV) et vice-président du CRCDC France, le constat est sans appel: «on est à la ramasse.» Vaccination, dépistage, partenaires, immunité: il revient en détail sur un dossier compliqué, où les blocages persistants n’empêchent pas de vrais succès en 2026.