Publiés dans Sexually Transmitted Infections (STI), les résultats du suivi de la Clinique de santé sexuelle de l’hôpital Bichat (Paris 18e) portent sur une des plus grandes séries de personnes trans sous PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. : 209 femmes qui ont commencé la PrEP entre 2016 et 2023. Ce service en étroite association avec Acceptess-T offre dans un cadre communautaire une prise en charge aux personnes trans : l’association apporte accueil et soutien, de l’aide sociale et juridique voire juridictionnelle, des aides matérielles pour la vie quotidienne, des conseils de prévention sexuelle et des tests sur place ; la clinique hospitalière prend en charge les aspects médicaux et une écoute en santé sexuelle avec un accueil en espagnol pour les nombreuses hispanophones.
La publication porte sur la rétention/durée de la PrEP. Les informations traitées sont extraites des dossiers médicaux de façon rétrospective, comportant un ensemble de données individuelles détaillées en termes sociaux et médicaux, ainsi que les informations sur le suivi de la PrEP. La discontinuité de la PrEP est définie comme une interrupti de plus de 6 mois entre deux consultations (qui ont lieu en général tous les 3 mois), interruption sans information sur une prise en charge PrEP ailleurs.
Les femmes trans de l’étude avaient en médiane 36 ans, étaient originaires de différents pays sud-américains, pour 74 % travailleuses du sexe et 54 % étaient assurées au régime général de l’assurance maladie ; 7 % avaient eu une chirurgie de réassignation sexuelle et 38% prenaient des hormones féminisantes. Ce qui est le reflet de l’importante file active de l’hôpital Bichat mais ne saurait résumer les questions de l’accès et du suivi de la PrEP, orale ou injectable, de l’ensemble des femmes trans en France.
Parmi ces femmes, une sur cinq n’est pas revenue après la première consultation et parmi les 190 femmes suivies, 13/190 (7%) ont présenté des effets secondaires qui ont conduit à l’arrêt pour 10 d’entre elles (effets gastro-intestinaux, toxicité rénale). Deux femmes ayant arrêté pour toxicité ont séroconverti plusieurs mois après la fin de la PrEP. Sur la période, 57% ont eu au moins une ISTIST Infections sexuellement transmissibles. pendant le suivi.
Parmi les femmes ayant initié la PrEP dès 2016, 62 % ont réalisé le suivi à 6 mois et 38 % à 12 mois ; les taux tombaient respectivement à 63 % et 31 % pour les initiations de 2022. À la date point de l’étude en 2023, 31 % étaient en PrEP, 29 % avaient arrêté et 39 % avaient interrompu depuis 6 mois et n’avaient pas repris : soit une durée médiane de 10,3 mois, soit un taux d’arrêt de 58,2 pour 100 personnes-années, bien plus élevé que celui observé dans PREVENIR (17,6 pour 100 personnes-années, étude qui ne comportait que 14 personnes trans soit 0,4 %), là dans une population bien différente de HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. dans l’agglomération parisienne. Aucune association statistique n’est observée avec l’âge, le travail sexuel, le traitement hormonal ou l’antériorité d’une chirurgie de réassignation. Cette durée de PrEP ou ce niveau d’arrêt sont dans l’ordre de grandeur des quelques études conduites sur une population similaire. Pourtant ils sont jugés insatisfaisants pour les acteurs de ce programme qui ont noué dans la durée une coopération forte.
Cette coopération forte entre structures, communautaire et médicale, a permis de donner accès à la PrEP à des femmes trans très exposées et soumises à des conditions de vie difficiles. Mais les deux équipes devant ces résultats insuffisants et améliorables ont proposé depuis 2022 un nouveau modèle de prise en charge « PrEP à porter », présenté à l’EACS 2025, qui articule mieux les temps et lieux de prise en charge, donne encore plus de place à l’association communautaire avec en plus de l’existant la téléconsultation pour la PrEP et les soins trans et un programme de santé mentale dans les locaux associatifs. Pour les 101 femmes suivies sur la période, dont une partie déjà sous PrEP à l’entrée dans « PrEP à porter », 67 étaient encore en PrEP à 48 semaines. Donc déjà un beau succès. Ce programme se poursuit et de nouveaux résultats seront présentés à l’AFRAVIH 2026 (Lausanne).
Référence
- Isernia V, Cervantes M, Digumber M, Peralta F, Louni F, Deprez A, Le Gac S, Vandendriessche C, Champenois K, Sautereau A, Bachelard A, Phung B, Benalycherif A, Landman R, Blanquart L, Ghosn J. Pre-exposure prophylaxis (PrEP) uptake and retention in care in a group of transgender women at high risk of HIV: a French cohort of follow-up. Sex Transm Infect. 2026 Feb 17;102(2):94-96. doi: 10.1136/sextrans-2024-056445. PMID: 40764038.
- Isernia V, Ouvrard F, Peralta F, Cervantes M, Faye A, Sagaon-Teyssier L, Girard G, Deprez A, Le Gac S, Benalycherif A, Landman R, Spire B, Blanquart L, Ghosn J. Evaluation of an adaptive, multidisciplinary, reach-out program, facilitating HIV pre-exposure prophylaxis (PrEP) prescription and retention, in a group of trans women at high risk of HIV infection. EACS, Paris, 2025.