«Parlons chems», «Avril Utile»: deux approches pour aborder le chemsex

À quelques jours d’intervalle, Vers Paris sans sida et le magazine Têtu ont lancé deux campagnes consacrées au chemsex. La première, «Parlons chems», est diffusée sur les applications de rencontre gay à partir du 26 mars. La seconde, «Avril Utile», prend la forme d’un mois éditorial collectif lancé le 31 mars.

Le chemsexChemsex Le chemsex recouvre l’ensemble des pratiques relativement nouvelles apparues chez certains hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), mêlant sexe, le plus souvent en groupe, et la consommation de produits psychoactifs de synthèse. consommation de produits psychoactifs en contexte sexuel, concerne en particulier les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH). Les enquêtes françaises documentent depuis plusieurs années une pratique installée, avec des risques spécifiques: overdoses au GHB/GBL, infections par le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. et autres ISTIST Infections sexuellement transmissibles.  situations de dépendance, isolement. Les dispositifs d’accompagnement existent, portés par des associations et des structures de santé, mais l’information reste dispersée.

«Parlons chems» sur Grindr et SCRUFF

La campagne de Vers Paris sans sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome. est diffusée sur Grindr et SCRUFF, principales applications de rencontre utilisées pour organiser des plans chemsex. Elle est signée Dr Naked, compte Instagram de santé sexuelle LGBT+ géré par l’association, et s’appuie sur des photographies prises lors de soirées chemsex. Trois visuels, trois messages: faire le point sur sa pratique, promouvoir la PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. comme outil de prévention du VIH, rappeler les repères de réduction des risques liés au GHB/GBL. Les messages ont été élaborés avec le groupe de travail chemsex de la MMPCR (Mission métropolitaine de prévention des conduites à risques).

Campagne parlonschems.fr, Vers Paris sans sida, 2026.

«L’enjeu, c’est de proposer des repères utiles, accessibles et sans jugement, en partant des usages réels. Notre campagne et le site parlonschems.fr visent à faciliter l’accès à l’information et à orienter vers les ressources existantes», indique Christophe Martet, président de Vers Paris sans sida.

La campagne renvoie vers parlonschems.fr, plateforme d’information reprenant les codes d’une application mobile. Le site propose des contenus courts répartis en deux volets, l’un consacré à la consommation et à l’accompagnement, l’autre à la santé sexuelle et au consentement. Il regroupe les repères d’urgence (appel au 15 ou au 18 en cas de perte de conscience), les indications sur la PrEP et le traitement post-exposition, les ressources de dépistage IST. Il oriente vers les structures parisiennes et de Seine-Saint-Denis: Checkpoint Paris, Le 190, le SPOT Paris, Acceptess-T, CeGIDDCeGIDD Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles. Ces centres remplacent les Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) depuis le 1er janvier 2016. Son développement a été soutenu par la Fondation Gilead, bailleur régulier des actions de Vers Paris sans sida.

«Avril Utile»: un mois éditorial, pas un défi

Lancée le 31 mars par têtu, Avril Utile prend ses distances avec les campagnes mensuelles d’abstinence. « On ne décroche pas du chemsex comme on suspend sa consommation d’alcool durant le Dry January, ni comme on se colle un patch de nicotine pendant le mois sans tabac », écrit la rédaction dans son manifeste. L’opération se présente comme un mois pour « ralentir, questionner nos habitudes de consommation, revisiter des plaisirs délaissés ». Tout au long d’avril, le magazine publie éclairages, témoignages et conseils, adossés à la réduction des risques et aux connaissances en addictologie.

Le manifeste assume un cadrage collectif: «Le chemsex n’est pas une affaire individuelle. Si le phénomène touche la communauté gay, c’est qu’il y trouve un terreau.» La rédaction inscrit la consommation en contexte sexuel dans un ensemble plus large, santé mentale, sociabilités gays, solitude, et conclut: «Réfléchir ensemble, c’est déjà desserrer l’étau.» L’opération s’appuie sur le hashtag #Avrilutile et sur un emoji bandage 🩹, utilisé en stories et sur les applications de rencontre pour signaler aux partenaires potentiels une pause ou un ralentissement.

Onze structures associatives soutiennent l’opération: ENIPSE (Équipe nationale d’intervention en prévention et santé), Paris & Seine-Saint-Denis sans sida, Not Today, Actions Traitements, Chems Pause, Checkpoint, AIDES, Act Up-Paris, la Fédération Addiction, SNEG & Co et Groupe SOS.

Les deux initiatives diffèrent dans leur format: l’une s’inscrit dans la géographie parisienne et francilienne et passe par les applications de rencontre; l’autre est un rendez-vous éditorial national, déployé sur un mois et relayé par une coalition associative. Elles partagent néanmoins un cadrage commun avec une approche qui s’inscrit dans la réduction des risques, un vocabulaire non stigmatisant, et le renvoi vers les dispositifs d’accompagnement existants plutôt qu’une injonction au sevrage.

Sources