Le VIH/sida en France en 2018

Si les données épidémiologiques 2017 sur l’épidémie de VIH ne sont malheureusement pas encore toutes disponibles, l’étude des caractéristiques des personnes ayant découvert leur séropositivité au VIH entre janvier 2017 et septembre 2018 nous permet de mieux comprendre les raisons de la persistance de l’épidémie en France.

Publié le 01 Décembre 2018 par

L’une de ces causes: Un diagnostic trop tardif après la contamination et donc, un délai trop long avant de pouvoir bénéficier, au niveau populationnel, de l’effet préventif des traitements. En attendant la confirmation des chiffres de l’année, cette journée mondiale 2018 de lutte contre le sida est l’occasion de se pencher les conditions de recours au dépistage en France, particulièrement au sein des populations les plus exposées.

Profil de l'épidémie de VIH en 2017-2018

L’agence nationale de santé publique, Santé publique France, produit habituellement chaque année des données actualisées sur l’infection par le VIH et les infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes en France. Pas cette année notamment à cause de la modification récente du recueil des données (e-DO), et de l’attente de la mesure de l’impact de la Prep sur les nouveaux diagnostics chez les hommes homosexuels et bisexuels..

Publié le 01 Décembre 2018 par

Contrairement aux années précédentes, donc, les chiffres de l’année 2017 n’ont pas encore pu être estimés à partir des déclarations obligatoires reçues à ce jour. En cause, la prise en compte dans l’estimation de l’exhaustivité de la déclaration obligatoire, les données manquantes et les délais concernant certaines déclarations, notamment en raison d’une augmentation du nombre de ces données manquantes. L’équipe de Santé publique France travaille en ce moment à l’adaptation de la méthode de calcul, avec des biostatisticiens, pour l’optimiser et l’automatiser.

Une nouvelle méthode d’estimation pour 2016

Parallèlement, une nouvelle méthode d’estimations de la prévalence à l’infection à VIH pour l’année 2016 a permis à Santé publique France de présenter de nouvelles données, prenant en compte les personnes vivant avec le VIH perdues de vue et de mettre à jour la cascade de la prise en charge de l’infection.

Rappelons que pour l’année 2016, le nombre de découvertes de séropositivité VIH avait été estimé à environ 6 000. Le nouvel algorithme utilisé pour identifier les personnes vivant avec le VIH permet ainsi d’estimer dorénavant à 172 700 personnes environ le nombre de personnes vivant en France avec le VIH : 86% connaissent leur statut, 76% sont sous traitement et 74% ont une charge virale contrôlée. (Notons que ce qui pourrait apparaître comme une augmentation statistique du nombre de cas n’en est pas une, il s’agit uniquement d’une modification de la méthode de calcul. Avec cette ancienne méthode, le nombre de personnes vivant avec le VIH en France était estimée entre 130 000 et 150 000.)

Cascade de la prise en charge de l'infection à VIH en 2016, Nouvelle méthode - Lise Marty, SPF 2018

Ces calculs permettent d’estimer à 24 000 environ le nombre de personnes vivant avec le VIH sans le savoir, et à environ 4600 le nombre de personnes diagnostiquées mais pas encore suivies. Le nombre de personnes séropositives perdues de vue après la prise en charge serait de 6,4%, un chiffre en cours de confirmation. La taille de l’épidémie «cachée», ou non retrouvée, ne semble malheureusement pas évoluer depuis plusieurs années, ce qui n’est évidemment pas une bonne nouvelle.

Enfin, cette nouvelle méthode de calcul permet de confirmer un délai médian entre les différentes étapes du soins en France encore bien trop long : Environ 3,3 ans en moyenne entre l’infection par le VIH et le diagnostic, autant de jours sans le bénéfice personnel et populationnel de l’effet Tasp , la personne infectée non dépistée étant potentiellement contaminante (cf. ci-dessous).

Nombre constant de nouvelles infections & délais long - Lise Marty et al, SPF 2018

Les données brutes 2017

Sur la base des données brutes recueillies, Santé publique France a néanmoins pu décrire les caractéristiques des personnes ayant découvert leur séropositivité entre janvier 2017 et septembre 2018. Ces descriptions devront donc être confirmées ultérieurement à partir des données corrigées, mais on ne doit pas s’attendre à une surprise.

Ces premiers résultats sont possibles grâce à la déclaration obligatoire en ligne, qui permet de raccourcir les délais de disponibilité des données. Malheureusement, la proportion des données manquantes du fait de l’absence de déclaration du clinicien (si seul le laboratoire déclare, l’agence n’obtient que des données sommaires), ce qui complique la production de données corrigées.

Les populations les plus exposées

Comme pour l’année 2016, les hommes ayant des rapports sexuels entre hommes ( HSH ) et les hétérosexuels nés à l’étranger —dont les 3⁄4 sont nés dans un pays d’Afrique subsaharienne— restent les deux groupes les plus touchés, avec respectivement 45% et 38% des découvertes sur cette période. Les hétérosexuels nés en France et les usagers de drogues injectables représentent respectivement 15% et 1%, des proportions stables depuis 2015.

L’âge de la découverte de séropositivité

Plus de séniors chez les hétérosexuels nés en France, plus de jeunes <25 ans chez les HSH et chez les femmes hétérosexuelles nées en France - SPF 2018

La répartition par âge varie selon les différents groupes: Ainsi, 42% des contaminations chez les hommes hétérosexuels nés en France ont eu lieu chez des plus de 50 ans, contre 31% chez les femmes hétérosexuels nées en France et 15% chez les HSH. Alors que c’est les HSH et les femmes hétérosexuels nées en France qu’on trouve la plus grande proportion de personnes de moins de 25 ans, avec 17% et 16% respectivement.

Les coinfections VHC et autres IST

Entre janvier 2017 et septembre 2018, plus de 75% des usagers de drogues injectables, qui représentent une part minime des nouveaux diagnostics, ont découvert leur infection par le VHC en même temps que le VIH (contre 4% dans l’ensemble de la population). En ce qui concerne les autres infections sexuellement transmissibles, la proportion de HSH découvrant une autre infection lors de leur diagnostic VIH est en augmentation depuis 2011.

Les personnes transgenres

Santé publique France recense 185 découvertes de séropositivité entre 2012 et septembre 2018, dont 66% en Île-de-France. La majorité (71%) de ces personnes était née en Amérique (Brésil et Pérou), et 26% étaient découvertes à un stade avancé. Dans cette population également, le recours au diagnostic est insuffisant : 36% n’avaient jamais réalisé de test de dépistage.

Les découvertes au stade sida

Là encore, nous n’avons pas encore de chiffres pour l’année 2017, mais nous savons déjà que ces nouveaux cas de sida sont principalement diagnostiqués, 80% en moyenne, chez des personnes qui n’étaient pas sous traitement ARV. Sauf chez les usagers de drogues injectables, parmi lesquels 50% avaient déjà reçu des ARV avant le diagnostic de sida.

Les années passent, mais les chiffres varient peu : La France n’arrive pas à faire baisser le nombre des personnes infectées par le VIH, n’arrive pas à augmenter significativement le nombre de dépistages, et stagne sur le taux de dépistage tardif. Les chiffres de l’impact de la Prep chez les HSH qui devrait être rendus public en Janvier 2019 et pourront nous renseigner sur la dynamique de l’épidémie dans cette population.  Notre dossier de l’année dernière et ses analyses sont toujours d’actualité tant les choses ont malheureusement peu changé : Tant que l’efficacité du dépistage n’augmentera pas chez les personnes les plus exposées, que le recours à la Prep n’augmentera pas, le nombre des contaminations ne changera pas.

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