CROI 2018: 25e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes

La 25e édition de la CROI, pour "Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections", la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, se tient à Boston du 4 au 7 mars 2018. Le Dr Cédric Arvieux couvre le congrès pour le COREVIH Bretagne.

Publié le 06 Mars 2018 par
Portrait de Cédric Avrieux
Cédric Avrieux, COREVIH Bretagne

Nous revoici à Boston pour la 25e édition de la CROI. Pas de froid polaire cette année, on pourra traverser la rue sans avoir a s'habiller en Eskimo... Judith Currier, présidente de cette 25ème édition, a néanmoins plaidé en introduction pour que la CROI retourne dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, dans un endroit un peu plus chaud que Boston (cette année) ou Seattle (l'an dernier… et l'an prochain). Un petit historique pour rappeler qu'à la première CROI de Washington il y a 25 ans, il n'y avait pas de smartphone, pas de PubMed, les ordinateurs "portables" pesaient rarement ois de 7 kg quand on avait la chance d'en avoir un… Côté sciences, la question à l'époque était plus de savoir quand passer dans une pratique de soins palliatifs, comment mieux traiter les infections opportunistes… et pas encore réellement sur les traitements antirétroviraux.

Même si l'on ne dispose pas encore de vaccination, les 21 millions de personnes sous traitement sont là pour nous montrer les progrès de l'accès au traitement, mais l'avenir n'est peut être pas aussi clair qu'on le souhaiterait : les fonds sont plutôt à la baisse (le PEPFAR notamment), il y a moins de jeunes s'engageant dans la recherche sur le VIH , et finalement alors que le nombre de patients à prendre en charge ne fait que croitre, les moyens engagés dans la lutte contre le VIH paraissent plutôt en phase de stagnation, voire de régression.

Mais la dynamique scientifique est tout de même au rendez-vous cette année : plus de 1 000 communications, 54% (1061/1960) des propositions d'abstracts ayant été acceptées; il y a un peu plus de 4.000 inscrits dont 42% d'étrangers. L'Afrique n'arrive pas encore à dépasser 10% des abstracts soumis, alors qu'une grande partie des recherches actuelles se déroulent sur son territoire (mais beaucoup de communications comportent des auteurs africains, même si la communication n'est pas estampillée "Afrique"...).

Session plénière d'ouverture

Le Dr Cédric Arvieux est à la CROI 2018 et nous reproduisons ici, avec son aimable autorisation, ses chroniques publiées in extenso sur le site du COREVIH Bretagne

Publié le 06 Mars 2018 par
Portrait de Cédric Avrieux
Cédric Avrieux, COREVIH Bretagne

The Potential of International Collaborations For HIV Prevention: Studies of Mother-to-Child-Transmission
Julie M. Overbaugh, Fred Hutchinson Cancer Research Center, Seattle, WA, USA

Les premières études réalisées dans la cohorte d'allaitement maternel de Nairobi ont permis de décrire l'épidémiologie de la transmission mère-enfant post-natale dès la fin des années 1990 (Nduty et al. JAMA 2000), avec un taux de transmission de 20% à 6 semaines et 40% à 24 semaines, avec une sévérité particulière des infections précoces; mais les données de cette étude ont également permis de savoir si les enfants exposés et non infectés lors de l'allaitement sont protégés par les Ac transmis par la mère, que ce soit les Ac neutralisants ou les Ac ADCC.

Dans cette étude, la sélection de 72 enfants non infectés à la naissance a permis de comparer les niveau c'Ac chez les enfants non-infectés par l'allaitement (51) à ceux des enfants infectés (21). On ne retrouve pas de différence pour les Ac neutralisants, et une différence mais non statistiquement significative pour les Ac ADCC. Chez les enfants qui s'infectent, le niveau d'Ac ADCC est prédictive de la mortalité : plus le niveau d'AC est élevé, moins la morbi-mortalité est importante.

De multiples études ont été publiées sur le sujet, avec des corrélations très variables… Dans la Cohorte BAN du Malawi, les résultats sont plutôt inverses (Ghulam-Smith mBio8, 2017) avec des Ac ADCC élevés chez les mères qui transmettent. La particularité de la plupart des études et de s'intéresser surtout aux Ac des mères plus qu'à ceux des enfants.

Dans la cohorte de Nairobi, 28 enfants ont pu bénéficier d'un suivi immunitaire prolongé (Goo et al. Nat Med 2014). Chez ces enfants, la cinétique des Ac neutralisants est différente de ce que l'on retrouve chez les adultes. Chez l'un des enfants , un Ac neutralisant à large spectre a pu être isolé, avec un niveau faible de mutations hypersomatiques , contrairement à ce que l'on peut retrouver chez l'adulte. Un séquençage complet a pu être réalisé sur plusieurs prélèvements, montrant l'apparition de mutations successives corrélée aux capacités neutralisantes progressivement élargies de l'Ac. Peu de mutations sont nécessaires pour obtenir cet effet neutralisant, et pourrait potentiellement être utilisé dans la conception d'un vaccin.

Cet essai a également été à l'origine du développement des connaissances sur l'enveloppe virale, et notamment la mise au point du trimère BG505 SOSP, candidat potentiel à la vaccination (Klasse et al. Plos path 2018).

Mich Mar Geno - The Gift Of Hope
Elizabeth A. Bukusi, Kenya Medical Research Institute, Nairobi, Kenya

Impossible de résumer ce vaste panorama de l'intrication entre recherche clinique, recherche communautaire et collaborations internationales au Kenya : il faut regarder le Webcast!

 

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