Drogue et banlieues: une histoire encore méconnue (France, années 1970-1980)

Les banlieues furent des terrains privilégiés de l’épidémie d’héroïne depuis les années 1980, avec sans doute des milliers de morts silencieuses, d’overdose ou des effets du VIH contracté par la pratique de l’injection. Les processus de massification des trafics et de précarisation des usages de drogue en banlieue demeurent mystérieux, les travaux de recherche historique étant encore trop peu nombreux. à partir de l’exemple parisien, essayons de comprendre comment la drogue a délaissé les centres-villes pour s’enraciner en banlieue et comment cette épidémie fut paradoxalement à la fois médiatisée et tue.

Aux racines de la prohibition des drogues

Premières marchandises qui ont circulé à travers le monde, les drogues psychotropes ont été aussi les premières à faire l’objet de traités internationaux. Pourtant, lorsqu’en 1909 et 1912 ces traités sur l’opium ont été signés, les pays signataires acceptent tout au plus de réguler ce commerce fort lucratif. Pourquoi cette politique internationale a-t-elle abouti à la prohibition? Comment a-t-elle été mise en place, qu’est-ce qui justifie la sélection des substances prohibées? Et comment a-t-elle abouti à la fin des années soixante à une guerre internationale qui va progressivement gagner tous les continents?

Du clystère à la seringue: l’injection à travers l’histoire

Ovide, dans ses Métamorphoses, décrit comment Médée, après avoir vidé Eson de son sang, lui injecte des liqueurs de plantes magiques pour le rajeunir. Les Anciens avaient-ils déjà intégré la notion d’injection (d’un produit dans le corps puis directement dans le sang) dans le but de soigner les corps ou d’en changer le métabolisme? De fait, depuis l’Antiquité, l’idée a fait son chemin durant près de 20 siècles. Par la suite, aucune invention médicale ne bouleversera autant les pratiques thérapeutiques que la seringue hypodermique associée à l’emploi des opiacés. L’usage de cet instrument a profondément modifié le rapport à la douleur et permis des interventions d’une efficacité et d’une rapidité inouïes. Mais l’injection, de morphine ou autre, échappa rapidement aux mains expertes des praticiens…

Découverte du VIH: L’histoire du ganglion de «BRU»

1) D’abord la date: Pour incroyable que cela puisse paraître, plusieurs versions circulent : pour certains majoritaires, et non des moindres, tout s’est passé le lundi 3 janvier 1983, c’est le cas de la lecture devant le comité Nobel de Luc Montagnier, le 8 décembre 2008 de Jean-Claude Chermann dans plusieurs entretiens, de L’histoire du Sida de Mirco Gremek et aussi, page 50 du livre récit de Bernard Seytre. Mais que se passait-il d’autre le 3 janvier 1983? En dehors de ce qui figure ici, issu probablement de la tête féconde des différents intervenants Willy Rozenbaum, Françoise Brun-Vézinet, Christine Rouzioux et les pastoriens? Avaient-ils seulement conscience qu’ils allaient influencer l’histoire? Impossible de le vérifier aujourd’hui. Le 3 janvier 83, Time consacrait sa couverture à l’ordinateur, La France dotée d’une loi sur la protection de l’épargne et Sheila chantait Glori Gloria à l’Académie des 9! Dans la thès