Une protection attendue, mais encore incomplètement comprise
À la naissance, le système immunitaire du nourrisson reste immature. Durant les premiers mois de vie, l’enfant dépend en grande partie des anticorps maternels transmis pendant la grossesse et via l’allaitement. Dans ce contexte, la vaccination maternelle constitue une stratégie bien connue pour protéger indirectement le nouveau-né, notamment contre certaines infections respiratoires liées au VRS.
Avec le Sars-CoV-2, cette logique s’est rapidement imposée. Les vaccins à ARN messager, recommandés chez les femmes enceintes, induisent la production d’immunoglobulines G (IgG) capables de traverser le placenta. Plusieurs travaux ont déjà montré une réduction du risque d’hospitalisation pour Covid chez les nourrissons exposés in utero. Mais une question restait sans réponse : cette immunité transmise influence-t-elle aussi le risque d’autres infections ?
C’est précisément l’objectif de cette étude : évaluer l’association entre vaccination anti-Covid pendant la grossesse et risque d’infections chez l’enfant au cours des premières années de vie, tout en analysant la durée de la protection spécifique contre le CovidCovid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2.
Une cohorte nationale d’une ampleur exceptionnelle
Les chercheurs ont mis en place une étude de cohorte à partir des registres nationaux norvégiens, couvrant l’ensemble des naissances entre mars 2021 et décembre 2023. Au total, 146 031 enfants ont été inclus, dont 25 % exposés à une vaccination maternelle contre le Covid pendant la grossesse.
La richesse du système de santé norvégien a permis un suivi exhaustif : données de naissance, statut vaccinal, diagnostics en soins primaires et hospitaliers, variables socio-économiques, antécédents maternels. Les enfants ont été suivis dès la naissance jusqu’à un événement infectieux, un décès, une émigration ou la fin de l’étude.

L’exposition était définie comme au moins une dose de vaccin à ARNm administrée pendant la grossesse. Les analyses ont reposé sur des modèles de régression de Cox, ajustés sur de nombreux facteurs de confusion (âge maternel, niveau d’éducation, statut socio-économique, infection maternelle pendant la grossesse, etc.).
Les infections ont été classées selon leur nature (respiratoires, digestives, urinaires, virales, sévères) et selon le niveau de recours aux soins (médecine de ville ou hôpital).
Résultats : un effet spécifique sur le Covid, mais pas d’impact global sur les infections
Premier constat : la vaccination maternelle n’est pas associée à une modification du risque global d’infections nécessitant une prise en charge hospitalière. Le rapport de risque ajusté est de 0,99 (95% CI, 0.95–1.03), indiquant une absence de différence significative entre les enfants exposés et non exposés.
En revanche, pour le Covid, le bénéfice est net. Les nourrissons exposés présentent un risque significativement réduit d’hospitalisation pour infection à Sars-CoV-2 (HR ajusté, 0,64; 95% CI, 0.56–0.73). Cette protection est toutefois transitoire :
- 0–2 mois : réduction de 52 % du risque (HRa 0.48; 95% CI, 0.40–0.56)),
- 3–5 mois : réduction de 24 % (HRa 0.76; 95% CI, 0.60 and 0.98)),
- Après 6 mois : disparition de l’effet protecteur.
Ces résultats confirment le déclin progressif des anticorps maternels, déjà suggéré par des études sérologiques.
Concernant les autres infections (respiratoires, digestives, urinaires, infections sévères), aucune différence notable n’est observée en milieu hospitalier.
En soins primaires, une légère augmentation du risque d’infections est initialement observée chez les enfants exposés (HRa 1,05; 95% CI, 1.03–1.05). Mais cette association disparaît après exclusion des enfants de mères non vaccinées en fin de suivi, dont la majorité n’étaient pas nés en Norvège et pour lesquels il manquait des données en matière d’éducation et de revenus. Les auteurs de l’étude expliquent la disparition de ce lien par un recours aux soins primaires différent dans ce groupe.
Entre protection ciblée et biais d’interprétation
Ces résultats apportent un éclairage important. D’une part, ils confirment l’efficacité de la vaccination maternelle pour protéger le nourrisson contre le Covid dans les premiers mois de vie. D’autre part, ils rassurent quant à l’absence d’effet délétère sur le risque d’autres infections.
L’hypothèse d’un effet indirect sur d’autres infections — par modulation du système immunitaire ou interactions virales — n’est pas confirmée ici. De même, les craintes liées à une éventuelle saturation du transfert d’anticorps ne sont pas étayées.
L’étude met cependant en évidence plusieurs biais potentiels. Le profil des mères vaccinées diffère de celui des non vaccinées (niveau d’éducation plus élevé, revenus plus importants), traduisant un possible biais du « vacciné en bonne santé ». À l’inverse, certaines comorbidités peuvent inciter à la vaccination, introduisant un biais de confusion par indication.
Les analyses de sensibilité, notamment l’exclusion des mères restées non vaccinées, renforcent la robustesse des résultats, en atténuant les différences observées en soins primaires.
Enfin, certaines limites doivent être soulignées : absence de données sur l’allaitement, sur les taux d’anticorps maternels, ou encore sur les vaccinations infantiles ultérieures. De plus, les diagnostics en soins primaires reposent parfois sur des codages moins précis.
Conclusion : un bénéfice clair, mais circonscrit dans le temps
Cette étude de grande ampleur confirme que la vaccination contre le Covid pendant la grossesse protège efficacement les nourrissons contre les formes nécessitant une hospitalisation, mais uniquement durant les six premiers mois de vie.
Elle ne met en évidence ni augmentation du risque global d’infections, ni effet protecteur étendu à d’autres pathologies infectieuses.
Ces résultats confortent les recommandations actuelles en faveur de la vaccination maternelle, tout en rappelant que cette stratégie ne remplace pas, à plus long terme, le développement de l’immunité propre de l’enfant.
Rappelons par ailleurs que la vaccination contre le Covid pendant la grossesse n’entraîne aucun risque de malformation, comme l’a montré une vaste étude française parue en octobre 2025 dans JAMA Network Open (lire notre article). Et d’après d’autres travaux publiés en février 2026, rien ne permet de conclure que cette infection perturbe le développement cérébral du fœtus (lire notre article).