Le mpox

Le mpox est une maladie virale proche de la variole qui fait partie du groupe des orthopoxvirus. La maladie affecte principalement les singes et les rongeurs, mais peut également infecter les humains sans que l’on connaisse précisément le réservoir animal. Elle peut se transmettre de personne à personne, principalement par contact avec les lésions cutanées. En 2022, l’épidémie à grande échelle survenue essentiellement dans la population homosexuelle des pays du Nord a révélé l’étendue des épidémies récurrentes et persistantes en Afrique subsaharienne.

Description

Le mpox —anciennement appelé «variole du singe» ou variole simienne— a été identifié pour la première fois en 1970 chez l’homme comme zoonose en République démocratique du Congo (RDC). Il continue de circuler dans les pays d’Afrique centrale et occidentale, où des flambées épidémiques, étudiées et surveillées, ont régulièrement eu lieu jusqu’à ces dernières années, et persiste dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne.

Impropre, le premier nom de l’infection à mpox, la «variole du singe», provenait de la première espèce chez qui elle a été observée, mais les réservoirs du virus sont plutôt les rongeurs (écureuils, rats gambiens, loirs) et différentes espèces de singes. On ne connaît pas l’hôte principal du virus. L’OMS a débaptisé le monkeypox en novembre 2022 pour le renommer «mpox» et prévenir la stigmatisation des personnes atteintes et notamment des hommes ayant des rapports avec d’autres hommes.

Récemment, des chercheurs ont suivi la trace d’une infection au mpox dans un groupe de singes mangabey à la recherche de l’hôte initial. Leur article incrimine un écureuil arboricole africain, parfois consommé par les singes et par les hommes. (Voir à ce sujet notre article : Du singe mangabey à l’écureuil à pattes rousses, la quête du réservoir animal du mpox.)

Deux clades distincts sont initialement identifiés : le clade ouest-africain IIb en 2022, et le cladeClade Les clades désignent les variations d’un même virus qui ont divergé au gré des mutations génétiques. Ia dans le bassin du Congo (RDC). Fin 2023, les professionnels de santé ont constaté que le clade Ib, une autre souche virale, pouvait aussi se propager par voie sexuelle, entre les membres d’un même foyer, ainsi que par contact étroit (avec une personne ou un animal infecté, ou avec des matériaux contaminés par le virus). Il est signalé depuis dans 28 pays africains et par des cas sporadiques rares sur d’autres continents, dont l’Europe.

Classification of Cowpox Viruses into Several Distinct Clades and Identification of a Novel Lineage, 10.3390/v9060142.

Épidémiologie

En dehors des zones endémiques, une petite mais singulière épidémie avait été enregistrée aux États-Unis en 2003. Ainsi, le 8 juillet 2003, 71 cas de variole du singe avaient été signalés aux CDC, dans les états du Wisconsin (39 cas), de l’Indiana (16), de l’Illinois (12), du Missouri (2), du Kansas (1) et de l’Ohio (1). À l’origine de cette épidémie : une cargaison de 800 petits mammifères importés illégalement au Texas depuis le Ghana. Acquis par un vendeur d’animaux de l’Illinois, les rongeurs malades ont ensuite infecté des chiens de prairie vendus comme animaux de compagnie. Cette petite flambée illustre parfaitement les éléments «One Health» du mpox —zoonose, saut d’espèce, importance des échanges internationaux— et aurait dû attirer l’attention et donner lieu à une surveillance mondiale.

Le Nigéria a connu une épidémie majeure en 2017. Entre 2018 et 2021, plusieurs cas humains importés ont été diagnostiqués au Royaume-Uni, à Singapour, en Israël et aux Etats-Unis.

En mai 2022, la propagation «extraordinaire» de la maladie dans plus de 75 pays non endémiques a conduit l’OMS à la déclarer comme urgence de santé publique de portée internationale (Public Health Emergency of International Concern), appelant une mobilisation internationale selon une approche «One Health», pour initier des efforts de recherche dans toutes les directions. (Lire notre dossier sur l’épidémie de 2022.)

De nombreux cas ont été signalés en Europe, en premier lieu en Espagne et en Grande-Bretagne, puis dans la plupart des pays de l’Ouest européen ainsi qu’en Amérique du Nord, sans notion de voyage dans un pays où survient habituellement cette maladie et sans contact avec une personne y ayant voyagé. Plusieurs milliers de personnes ont été touchées, principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), dont certains avaient assisté aux mêmes événements festifs dans différents pays.

Une fois l’alerte donnée, la prévention, le diagnostic des cas et la vaccination, l’épidémie a fortement baissé et se maintient à bas bruit depuis 2023 en Europe. Le 5 septembre 2025, le Directeur général de l’OMS a jugé que la recrudescence de la mpox en 2024 ne constituait plus une urgence de santé publique de portée internationale ; l’alerte est toutefois maintenue en Afrique compte tenu des données du CDC Afrique (Addis-Abeba).

En juillet 2025, l’OMS a rappelé que 17 pays d’Afrique signalaient encore des flambées épidémiques de mpox (un ou plusieurs cas au cours des six dernières semaines). Le MPXV de clade Ib continue de se propager parmi les groupes à haut risque et a été nouvellement détecté dans certains pays tels que l’Éthiopie, le Malawi, le Soudan du Sud et la Zambie. La Sierra Leone connaît une flambée épidémique distincte, probablement imputable au clade IIb du MPXV. Cette flambée pose un risque particulier à l’échelle locale et régionale et rappelle que le risque de survenue d’épidémies de mpox persiste dans des contextes spécifiques. Le Secrétariat de l’OMS a indiqué alors que le MPXV de clade IIb continue d’y circuler à de faibles niveaux, principalement parmi les HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.  Malgré la diminution du nombre de cas, la région n’est pas parvenue à éliminer la maladie et la transmission persiste en raison de lacunes immunitaires (vaccination ou immunisation acquise), de facteurs de risque comportementaux et d’obstacles à la communication. «Compte tenu des flux de déplacements internationaux, le risque de réintroduction dans la Région européenne de l’OMS subsiste», est-il précisé.

Dans son bulletin daté du 8 décembre 2025, l’OMS rapporte qu’en octobre 2025, 44 pays, répartis dans toutes les régions de l’organisation, ont signalé un total de 2501 nouveaux cas confirmés, dont 12 décès (taux de létalité [TL] de 0,5 %). Environ 75% de ces cas ont été signalés dans la région africaine. Toutes les régions, à l’exception de la région de l’Asie du Sud-Est, ont observé une baisse du nombre de cas confirmés en octobre par rapport à septembre 2025. Vingt-et-un pays d’Afrique ont signalé une transmission active du mpox du 12 octobre au 23 novembre 2025, avec 1734 cas confirmés, dont 10 décès (TL de 0,6 %), signalés pendant cette période. Les pays ayant signalé le plus grand nombre de cas durant cette période sont la République démocratique du Congo, le Libéria, le Ghana, le Kenya et l’Ouganda ; tous affichant une tendance à la baisse ces dernières semaines.

En France, en 2022, 4976 cas ont été identifiés, 52 et 221 cas en 2023 et en 2024 et 174 sur les 11 premiers mois de 2025.  En 2025, 96% sont des hommes et un seul enfant a été déclaré. Les 4 cas de mpox Ib déclarés en France sont tous associés à un voyage dans une zone endémique ou à un contact avec une personne de cette région. La maladie a rejoint la liste des maladies à déclaration obligatoire pour permettre de suivre l’évolution des cas et réagir rapidement.

Symptômes

L’incubation de la maladie est de 5 à 21 jours. La maladie se caractérise par une éruption cutanée souvent précédée ou accompagnée de fièvre, de maux de tête, de douleurs musculaires et de ganglions. L’éruption cutanée commence généralement sur le visage, puis se propage à d’autres parties du corps. Les lésions se présentent d’abord sous forme de taches rosées qui évoluent rapidement en vésicules, puis en pustules, puis en croûtes. Néanmoins, ces lésions peuvent s’aggraver en l’absence de soins locaux. Dans les flambées épidémiques chez les adultes, HSH notamment, une présence plus importante des lésions touchant les muqueuses génitales a été signalée.  

La maladie guérit le plus souvent spontanément, au bout de 2 à 4 semaines. Des formes plus longues ont été rapportées dans l’épidémie de 2022. Des cas graves —atteinte oculaire, myocardite, formes neurologiques— peuvent survenir de manière exceptionnelle, en particulier chez les personnes immunodéprimées, les PVVIH, les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Dans les pays où le virus circule activement, jusqu’à une personne sur 10 peut décéder suite à une infection par le virus, la plupart des décès survenant dans les groupes d’âge les plus jeunes, notamment les enfants, particulièrement touchés dans les régions endémiques. (Voir notre article : Mpox : mise au point.)

Cas clinique de mpox, Dr J. Chas (Hôpital tenon – APHP), 2022. (Attention : Contenu graphique)

Notons que des manifestations différentes de celles rapportées précédemment ont été décrites lors de l’épidémie de 2022:

  • Un nombre de lésions cutanées très variable d’une seule (11,2% des cas avec une seule lésion, BMJ 2022) à plus de 200.
  • Une localisation inhabituelle des lésions cutanées souvent génitales, anales ou périanales. Des exanthèmes diffus pouvant simuler d’autres IST, telle que la syphilis.
  • Des localisations oropharyngées (non décrites auparavant) dans 43% des cas (LID 2022).
  • Des atteintes très douloureuses et inflammatoires (rectites particulièrement), motivant parfois une hospitalisation.
  • Des formes sévères ou graves —myocardite, kératite, encéphalite, panaris, dysphagie— rares, avec 3 % d’hospitalisations.
  • Des formes longues.
  • Des répercussions socio-professionnelles : arrêt de travail de 21 jours, pour respecter notamment la période d’isolement, et risque de stigmatisation associée à  l’homophobie.  

Transmission

La transmission du virus de la mpox d’un animal contaminé à un humain peut survenir à l’occasion de morsures ou de griffures ou lors d’activités telles que la chasse, le dépouillage, le piégeage, la cuisson, la manipulation des carcasses ou la consommation d’animaux. Mais aussi par contacts prolongés. 

La transmission interhumaine se produit à l’occasion d’un contact étroit et prolongé en face à face, via des gouttelettes respiratoires ou par contact direct avec une personne infectée, à travers les fluides corporels, les lésions cutanées de la maladie ou les muqueuses internes comme la bouche, ainsi que par des objets que le malade a contaminés, comme des vêtements ou du linge de lit. La transmission se fait aussi de la mère à l’enfant, un article récent montrant d’ailleurs une fréquence élevée de complications graves pour le nouveau-né.

La personne est contagieuse dès le début des symptômes, avec ou sans fièvre, et jusqu’à ce que toutes les lésions aient croûté, que les croûtes soient tombées et qu’une nouvelle peau se soit formée, ce qui prend en général 2 à 4 semaines. Des formes durables de plusieurs semaines ont été décrites.

​Des travaux suggèrent la présence de virus dans le sperme pendant une durée prolongée, d’où les recommandations de prudence sexuelle plusieurs semaines après la guérison clinique.

Prévention vaccinale

Après l’éradication de la variole, des essais vaccinaux contre la variole du singe ont été réalisés de façon concluante en Afrique avec le vaccin MVA-BN (connu sous le nom d’Imvamune®, Imvanex® ou Jynneos® selon les pays). La vaccination repose sur deux injections sous-cutanée espacées de 4 semaines et un rappel. Ce vaccin n’est pas utilisé chez les enfants. 

Un large étude observationnelle est en cours en République Démocratique du Congo avec le vaccin vivant atténué, le LC16m8, jusque-là testé pour ces propriétés immunogéniques chez le primate non humain, pour mesurer l’efficacité et la tolérance notamment chez les enfants, en situation d’épidémie réelle. Trois millions de doses ont été offertes à la RDC, qui sera ainsi le premier pays africain à collecter des données de terrain essentielles sur l’efficacité de ce vaccin dans un contexte épidémique. (voir notre article: LC16m8 : un vaccin ancien remis au cœur de la lutte contre le mpox en Afrique.) 

La circulation continue de mpox en France et en Europe, même à bas bruit, a conduit à la recommandation de vacciner les HSH non vaccinés pendant l’enfance et à proposer le rappel aux autres.

Pour rappel, la couverture vaccinale avait été estimée, entre février et avril 2023, à 39,5% pour au moins une dose et 35,4% pour le schéma complet chez les HSH vivant en France métropolitaine n’ayant pas contracté la mpox et ayant eu au-moins deux partenaires au cours des six derniers mois (estimation ERAS 2023, cf. avis HAS du 29 août 2024). Depuis l’avis de la HAS du 29/08/2024, chez les personnes ayant déjà réalisé une primo vaccination complète, une 3e dose est recommandée ou une dose unique pour les personnes vaccinées avant 1980. Les personnes immunodéprimées devraient recevoir jusqu’à 4 doses. La dose de rappel doit être administrée à distance de la primovaccination (pour les rappels réalisés fin 2024-début 2025, environ deux ans après les primovaccinations de 2022-23). Le vaccin peut être aussi utilisé en post-exposition. 

En France, le mpox a été classé dans la liste des micro-organismes hautement pathogènes (MOT), classification qui a initialement compliqué le suivi des patients et le diagnostic, d’abord possible dans les seuls centres de référence. Les stocks de vaccins comme les stocks de traitement font partie du stock d’État étant donné  le risque d’utilisation des othopoxviridae comme agents de guerre bactériologique.

Liste des micro-organismes hautement pathogènes et toxines (arrêté du 26 avril 2023),
Cahier de prévention : Risques biologiques, CNRS, octobre 2024.

En Afrique, les vaccins tendent à devenir peu à peu disponibles lors des épidémies localisées. Selon l’OMS, en 2025, des efforts sont en cours, avec plus de 650 000 doses administrées dans six pays (à 90% en République démocratique du Congo). Au total, plus d’un million de doses ont été livrées à 10 pays, et des efforts sont déployés pour obtenir des stocks supplémentaires de vaccins.

La capacité à réaliser des tests de diagnostic s’est également considérablement accrue en RDC, grâce à l’expansion des infrastructures de laboratoire, qui sont passées de deux laboratoires à la fin de 2023 à 23 laboratoires dans 12 provinces aujourd’hui.

Malgré ces progrès, des difficultés majeures perdurent avec une absence de couverture vaccinale, la stigmatisation des personnes atteintes et l’insécurité en cours dans l’Est de la RDC où l’incidence de la mpox reste élevée, ainsi que les réductions de l’aide humanitaire. Dans l’ensemble des pays et des partenaires, l’OMS estime que plus de 220 millions de dollars américains sont nécessaires pour combler les déficits de financement de la lutte contre le mpox dans le contexte actuel de limitation des financements et d’aide au développement de la part de l’administration Trump.

Il reste indispensable d’améliorer la couverture vaccinale mondiale et de garantir une distribution équitable quels que soient les pays. 

Diagnostic et traitement

Concernant le diagnostic, l’infection est suspectée, selon le contexte épidémiologique et après avoir écarté d’autres maladies à éruption cutanée comme la varicelle, les infections bactériennes cutanées ou d’autres ISTIST Infections sexuellement transmissibles.  la gale et les allergies médicamenteuses.

La confirmation diagnostique de mpox est biologique, notamment par qPCR ou RT-PCR (prélèvements cutanés ou naso-pharyngé en cas de poussée éruptive dans la bouche ou la gorge). L’introduction de capacités diagnostiques dans les pays endémiques est un élément clé de la stratégie de contrôle.

Le traitement d’une infection par le mpox est principalement symptomatique, c’est-à-dire qu’il vise à soulager les conséquences de l’infection, telles que les lésions cutanées ou muqueuses.

Alors que deux essais cliniques majeurs ont conclu à l’inefficacité du tecovirimat contre le mpox, dont un mené avec des enfants en Afrique, l’équipe de l’essai Unity a fait un choix audacieux : poursuivre l’évaluation de cette molécule jusqu’à son terme. Cette décision, annoncée en janvier 2025, intervient dans un contexte où la communauté scientifique s’interroge sur l’efficacité de ce médicament antiviral, largement utilisé depuis l’émergence du mpox hors de sa zone endémique en 2022. (Voir notre article : Mpox : l’essai Unity poursuit l’évaluation du tecovirimat.)

Cette molécule est uniquement utilisée dans les cas graves. De plus, elle n’agit que sur le clade II qui circule en France, et non sur le clade I qui circule par exemple en République démocratique du Congo. Un autre problème majeur lié à l’utilisation du tecovirimat est le risque de résistance virale. Ce médicament présente une faible barrière à la résistance, et des cas de variants du virus mpox résistants au tecovirimat ont été rapportés.

Le brincidofovir est un antiviral oral qui, comme le tecovirimat, a été initialement développé pour la variole. Cette prodrogue du cidofovir inhibe la synthèse de l’ADN avec un meilleur profil de tolérance rénale. Elle est proposée en France dans le cadre d’une autorisation d’accès compassionnel.

Enfin, les immunoglobulines antivaccinales intraveineuses (VIGIV) sont un produit thérapeutique dérivé du plasma humain et approuvé par la FDA pour le traitement des complications post-vaccinales. La VIGIV a été étudiée comme traitement du mpox, notamment lorsque les thérapies conventionnelles sont inefficaces. Cependant, les exigences spécifiques de stockage et de transport rendent son déploiement et son administration difficiles dans les contextes à faibles ressources. Il est réservé aux formes graves ou résistantes au tecovirimat dans un cadre réglementaire compassionnel.

Outre la recherche de molécules antivirales innovantes, la vaccination reste la pierre angulaire de la prévention du mpox et joue un rôle essentiel dans la maîtrise des épidémies. 

Première version de la page : Christelle Destombes, 23 août 2023.
M.A.J. : France Lert, Amélie Pelletier, Gilles Pialoux, Charles Roncier, le 7 janvier 2026.