Le chikungunya

Le chikungunya est une infection virale transmise par des moustiques du genre Aedes, principalement Aedes aegypti et Aedes albopictus (moustique tigre). Longtemps considéré comme une maladie tropicale limitée à certaines régions d’Afrique et d’Asie, le chikungunya est devenu au cours des vingt dernières années une arbovirose mondiale en expansion rapide.

Mise à jour par Amélie Pelletier : le 19 juin 2026.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère d’ailleurs aujourd’hui le chikungunya comme une menace croissante de santé publique en raison de l’extension géographique des moustiques vecteurs, de l’augmentation des échanges internationaux et des effets du changement climatique sur les conditions de transmission (lire notre article Changement climatique et maladies infectieuses : vers une aggravation globale des risques).

Description et épidémiologie du chikungunya

Le terme « chikungunya », qui désigne indistinctement le virus et la maladie, provient du makondé, langue parlée en Afrique de l’Est, et signifie «marcher courbé», en référence aux douleurs articulaires intenses caractéristiques de la maladie.

Le virus chikungunya (CHIKV) appartient au genre Alphavirus de la famille des Togaviridae. Il a été identifié pour la première fois en Tanzanie en 1952.

Depuis le début des années 2000, les épidémies sont devenues beaucoup plus fréquentes et étendues. Cette progression est notamment liée à des adaptations virales facilitant la transmission par Aedes albopictus, aujourd’hui largement implanté dans de nombreuses régions tempérées, y compris en Europe. D’après une étude de l’institut Pasteur parue dans le Journal of Travel Medicine, le moustique tigre peut acquérir la capacité de transmettre le virus du chikungunya avec la même efficacité à 20°C qu’à 28°C. «Le chikungunya risque donc de poursuivre son expansion dans les zones où s’implante le moustique tigre. En l’absence de vaccins et de traitements, il pourrait devenir un problème de santé publique dans un plus grand nombre de pays des régions à climat tempéré». Ces prévisions, professées en 2023 par Anna-Bella-Failloux qui a participé à cette étude (lire son article La prévention des maladies à transmission vectorielle : le cas des arbovirosesArbovirose Les arboviroses sont des maladies virales dues à des arbovirus transmis obligatoirement par un vecteur arthropode (moustique, moucheron piqueur, tique) à des hôtes vertébrés (mammifères, oiseaux), d’où leur nom adapté de l’anglais : ARthropod-BOrne virus. sur VIH.org), sont en train de se réaliser : le chikungunya a désormais été identifié dans plus de 110 pays en Afrique, en Asie, dans les Amériques et en Europe (lire notre article Moustique tigre : une expansion inquiétante).

Début 2026, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) recensait plus de 32 000 cas et neuf décès en seulement deux mois dans dix-huit pays touchés par des flambées actives. Les Amériques restent particulièrement concernées ( le Brésil totalise à ce jour 1 606 016 cas par exemple) , mais des transmissions locales sont également observées dans plusieurs territoires européens. C’est notamment le cas en France métropolitaine, où le chikungunya est devenu une préoccupation majeure de santé publique. Après les grandes épidémies de La Réunion et de Mayotte dans les années 2005-2006, plusieurs épisodes de transmission autochtone ont été observés dans l’Hexagone, notamment à Bergerac (lire notre article Chikungunya à Bergerac: un cas d’école ?). Les autorités sanitaires considèrent désormais que ces épisodes pourraient devenir plus fréquents en raison de l’implantation durable du moustique tigre et du réchauffement climatique (lire notre article Du sud au nord : comment le moustique tigre redessine la carte des épidémies). Qui plus est, une épidémie est observée en Guyane avec au 22/06/2025, 723 cas confirmés (âge 32 [12-51] ans, sex-ratio H/F= 0,8), 127 cas hospitalisés et 8% de formes sévères. Une tribune a été publiée dans le Monde le 25 mars 2026 indiquant qu’ «Il est possible d’« anticiper »»l’épidémie de chikungunya aux Antilles et en Guyane «en vaccinant les personnes les plus fragiles», «dans les mois à venir», et appelant à organiser la vaccination dans ces territoires d’Outre-Mer «précocement, gratuitement et de manière ciblée» (cf infra).

Les réservoirs du chikungunya

En période épidémique, c’est l’homme qui sert de réservoir de virus. Hors période d’épidémie humaine, ce sont essentiellement des singes, mais également des rongeurs, oiseaux, et autres vertébrés mal identifiés qui constituent le réservoir, en un cycle sauvage moustique-animal-moustique. Des épizootiesEpizootie Épidémie qui frappe les animaux. se produisent chez les singes, lorsqu’une majorité d’animaux ne sont pas ou plus immunisés. Ces derniers développent une forte virémie, mais pas de maladie clinique apparente, du moins parmi les singes verts, chimpanzés et macaques d’Asie (lire l’étude « Chikungunya, an epidemic arbovirosis », dirigée par Gilles Pialoux).

Transmission du chikungunya

Le virus est transmis à l’être humain par la piqûre de moustiques infectés. Les deux principaux vecteurs sont Aedes aegypti (lire notre article Aedes aegypti : comment ce moustique africain est-il devenu un ennemi public majeur), et Aedes albopictus. Ces moustiques piquent surtout pendant la journée, avec un pic d’activité tôt le matin et en fin d’après-midi.

Une personne infectée peut transmettre le virus à un moustique pendant la phase virémique, généralement durant la première semaine de maladie. Le moustique devient ensuite capable d’infecter d’autres personnes.

Des transmissions materno-fœtales peuvent également survenir au moment de l’accouchement lorsque la mère est infectée en fin de grossesse.

Symptômes du chikungunya

Le chikungunya est symptomatique dans environ 60% des cas. Après une incubation de deux à douze jours, la maladie débute brutalement par une forte fièvre accompagnée de maux de tête, de douleurs articulaires intenses, de douleurs musculaires, d’une fatigue importante et, parfois, d’une éruption cutanée. Les douleurs articulaires touchent surtout les poignets, les chevilles, les doigts et les genoux. Elles peuvent être extrêmement invalidantes.

La majorité des patients guérissent en une à deux semaines, mais certaines manifestations peuvent persister beaucoup plus longtemps.

Les formes longues du chikungunya

Chez 13 à 70% des patients, les douleurs articulaires (arthralgies ou arthrites inflammatoires) peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années après l’infection aiguë. Ces formes longues constituent aujourd’hui l’un des principaux impacts sanitaires de la maladie, car elles peuvent entraîner une limitation fonctionnelle importante, des difficultés professionnelles, des syndromes rhumatologiques chroniques proches de certaines maladies inflammatoires, et, plus globalement, une altération durable de la qualité de vie.

Il semblerait que les personnes âgées et celles présentant des antécédents articulaires soient plus exposées à ces complications prolongées.

Formes graves du chikungunya et populations à risque

Le chikungunya est généralement une maladie non mortelle, mais des formes sévères, dont certaines peuvent conduire au décès, existent. Les complications incluent des atteintes neurologiques, des myocardites, des hépatites, des atteintes oculaires et des défaillances multiviscérales. Des formes inédites de la maladie ont par ailleurs été décrites lors de l’épidémie sans précédent survenue en 2005 à La Réunion, avec atteinte neurologique centrale, cytolyses hépatiques (destruction des cellules du foie), lymphopénie profonde (diminution de certains globules blancs, les lymphocytes B et T), des formes dermatologiques graves, des formes mortelles, ainsi que des formes néonatales. 

Les nourrissons, les personnes âgées et les patients présentant des comorbidités sont les plus à risque de formes graves.

Diagnostic du chikungunya

Le diagnostic repose principalement sur la RT-PCR pendant la phase aiguë (J0-J7) et la sérologieSérologie Étude des sérums pour déterminer la présence d’anticorps dirigés contre des antigènes. (inhibition de l’hémagglutination, fixation du complément, immunofluorescence, Elisa) après quelques jours d’évolution. Les IgM sont mises en évidence par un prélèvement à partir du 5ᵉ jour, et persistent plusieurs semaines à 3 mois ; les IgG le sont par deux prélèvements (phase aiguë et convalescence), et persistent pendant plusieurs années.

Le chikungunya peut être difficile à distinguer cliniquement de la dengue ou du Zika, notamment dans les zones tropicales où plusieurs arbovirusArbovirose Les arboviroses sont des maladies virales dues à des arbovirus transmis obligatoirement par un vecteur arthropode (moustique, moucheron piqueur, tique) à des hôtes vertébrés (mammifères, oiseaux), d’où leur nom adapté de l’anglais : ARthropod-BOrne virus. circulent simultanément.

Traitement du chikungunya

Il n’existe actuellement aucun traitement antiviral spécifique contre le chikungunya. La prise en charge est symptomatique et comprend du repos, une bonne hydratation, des antalgiques et des antipyrétiques.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens doivent être utilisés avec prudence tant qu’une dengue n’a pas été éliminée en raison du risque hémorragique.

Dans les formes chroniques, une prise en charge rhumatologique peut être nécessaire.

Vaccination contre le chikungunya

L’arrivée des premiers vaccins constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années. Depuis 2024, deux vaccins préventifs contre le chikungunya ont en effet obtenu des autorisations réglementaires dans certains pays.

Il existe deux vaccins contre le chikungunya autorisés dans les pays de l’Union européenne : le vaccin IXCHIQ et le vaccin VIMKUNYA.

  • Le vaccin IXCHIQ® (autre dénomination : VLA1553), du laboratoire VALNEVA, est autorisé dans l’Union européenne depuis le 28 juin 2024 et disponible en France depuis le 18 novembre 2024 (lire notre article Chikungunya : le vaccin Ixchiq est disponible). Ce vaccin est indiqué dans l’immunisation active pour la prévention de la maladie causée par le virus du chikungunya chez les personnes âgées de 18 ans ou plus. S’agissant d’un vaccin vivant, il est contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées.

    Des recommandations vaccinales sur la vaccination contre le chikungunya à Mayotte et à La Réunion ont été publiées par la Haute Autorité de santé dans le contexte d’une épidémie. Le 26 avril 2025, en raison d’un risque de maladie vaccinale récemment identifié chez trois personnes âgées de 80 ans et plus, le ministère de la Santé a demandé que les personnes âgées de 65 ans et plus (résidant à La Réunion ou à Mayotte, ainsi que les voyageurs à destination d’une zone à risque de chikungunya) ne reçoivent plus le vaccin IXCHIQ®. Après avis d’un groupe d’experts, le vaccin conserve son autorisation européenne chez les 65 ans et plus (lire l’article du Pr Jean-Daniel Lelièvre Vaccins et personnes âgées : l’exemple du chikungunya et des limites des vaccins vivants atténués). Les autorités continuent néanmoins d’évaluer les données de sécurité, d’efficacité et de pharmacovigilance dans l’espoir de pouvoir autoriser de nouveau le vaccin IXCHIQ® chez les personnes âgées.
  • Le vaccin VIMKUNYA® est autorisé dans l’Union européenne depuis le 28 février 2025. Il s’agit d’un vaccin non vivant à pseudo-particules virales, qui peut être administré chez les personnes immunodéprimées. Ce vaccin n’étant pas vivant, il n’est pas associé à un risque de maladie vaccinale. 

Prévention du chikungunya

La prévention du chikungunya repose principalement sur la lutte contre les moustiques vecteurs et la protection individuelle. Les mesures associent l’utilisation de répulsifs cutanés et de moustiquaires, le port de vêtements couvrants, l’élimination des eaux stagnantes et la protection des habitations.

Ces conseils s’adressent tout particulièrement aux personnes infectées pour réduire la transmission homme-moustique et pour éviter la transmission inverse moustique-homme.

Le plan adopté à la Réunion contre Aedes albopictus a associé les services publics (suppression des gîtes connus, lutte adulticide préventive, traitement autour des cas) et la communauté, encouragée par les pouvoirs publics (traitements péri-domestiques, traitements des cimetières, information grand public, etc.).

ARS Ile-de-France

Changement climatique et émergence du chikungunya en Europe

L’expansion du chikungunya est étroitement liée à la progression géographique du moustique tigre. Les experts européens considèrent désormais que les arboviroses transmises par Aedes pourraient devenir une réalité durable dans plusieurs régions tempérées. L’ECDC estime que l’Europe entre dans une nouvelle phase caractérisée par des saisons de transmission plus longues, des épisodes autochtones plus précoces et une augmentation du nombre de foyers locaux.

Le réchauffement climatique, les étés plus longs et l’intensification des échanges internationaux favorisent l’installation progressive de conditions propices à la transmission du chikungunya dans de nouvelles zones géographiques. (Lire notre article Changement climatique et maladies infectieuses : vers une aggravation globale des risques)

Surveillance

En France, les autorités ont ajouté le chikungunya à la liste des 37 maladies à déclaration obligatoire sur l’ensemble du territoire métropolitain et toute l’année. Le dispositif de surveillance épidémiologique du chikungunya est adapté aux différentes situations épidémiologiques et au risque vectoriel en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer (voir ce dispositif sur le site de Santé publique France). Il s’inscrit dans les dispositifs de lutte contre les arboviroses.

Références

Première version de la page : Christelle Destombes, Gilles Pialoux, 18 août 2023.
M.A.J. : Amélie Pelletier, Gilles Pialoux, Charles Roncier, le 15 juillet 2026.