Chikungunya, dengue, Zika, paludisme : des séquelles qui persistent bien après le retour de voyage

Contrairement à d’autres maladies vectorielles dont on commence à documenter le fardeau chronique — West Nile, long Covid —, on savait jusqu’ici très peu de chose sur le devenir à moyen et long terme des voyageurs ayant contracté un chikungunya, une dengue, un Zika ou un paludisme lors d’un séjour à l’étranger. Une équipe internationale associée au réseau de surveillance GeoSentinel, coordonnée par Davidson Hamer (Boston University) et Emilie Javelle (Hôpital d’instruction des armées Laveran, Marseille), a suivi pendant dix-huit mois 273 voyageurs diagnostiqués dans quinze centres répartis en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Publiés en mai 2026 dans le Journal of Travel Medicine, les résultats dessinent quatre trajectoires très différentes — et bousculent l’idée reçue selon laquelle seul le chikungunya laisserait des traces durables.

Dengue : En France, les zones les moins peuplées de plus en plus exposées

Une étude prédictive française publiée dans Global Change Biology simule, pour la première fois l’évolution du risque de transmission autochtone de la dengue en France jusqu’à la fin du siècle. Selon le scénario le plus pessimiste, jusqu’à 96 % du territoire pourraient devenir climatiquement propices à l’installation d’Aedes albopictus d’ici 2066-2085, et l’essentiel de ces zones colonisées deviendrait également à risque de transmission de la dengue. Les zones rurales, longtemps épargnées, , ainsi que les petits centres urbains assez peu densément peuplés, pourraient paradoxalement devenir les plus exposés.

Quand une route fait grimper les épidémies : l’exemple de la dengue en Amazonie péruvienne

Une route peut-elle, à elle seule, faire flamber une épidémie ? C’est ce que suggère une étude américano-péruvienne publiée dans Nature Sustainability : le pavage de l’autoroute interocéanique qui travers l’Amazonie péruvienne pour relier le port péruvien de San Juan de Marcona à la ville brésilienne de Rio Branco (environ 2600 km) a multiplié par cinq l’incidence de la dengue dans les communautés qui le bordent. Près de 11 000 cas supplémentaires seraient directement imputables à cette infrastructure. Une leçon qui dépasse largement les frontières du Pérou.

Changement climatique et maladies infectieuses : vers une aggravation globale des risques

Le changement climatique ne bouleverse pas seulement les températures ou les écosystèmes : il transforme en profondeur le paysage des maladies infectieuses. Virus, bactéries, parasites et vecteurs comme les moustiques sont eux aussi sensibles aux modifications de l’environnement. Résultat : dans un monde plus chaud et écologiquement fragilisé, le risque infectieux tend globalement à augmenter. Un constat sombre que décrit Kévin Jean, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l’École normale supérieure de Paris, dans son ouvrage « À notre santé !» (éditions Payot), avant de présenter les actions à notre portée, tant au niveau individuel que collectif, ainsi que les bénéfices que nous pouvons en attendre pour notre santé et celle de la planète.