La grippe aviaire

Cette maladie virale, en particulier dans sa forme hautement pathogène, continue de provoquer des épizooties d’ampleur historique chez les oiseaux, avec des émergences sporadiques chez des mammifères, ce qui nécessite une vigilance accrue des autorités sanitaires et agricoles.

Mise à jour : 30 janvier 2026

La récurrence et la propagation de l’influenza aviaire hautement pathogène constituent une menace mondiale pour le secteur avicole et pour la santé publique en raison de son potentiel zoonotique et d’une possible adaptation à l’homme. 

Description

La grippe aviaire est une infection causée par des virus grippaux de type A (Influenza A), capables d’infecter presque toutes les espèces d’oiseaux, qu’elles soient sauvages ou domestiques, ainsi que certains mammifères.

Ces virus sont classés en sous-types selon deux protéines de surface : l’hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N), principalement H5N1 mais aussi  H5N8, H7N9, etc. Chez les oiseaux sauvages, l’infection est souvent asymptomatique, mais certains sous-types —notamment ceux dits hautement pathogènes (HPAI)— peuvent provoquer des mortalités massives dans les élevages de volailles industrielles, d’où leur surnom impropre de «peste aviaire».

La classification repose sur la pathogénicité chez les volailles :

  • Influenza aviaire faiblement pathogène (IAFP) : généralement peu ou pas de signes cliniques.
  • Influenza aviaire hautement pathogène (IAHP ou HPAI) : provoque des signes cliniques graves et des taux de mortalité très élevés.

Les virus d’origine aviaire peuvent, dans certains cas, infecter d’autres espèces animales comme le porc, divers mammifères, et l’être humain, ce qui leur confère une importance en santé publique.

Photo d'un oiseau sauvage. Dans le coin supérieur droit figure une micrographie électronique à transmission colorisée de particules du virus H5N1 (violet). Photo de l'oiseau : NIAID ; la micrographie, repositionnée et recolorée par le NIAID, est une gracieuseté du CDC.
Photo d’un oiseau sauvage. Dans le coin supérieur droit figure une micrographie électronique à transmission colorisée de particules du virus H5N1 (violet). Photo de l’oiseau : NIAID ; la micrographie, repositionnée et recolorée par le NIAID, est une gracieuseté du CDC.

Épidémiologie mondiale

Depuis la première épidémie humaine liée à H5N1 à Hong Kong en 1997, la situation mondiale a évolué vers une circulation enzootique élargie du virus, avec d’importantes incidences chez les populations animales. Après les réémergences depuis 2003, des milliers d’épizooties ont été recensées chez les oiseaux et de nombreux cas chez les mammifères ont été signalés.

Circulation et foyers récents

En Europe, l’influenza aviaire hautement pathogène continue de circuler de manière intense, avec plusieurs centaines de foyers rapportés en 2025, notamment en France et dans d’autres pays membres de l’Union européenne, affectant à la fois les élevages commerciaux et les oiseaux sauvages.

Cas humains

La transmission entre humains du virus H5N1 n’est pas démontrée. Mais, des infections humaines sporadiques continuent d’être détectées. Les cas humains sont généralement associés à un contact direct étroit avec des oiseaux infectés ou des animaux malades. Des données américaines montrent que ce virus peut occasionnellement infecter l’humain sans transmission prolongée entre personnes.(Rolfes, M.A., Kniss, K., Kirby, M.K. et al. Human infections with highly pathogenic avian influenza A(H5N1) viruses in the United States from March 2024 to May 2025. Nat Med 31, 3889–3898 (2025). https://doi.org/10.1038/s41591-025-03905-2)

Entre janvier et août 2025, 26 infections humaines par H5N1, dont 11 ont conduit au décès, ont été détectées dans le monde, principalement chez des personnes exposées à des volailles ou des oiseaux sauvages.

Mais les capacités élevées de mutation et de réassortiment des virus influenza n’excluent pas l’émergence d’une nouvelle souche de virus réassortant responsable d’infections humaines, pouvant conduire, le cas échéant, à une épidémie voire à une pandémie (lire nos articles : L’OMS alerte sur la transmission accrue de la grippe aviaire aux mammifères et La grippe aviaire, vieux virus et nouvelles menaces).

Symptômes et transmission

Chez les oiseaux

Les signes cliniques de l’IAHP chez les volailles peuvent inclure:

  • Troubles du comportement, tremblements, manque de coordination;
  • Enflure de la tête, du cou et des yeux;
  • Apathie, faiblesse;
  • Difficultés respiratoires, toux, éternuements;
  • Diarrhée;
  • Mort subite.

La transmission se fait principalement par contact direct entre oiseaux domestiques et sauvages ou contact indirect via du matériel contaminé, des personnes, des fientes, du lisier ou des déchets d’élevage.

Chez l’être humain

La grippe aviaire se transmet par voie respiratoire. Les humains se contaminent essentiellement lors de contacts rapprochés avec des animaux infectés ( lors de l’abattage ou du plumage des volailles par exemple) ou leurs sécrétions/déjections. Les contaminations par contact avec un environnement souillé sont théoriquement possibles. Le virus peut également se trouver dans le lait de vaches laitières infectées. La pasteurisation est très efficace pour détruire le virus. À l’heure actuelle, dans tous les cas humains avérés de grippe zoonotique, les personnes étaient en contact direct avec des volailles infectées.

Les symptômes cliniques humains sont similaires à ceux de la grippe saisonnière et peuvent comprendre une fièvre, une toux, des douleurs musculaires, un mal de gorge des infections oculaires à type de conjonctivite qui sont assez évocatrices dans un contexte grippal, et des infections respiratoires sévères (y compris une pneumonie).

Prévention et traitement

Mesures de biosécurité

Les autorités sanitaires —notamment le ministère de l’Agriculture— recommandent des mesures de prévention renforcées pour toutes les personnes susceptibles d’être en contact étroit avec des oiseaux infectés ou avec des sous-produits animaux contaminés (cadavres): éleveurs, vétérinaires, transporteurs, personnels techniques ou encore agents des mairies et des collectivités locales, agents des fédérations des chasseurs et toute personne susceptible d’intervenir dans la collecte des animaux morts ou étant exposée aux oiseaux. Elles conseillent notamment l’utilisation d’équipements de protection individuelle (EPI) pour les éleveurs, vétérinaires et intervenants, l’application de mesures de biosécurité stricte dans les élevages (clôtures, zones sanitaires, désinfection), et la surveillance accrue des oiseaux sauvages et domestiques.

En France, l’élévation du niveau de risque à “élevé” implique des protocoles stricts de confinement des volailles, des interdictions de rassemblements d’oiseaux et des conditions spécifiques pour les mouvements d’animaux afin de réduire le risque d’introduction ou de propagation du virus dans les élevages.

Vaccination et traitements

Actuellement, il n’existe pas de vaccin spécifique accessible au grand public contre les virus aviaires hautement pathogènes. Cependant,

  • Des antiviraux inhibiteurs de la neuraminidase peuvent être utilisés dans certains cas pour des traitements préventifs ou curatifs ciblés;
  • Depuis le printemps 2022, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande la vaccination contre la grippe saisonnière des professionnels exposés aux virus influenza aviaires et porcins. Une telle vaccination ne permet pas de réduire l’infection par un virus influenza d’origine animale puisque le vaccin contre la grippe saisonnière ne contient pas de souche virale aviaire ou porcine, mais elle vise à réduire le risque d’émergence d’un nouveau virus mieux adapté à l’homme en cas de co-infection d’une personne par un virus aviaire et un virus humain.

Des stratégies de vaccination ciblée des volailles sont également envisagées ou mises en place dans certains contextes pour réduire la circulation du virus chez l’animal (lire notre article : Grippe aviaire : surveiller et vacciner l’animal face à un risque émergent pour l’homme).

Surveillance et alertes sanitaires

La surveillance de l’influenza aviaire repose sur des réseaux nationaux et internationaux.

  • En France, le Centre national de référence (CNR) des Virus des infections respiratoires, en collaboration avec le Réseau H5 de l’OMS, surveille activement les virus grippaux. La plateforme ESA suit de nombreuses thématiques de santé animale, incluant l’influenza aviaire, et publie chaque semaine des Bulletins hebdomadaires de veille sanitaire internationale.
  • À l’échelle internationale, l’OMS, la FAO, l’OMSA et d’autres partenaires évaluent les risques, coordonnent le partage de données génomiques et épidémiologiques, et encouragent la mise en place de mesures intégrées de surveillance des animaux et des humains, afin de détecter toute variation du virus susceptible de modifier les propriétés biologiques et le risque pour la santé humaine.

En raison de la crise provoquée par l’influenza aviaire, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a organisé en mai 2023 son premier Forum de la santé animale, entièrement consacré à cette maladie. Le Forum a servi de plateforme aux experts internationaux ainsi qu’aux représentants du secteur privé et des pouvoirs publics afin de permettre des échanges concernant les défis actuels et les perspectives de lutte contre l’influenza aviaire. Le rapport complet de l’OMSA est disponible en ligne.

Références

Première version de la page : Christelle Destombes, 20 juillet 2023. M.A.J. : Amélie Pelletier, le 30 janvier 2026.