Les Français ont consommé des produits pour compenser l’effet du confinement

Quel a été l’impact du confinement sur les consommations d’alcool et de drogues en France? Les usagers ont-ils rencontré plus de difficultés à s’approvisionner? Ont-ils fait des stocks en prévision et augmenté leurs consommations car ils avaient plus de produits à disposition à domicile? Les motivations à consommer des substances psychoactives ont-elles évolué dans le cadre du confinement?

Autant de questions auxquelles la Global Drug Survey-édition Covid a tenté de répondre grâce à une enquête en ligne dirigée par le Professeur Adam Winstock au niveau international réalisée durant sept semaines, de mai à juin 2020 dans 11 pays: Allemagne, France, Irlande, Brésil, Suisse, Pays-Bas, Nouvelle Zélande, Royaume-Uni, Australie, Autriche et États-Unis. Nous avons coordonné cette étude en France et un partenariat efficace a été mis en place, pour les médias avec Libération et Vice; au niveau associatif avec la Fédération Addiction, Asud, Psychoactif, et une aide à la diffusion de l’enquête via Norml, l’Anpaa, Adixio, France patients experts addic- tions, Addict’aide, Plus belle la nuit, NewsweedSwaps, vih.org; des partenariats institutionnels incluant l’Inserm, Drogues et Alcool info service – Santé publique France, la Mission métropolitaine de prévention des conduites à risques. L’analyse globale a porté sur 55811 personnes incluant 6193 participants pour la France.

Les résultats de la Global Drug Survey mettent en évidence que la consommation d’alcool a augmenté en nombre de jours dans la semaine mais en revanche, les épisodes de binge drinking correspondant aux usages catégorisés comme excessifs (une consommation de cinq verres ou plus lors d’une même occasion), ont été plutôt en baisse. Les motivations de l’augmentation des consommations étaient liées au temps disponible et à l’ennui, celles de la baisse des consommations étaient expliquées par l’absence d’occasions de sociabilité à l’extérieur et le souhait de ne pas consommer à la maison. Par ailleurs, il est intéressant de noter qu’un quart des participants français ont éprouvé plus de plaisir à consommer durant le confinement et que la moitié déclare souhaiter diminuer sa consommation d’alcool.

Des usages thérapeutiques

Pour le cannabis, les tendances sont moins marquées, les usagers ont majoritairement soit stabilisé leur consommation, soit augmenté leur consommation de manière modérée. L’augmentation de la consommation de cannabis est liée à la fois au temps disponible et à l’ennui et à des usages thérapeutiques pour pallier l’angoisse et l’anxiété. Les usagers qui déclarent avoir baissé leur consommation l’ont fait en partie pour des problèmes d’approvisionnement, même si cette raison n’apparaît qu’en troisième position, après l’absence d’opportunités pour consommer avec les réseaux de sociabilité habituels. Il est également intéressant de noter qu’un tiers des consommateurs de cannabis déclare avoir éprouvé plus de plaisir à consommer durant le confinement et que près de la moitié souhaiterait diminuer sa consommation de cannabis.

Les benzodiazépines ont également connu une hausse de la consommation pendant le premier confinement, avec encore plus clairement que le cannabis, des usages thérapeutiques, les premières motivations étant de pallier l’angoisse/anxiété, la dépression, et le sentiment de solitude. Deux autres produits ont, en revanche, été plus impactés par la pandémie. La cocaïne et l’ecstasy ont été beaucoup moins consommés pendant le premier confinement. Les raisons invoquées par les usagers au sujet de la baisse de leur consommation sont liées à des opportunités moindres d’occasions de consommation avec les partenaires habituels, une moindre fréquentation des lieux de sociabilité et le fait de ne pas avoir envie de consommer à la maison.

En conclusion, la Global Drug Survey a mis en évidence que les usagers ont mis en place des «choix raisonnés» avec la volonté d’utiliser des produits à visée anxiolytique et «planante» au détriment de produits stimulants. Les usagers se sont adaptés à la situation pandémique et ont modifié leurs pratiques d’usage, l’offre semble avoir joué un rôle plutôt mineur dans l’adaptation de leurs pratiques.

Afin de mieux décrire les usages de substances pendant la deuxième période de la pandémie, nous lançons la nouvelle édition de la Global Drug Survey 2021. Le questionnaire anonyme est disponible grâce au lien ci-dessous : https://www.globaldrugsurvey.world/s3/Global-Drug-Survey-2021-language-selection

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