PrEP : PREVENIR confirme la très grande efficacité de la prise à la demande

Si le 100% de protection n’existe pas en recherche et en prévention, les excellents résultats de l’étude Prévenir s’en rapprochent pourtant. Présentés à la CROI 2021 par le Pr Jean-Michel Molina, principal investigateur de l’étude, les chiffres confortent la très grande efficacité de la PrEP intermittente: après trois ans et 3 000 personnes très exposées au VIH suivies, seules six infections à VIH sont à déplorer, et toutes sont dues à une mauvaise observance du traitement.

L’étude Prévenir avait pour but d’étudier l’efficacité et la tolérance de la PrEP, en particulier à la demande. Dans ce cas, la prise d’emtricitabine et de fumarate de ténofovir disoproxil (Truvada® et ses génériques) se fait avant, pendant et après les rapports sexuels, contrairement à la PrEP en continu où la prise a lieu tous les jours.

Incidence du VIH chez les participants de l’étude Prévenir, CROI 2021.

361 infections évitées

Au total, 3 067 participants (âge moyen de 36 ans) ont été inclus dans l’étude. La presque totalité d’entre eux (98,5%) était des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) cisgenres et plus de la moitié (56%) utilisaient déjà la PrEP avant l’entrée dans l’étude. Près de la moitié des participants (49,5%) a choisi de prendre la PrEP à la demande. L’incidence des perdus de vue de l’étude était de 14 pour 100 participants-année, le taux de rétention dans l’étude était donc relativement élevé. 

Sur 22 mois, l’incidence du VIH dans la cohorte n’était que de 1,1 pour 1000 par année, que ce soit dans le groupe «à la demande» ou dans le groupe «continu». Six personnes ont donc été infectées par le VIH au cours de l’étude : toutes avaient interrompu leur prise de médicament avant l’infection en continuant d’avoir des rapports non protégés par des préservatifs. Si on se rapporte à l’incidence de 6,6 % observée dans le bras placebo de l’essai ANRS IPERGAY, l’un des premiers essais qui montrait l’extrême efficacité de la PrEP, cela correspond à 361 infections par le VIH évitées. 

Très peu d’effets indésirables

Un seul cas de résistance à l’emtricitabine a été détecté chez l’un des participants diagnostiqué, il avait repris la PrEP sans vérifier s’il n’était pas infecté. D’une manière générale, la tolérance de la PrEP est très satisfaisante. Aucun patient n’a dû interrompre la PrEP pour une toxicité rénale. Les effets indésirables les plus fréquents sont des problèmes digestifs (nausées ou diarrhées), mais ils n’ont poussé que trois personnes à interrompre leur protocole de PrEP.

Le recours au préservatif a baissé d’une manière globale chez les participants, puisque 18% de la totalité des rapports sexuels ont été protégés par un préservatif. L’équipe de recherche a constaté une incidence relativement élevée de l’hépatite C, avec 0,7 % participants-année, et surtout une incidence élevée des infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes, avec 75,5 % participants-année. Notons que cette incidence a chuté à 32 % pendant la période du premier confinement liée à l’épidémie de la Covid-19 (du 17 mars au 11 mai 2020).

Deux sous-études sont actuellement en cours dans le cadre de Prévenir afin de réduire l’incidence de ces IST: la première vise l’élimination de l’hépatite C par une stratégie de test and treat (dépistage et traitement rapides) et la seconde, Doxyvac, évalue l’intérêt d’une prophylaxie post-exposition par la doxycycline et d’une vaccination contre le méningocoque B pour essayer de prévenir les infections à Chlamydia, syphilis et gonocoque.

Prévenir était menée en collaboration avec le Pr Jade Ghosn (service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat – Claude Bernard AP-HP et Université de Paris), l’équipe de la Pr Dominique Costagliola et du Dr Lambert Assoumou (Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique Inserm, Sorbonne Université), de Daniela Rojas Castro pour AIDES/Coalition PLUS, et soutenue par l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes et Sidaction. 

Bibliographie

Incidence of HIV-infection with daily or on demand oral PrEP with TDF/FTC in France
J-M. Molina, J. Ghosn, C. Delaugerre, G. Pialoux, C. Katlama, L. Slama, C. Pintado, M. Ohayon, H. Mouhim, L. Assoumou, B. Spire, M. Ben-Mechlia, D. Rojas Castro, D. Costagliola and the ANRS Prevenir study group. CROI 2021

Lien d’intérêt : Notre rédacteur-en-chef Gilles Pialoux est signataire de cette communication orale, rare contribution française à la CROI 2021 virtuelle.

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