La diffusion de la PrEP en France attaquée par le confinement

Une chute de 50 à 80% des nouvelles initiations de prophylaxie pré-exposition contre le VIH a été observée pendant le confinement. Plus de 21000 personnes étaient sous PrEP au premier semestre 2020.

On savait déjà que l’épidémie de Covid-19 avait perturbé la prise en charge, le dépistage et la prévention du VIH. L’actualisation des données du rapport EPI-PHARE, qui se base sur les chiffres du Système national des données de santé (SNDS), confirme l’effondrement des initiations de PrEP durant le pic de l’épidémie de Covid-19.

Rappelons que la PrEP consiste à prescrire du Truvada®, ou un de ces génériques, aux personnes séronégatives exposées face au risque d’infection par le VIH. Différentes études ont montré sa très grande efficacité, que ce soit à la demande (avant, pendant et après les rapports sexuels) ou en continu (une prise par jour). La PrEP est une composante essentielle, avec le dépistage précoce et le traitement comme prévention chez les personnes vivant avec le VIH, d’une politique de prévention combinée efficace. 

Ainsi, aux mois de mars, avril et mai 2020 pendant la période du premier confinement national, la chute dans le nombre de nouvelles initiations était de 50 à 80% par rapport aux mois de janvier et février 2020. La dynamique d’utilisation de la PrEP, observée en 2018-2019, s’était pourtant poursuivie et même intensifiée jusqu’au début de l’année 2020 puisque près de 9000 personnes avaient initié une PrEP entre juillet 2019 et février 2020. 

L’augmentation du nombre d’utilisateurs de PrEP s’est poursuivie de façon constante et régulière entre 2016 et 2020, mais de façon moins marquée lors du premier semestre 2020, où on comptait 21 292 personnes sous PrEP (soit une augmentation de 9% par rapport au semestre précédent).


Nombre total d’utilisateur.trice.s d’une PrEP par Truvada® ou génériques (initiation ou renouvellement en France entre le 1er Janvier 2016 et le 30 Juin 2020, par semestre.
Source: EPI-PHARE

Depuis l’autorisation de la PrEP en 2016, le nombre de personnes ayant initié un traitement pour une PrEP était en moyenne de 593 par mois. Ce nombre était en constante augmentation jusqu’au second semestre 2019, au cours duquel les nouvelles initiations étaient en moyenne de 983 par mois (contre 848 par mois au premier semestre 2019).


Nombre total (%) d’utilisateur.trice.s d’une PrEP par Truvada® ou génériques (en initiation ou en renouvellement) en France entre le 1er janvier 2016 et le 30 Juin 2020, par semestre. Source : EPI-PHARE

L’augmentation s’était intensifiée en janvier et février 2020, avec 1 471 et 1 515 initiations respectivement, soit une augmentation de l’ordre de 50% par rapport à la moyenne mensuelle du semestre précédent, avant d’être stoppée par l’épidémie de Covid-19 et le confinement.

Plus de 32000 initiations de PrEP

Les données actualisées d’EPI-PHARE montrent ainsi que le nombre total de personnes de 15 ans et plus ayant initié un traitement par Truvada® ou générique pour une PrEP en France atteignait plus de 32 000 au 30 juin 2020, soit une hausse de 57% par rapport au chiffre atteint fin juin 2019 (20 478 au 30 juin 2019). Après avoir initié la PrEP, la grande majorité des utilisateurs (80 à 90%) renouvellent leur traitement d’un semestre à l’autre, suggérant un bon niveau de maintien de la PrEP.

Toutefois, au premier semestre 2020, le taux de maintien de la PrEP était en baisse par rapport à la période 2017- 2019. Ceci pourrait s’expliquer par un arrêt ou un espacement des délivrances des médicaments du fait d’une moindre quantité utilisée pendant le confinement, notamment chez les Prépeurs à la demande. Selon les données de l’étude Prévenir, l’utilisation intermittente de la PrEP concerne environ la moitié des utilisateurs. 


Nombre de personnes ayant initié un traitement par Truvada® ou génériques pour une PrEP entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2020, par mois.
Source: EPI-PHARE.

L’interruption de l’activité sexuelle explique en partie ces résultats. Ainsi, parmi les participants de l’enquête ERAS COVID-19 usagers de la PrEP, presque six sur dix rapportent avoir arrêté la PrEP et 6% être passés d’une utilisation en continu à un régime à la demande pendant le confinement. Une hypothèse soutenue par les chiffres de la cohorte ANRS Prévenir, où on a observé chez les participants un niveau très bas d’IST à la fin du premier confinement.

Un profil stable de Prépeur

Les caractéristiques sociodémographiques et la répartition régionale des initiateurs de PrEP n’ont pas connu d’évolution notable au cours de la dernière année. Ainsi, les utilisateurs de la PrEP restent principalement des hommes, âgés de 37 ans en moyenne, résidant en Ile-de-France ou dans une grande métropole et parmi lesquels la proportion de bénéficiaires de la CMU complémentaire (indicateur de situation socio- économique défavorable) ou de l’AME est faible. Selon EPI-PHARE, on peut penser qu’il s’agit principalement d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.


Caractéristiques sociodémographiques des personnes ayant initié un traitement par Truvada® ou générique pour une PrEP entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2020, globalement et par période. Source: EPI-PHARE.

La connaissance et l’utilisation de la PrEP ne s’est donc encore pas étendue aux autres groupes de population fortement exposés face au VIH qui pourraient en bénéficier, comme les personnes résidant dans les départements d’outremer, les usagers de drogues injectables ou les travailleurs du sexe.

Les jeunes pourraient également en bénéficier, si une promotion, jusqu’ici inexistante, était mise en place. Dans le cadre du programme de recherche ANRS Prévenir, le projet TRUST, conduit par Tristan Delory (Hôpital Saint-Louis, APHP), teste une stratégie de caractérisation du risque VIH, d’entrée dans une démarche de santé sexuelle (dépistage du VIH et des IST, initiation de la PrEP) basée sur le recrutement de proche en proche de jeunes hommes de 18 à 25 ans. 

A travers la PrEP, ces chiffres soulignent l’impact délétère du Covid-19 sur le système de santé et possiblement sur l’épidémie de VIH. Au cours du confinement, les initiations de PrEP ont certes repris, mais sont restées à un niveau moindre, à l’instar des tests de dépistages réalisés. Donc, si on peut se réjouir que les initiations de PrEP soient, comme le nombre de tests effectués, encore en augmentation, la dynamique vertueuse instaurée en France dans le cadre de la prévention combinée risque de tourner court, si des efforts ne sont pas faits pour rendre accessible la PrEP aux personnes qui en ont besoin.

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