Co-infection — L’hépatite delta aggrave la mortalité des personnes co-infectées VIH/VHB

La présence d’une hépatite delta, chez des personnes vivant avec le VIH atteintes d’hépatite virale chronique B, est associée à un risque accru de la mortalité spécifique liée à l’atteinte hépatique mais également de la mortalité globale. C’est ce que montre pour la première fois une analyse de la cohorte EuroSIDA, dont les résultats sont publiés dans l’édition avancée en ligne de la revue AIDS. Les auteurs recommandent de rechercher le VHD chez tous les patients co-infectés par le VIH et le VHB.

L’hépatite delta (VHD) est la plus sévère des hépatites chroniques chez l’homme. Dans le monde, entre 15 et 20 millions de personnes sont porteuses du virus, soit environ 5% des personnes atteintes d’hépatite chronique B. Le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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, le VHB et le VHD ont les mêmes modes de transmission : transmission sexuelle, sanguine, donc par l’usage de drogue injectable, et materno-fœtale. Il n’existe pourtant pas d’informations sur la prévalence, les caractéristiques virologiques et l’histoire naturelle du VHD chez les personnes vivant avec le VIH (PvVIH). Pour en apprendre plus, Vincent Soriano et ses collaborateurs ont travaillé à partir des résultats cliniques des patients VIH enrôlés dans la cohorte EuroSIDA co-infectés par le VHB, c’est-à-dire positifs pour l’antigène HBs (AgHBs+).

Leur analyse a porté sur 422 patients. 61 d’entre eux (14,5%) étaient porteurs d’IgG anti-VHD. La co-infection avec le VHD était significativement corrélée à un jeune âge (p=0,0007), au sexe féminin (p=0,005), à l’usage de drogue intraveineux (p<0,0001), à une co-infection par le virus de l’hépatite C (p<0,0001), au fait d’habiter en Europe de l’Est ou du Sud (p<0,003) et à la co-infection avec un VHB de sous-type D (p<0,01). Le seul usage de drogue injectable est significatif (p=0,0003).

87% de ces 61 patients VIH+/AgHBs+/anti-VHD+ avaient une charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux.
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VHD (ARN-VHD) détectable, avec une moyenne de 1,76×107 copies/ml. Globalement, l’ADN-VHB des patients VHD+ est plus bas que celui des patients VIH/VHB, sauf en cas de co-infection par le VHB de sous-type D. Alors que la co-infection par le VHD n’est pas associée à une progression vers le sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome.
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, elle l’est avec un risque plus élevé de mortalité (p=0,01) et de mortalité liée à une insuffisance hépatique (p=0,008). 

Les auteurs soulignent que plusieurs directives préconisent un dépistage de l’hépatite delta chez les personnes porteuses de l’AgHBs. Ce nonobstant, ce dépistage est rarement réalisé.

> Hepatitis delta in HIV-infected individuals in Europe (abstract) / V. Soriano et al. – AIDS. – 2011, édition avancée en ligne. – doi: 10.1097/QAD.0b013e32834babb3