Selon cette étude française1, il n’y a pas de différence en termes de restauration immunitaire entre ceux qui ont commencé le traitement immédiatement après l’infection puis l'ont interrompu pendant un certain temps et ceux qui ont attendu pour commencer le traitement.

Les chercheurs ont ainsi mesuré le taux de lymphocytes CD4+ et CD8+ chez les 727 personnes séropositives faisant partie de la cohorte PRIMO. Les participants à la cohorte ont commencé le traitement à des phases différentes de l'infection. Ainsi, 34% d'entre eux (244 personnes) ont commencé le traitement peu après l'infection, dans un délai moyen de 1,3 mois. Dans ce groupe, 53% de ces personnes ont interrompu leur traitement une fois tandis que 47% l’ont interrompu plusieurs fois. Chez 30% (218 personnes), la mise sous traitement est intervenue environ deux ans et demi après l'infection. Enfin, 36% du groupe d'étude (265 personnes) ont commencé un traitement en continu peu de temps après avoir été infecté par le VIH . Toutes les personnes de l'étude étaient sous traitement au moment de l'étude.

Résultat, ceux qui avaient commencé un traitement ARV précocement et en continuité avaient un nombre de CD4+ moyen de 731, soit 125 de plus que ceux du groupe de traitement retardé et 106 de plus que ceux qui avaient connu une interruption dans leur traitement précoce.

Le groupe du traitement précoce et continu avait un rapport CD4+/CD8+ de 1,17, soit 0,27 plus élevé que les deux autres groupes, avec 0,94 dans le groupe de traitement différé et de 0,88 dans le groupe de l'interruption du traitement. Soixante-quatre pour cent des personnes traitées tôt et en continu connaissait un ratio supérieur à 1,0, contre seulement 40% dans le groupe du traitement différé et 36% dans le groupe avec interruption du traitement. Rappelons que les personnes séronégatives ont généralement plus de CD4+ que CD8+, ce qui signifie que le rapport de CD4+/CD8+ est supérieur à 1,0, généralement entre 1,0 et 2,0. Chez une personne vivant avec le VIH, ce ratio est souvent inférieur à 1,0.

Plusieurs études ont déjà souligné l’intérêt d’une mise sous traitement précoce, qui apparait de plus en plus comme l'une des façons de limiter les dommages sur le système immunitaire et de réduire l'extension des réservoirs viraux. (Voir notamment: Commencer un traitement anti-rétroviral : Mieux vaut très tôt que tard.). Cette dernière analyse semble donc confirmer que les patients traités tôt doivent être laissés sous traitement.

Se pose alors la question des «contrôleurs après traitement». La cohorte VISCONTI suit 14 patients adultes contrôlant leur infection VIH plus de sept ans après l’arrêt de leur traitement précoce. Certains faisaient partie de la cohorte PRIMO. Il semblerait que le niveau des réservoirs viraux de ces patients soit très faible et comparable à celui des patients contrôlant naturellement le VIH. Au delà du fait qu’ils ne semblent pas avoir besoin de traitement, ces cas, exceptionnels, ont beaucoup à nous apprendre sur la rémission fonctionnelle et ils n’auraient pas été identifiés s’ils avaient continué leur traitement. De nouveaux résultats concernant VISCONTI devraient être communiqués prochainement. De quoi entretenir de nouvelles discussions entre médecins et chercheurs à l’occasion de la CROI 2015, dans quelques jours.