Swaps 94 : La réduction des risques à l’épreuve du Covid-19

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Ce numéro spécial Covid-19 de Swaps est à marquer d’une pierre noire dans notre histoire éditoriale, celle de « la crise sanitaire la plus importante depuis un siècle ».

Un premier numéro virtuel et télétravaillé que nous sommes fiers de partager sur vih.org. Le Covid-19 touche et touchera tout le monde. Tout en boutant hors de l’espace médico-social les autres pathologies, les autres prises en charge. Mais ce coronavirus touche plus souvent les plus fragiles, les plus précarisés, les moins protégés. Alors que les réanimations n’ont jamais été aussi pleines en ce mois d’avril 2020, que les services hospitaliers sont remplis de malades du coronavirus, les autres pathologies ont reflué. Les cabinets de médecine générale, les Caarud, les CMP… se sont vidés de leurs occupants habituels. Les usagers sont un peu comme les soignants : ils gèrent les stocks par temps de pénurie et de confinement (voir l’article de Fabrice Olivet p. 9).

Le coronavirus, venu de Chine, a pris toutes les sociétés de court. Sans doute la France plus que d’autres, plus que l’Allemagne si proche. Au lieu de rentrer par les centres de référence suréquipés, le Covid-19 n’a sonné à aucune porte comme attendu. On l’attendait à Roissy, à la descente des avions venus de Chine ou de Lombardie, il est apparu dans un lycée de Crépy-en-Valois. Diffusant ses formes bénignes ou réanimatoires par grappes de proximité, par «clusters». De façon aléatoire et anxiogène. Et à une vitesse folle. En France, alors que le Crépinois s’essayait au confinement imposé, le virus profitait d’un rassemblement évangéliste de Mulhouse pour essaimer jusqu’en Guyane et en Corse. Puis dans toute la France, territoires outre-marins inclus. Dévastant le Haut-Rhin mais épargnant le Grand-Ouest, sans explication à ce jour. Laminant les équipes médicales, les structures et le réseau sanitaire. C’est une fois les pieds dans l’eau que la France s’est mise à compter ses masques, ses tests diagnostiques, ses respirateurs artificiels, ses soignants, ses places de réanimation. Pour en constater la carence.

Mais l’histoire du Covid-19 sera aussi celle de l’innovation et de l’adaptation par temps de guerre. De la solidarité aussi. Les soignants, les travailleurs sociaux ou communautaires, les acteurs de la prévention ont dû improviser et inventer. Comme en atteste l’adaptation du réseau TREND à la crise (lire le dossier p. 13 à 24). Et les témoignages des acteurs de terrain dans les régions les plus touchées : Grand-Est (p. 21), Hauts-de-France (p. 23) et Île-de-France (p. 16). Avec un «aller vers» moins de liens et moins de soins dont on mesurera plus tard l’impact sur les usagers et les malades. Après, longtemps après le 11 mai, première phase prévue du déconfinement, nous serons dans l’absolue nécessité de penser autrement la médecine, l’articulation ville-hôpital, la protection des plus précaires, des migrants, des détenus, des retenus en centre de rétention, des sans domicile fixe. Après, toujours après, la veille sanitaire se devra d’être à la hauteur de l’histoire des virus et de ses objectifs.

Cette crise était-elle prévisible? L’Histoire le dira. L’ennemi invisible et pléomorphe a bouleversé l’hôpital public et l’espace sanitaire français, déjà fragilisés par trois décennies d’austérité budgétaire. Il n’y avait nul espace pour cet «aléa» coronaroviral.

Après la «guerre sanitaire» viendra la crise économique et sociale. Reste à savoir qui va payer. Il faudra comprendre comment cette vulnérabilité soudaine a gommé des siècles de progrès, ce qui n’est pas sans rappeler les débuts du VIH, «cet étrange virus venu d’ailleurs» comme le nommait Jacques Leibowitch avec ses courbes de contamination exponentielles, ses emballements médiatiques, ses fausses informations, ses dérives complotistes. Comme pour le VIH, les médecins découvrent une nouvelle sémiologie, et apprennent à reconnaître les manifestations du virus qui peut toucher l’appareil respiratoire, ORL, la peau, le système nerveux central… et les épidémiologistes affinent les modes de transmission. Pour les deux histoires, c’est un combat pour la vie, un état d’urgence, un tsunami qui révèle le meilleur et le pire.

Gilles Pialoux, Didier Jayle.

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