Le docteur Jacques Leibowitch, pionnier de la lutte contre le VIH, est mort

Il fut l’un des premiers médecins à se mobiliser en France contre le sida, à l’heure des premiers cas, au tout début des années 80. Il fut un partisan précoce des multithérapies d’antirétroviraux mais aussi, dès 2003, de l’allègement thérapeutique pour les personnes vivant avec le VIH.

Jacques Leibowitch est mort mardi 4 mars d’un cancer, à l’âge de 77 ans. Médecin immunologiste et chercheur reconnu, il était moins connu que nombre de ses confrères, probablement à cause d’un caractère moins consensuel. Il avait pourtant été parmi les premiers en France à se mobiliser contre le sida, dès 1981.

Il a créé le tout premier «groupe de travail français sur le sida», avec le Dr Willy Rozenbaum. Il fut l’un des premiers à être convaincu que le sida était dû à un rétrovirus. Il a d’ailleurs raconté ses premiers combats dans un livre passionnant, «Un étrange virus venu d’ailleurs». C’est à Robert Gallo (Bethesda, Maryland), père des rétrovirus humains, qu’il envoie des ganglions de personnes malades mais c’est l’équipe de l’Institut Pasteur —Jean-Claude Chermann, Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier—, contactée par Willy Rozenbaum, qui sera la plus rapide pour isoler le rétrovirus responsable du sida, le VIH.

Brillant, fougueux, passionné, excessif, il fut un véritable «aiguillon» pour la recherche. Il s’était aussi inquiété très tôt de la contamination du sang destiné à la transfusion. Le Dr François Pinon, chef du Centre de transfusion sanguine d’un des plus importants établissements hospitaliers de Paris, l’hôpital Cochin, avait d’ailleurs utilisé avec succès au cours du second semestre 1984 un procédé artisanal de dépistage, non reproductible industriellement, mis au point par Jacques Leibowitch. Les résultats de leur enquête de test menée sur 2 000 donneurs sont un coup de tonnerre : ils ont identifié 10 donneurs séropositifs au VIH, soit 5 pour 1000. Les lots sanguins contaminés par le VIH ainsi dépistés seront éloignés du centre de transfusion sanguine.

Le héraut de l’allégement

Dès 2003, le Dr Jacques Leibowitch s’est battu pour alléger le traitement des personnes séropositives et ses observations cliniques le conduisent à imaginer de nouvelles stratégies, en particulier la réduction du nombre de prises hebdomadaires d’antitrétroviraux. C’est cette stratégie qui est au cœur du projet ICCARRE. Ses résultats positifs mèneront à la mise en place des essais 4D puis ANRS-Quatuor, dans le cadre duquel les patients ne prennent leur traitement que 4 jours sur 7, sans qu’une perte d’efficacité soit observée.

Jacques Leibowitch a longtemps été maître de conférence en plus de ses activités de clinicien, praticien hospitalier à l’Université Versailles Saint-Quentin, et de chercheur. Sa sœur était Michelle Lessana-Leibowitch, dermatologue de l’hôpital Tarnier-Cochin. Après sa retraite, il était resté médecin à l’hôpital Raymond Poincaré, à Garches, celui-là même où il avait commencé sa carrière en 1979.

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