Covid-19: En Afrique de l’Ouest, le vaccin n’est pas le nouveau «magic bullet»

Alice Desclaux, médecin anthropologue, analyse, pour Vih.org, la perception de l’hydroxychloroquine et celle du vaccin contre le Covid-19 dans quatre pays d’Afrique Francophone. Enthousiasme pour la première, méfiance envers le second, comment expliquer ces représentations dans le contexte actuel de mondialisation de l’information?

Au cours des deux dernières décennies, les évolutions technologiques qui ont permis la multiplication des médias et réseaux sociaux, et favorisé l’accès direct du public à une surabondance de contenus mondialisés, ont totalement changé la circulation de l’information sur les questions de santé en Afrique. Ce changement a été peu abordé dans les publications stimulantes qui ont comparé les réponses sociales aux pandémies de VIH et de Covid1Charlotte Pézeril, « Du Sida au Covid-19 », La Vie des idées, 2 octobre 2020, https://laviedesidees.fr/Du-Sida-au-Covid-19.html. 2Didier Lestrade, « Covid-19 et sida, des points communs et des différences », Slate.fr, 25 mars 2020, sect. Santé, http://www.slate.fr/story/188850/gestion-pandemie-Covid-19-gouvernements-medecins-experience-sida. 3Gabriel Girard, « VIH, Covid-19… d’une épidémie à l’autre », vih.org, 9 décembre 2020, sect. Économie de la santé, https://vih.org/20201209/vih-Covid-19-dune-epidemie-a-lautre/.. Il serait intéressant de prolonger ces analyses en examinant comment les opinions publiques ont construit leurs perceptions des traitements de ces deux pathologies, au Nord et au Sud, dans des contextes informationnels très différents à vingt ans d’intervalle. Sans pouvoir mener au bout la comparaison dans les limites de cet article, la question abordée est la suivante: des interprétations localisées des traitements anti-infectieux utilisés contre le Covid (appropriation ou réticences) ont-elles émergé, dans le contexte actuel de mondialisation de l’information? Cette question prend sa place dans la suite d’analyses en anthropologie du médicament qui ont montré la richesse des significations portées par ces objets thérapeutiques ambivalents (pharmakon à la fois «cure et poison»)4Sjaak van der Geest et Susan Reynolds-Whyte, « Popularité et scepticisme : opinions contrastées sur les médicaments », Anthropologie et Sociétés 27, no 2 (2003): 97‑117., en partie indépendantes de leur valeur pharmaco-clinique, et leurs déclinaisons en Afrique5Alice Desclaux et Marc (eds) Egrot, Anthropologie du médicament au Sud. La pharmaceuticalisation à ses marges (Paris: L’Harmattan, 2015).. Dans quatre pays francophones (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Sénégal), nous avons exploré —dans le cadre du Projet CORAF6Projet CORAF : Circulation de l’information dans les médias, interprétations et effets sociaux porté par le CRCF et TransVIHMI dans le cadre du programme ARIACOV financé par l’IRD et l’AFD. Equipe : A. Desclaux, K. Sow, CRCF (Centre Régional de Recherche et de Formation à la prise en charge de Fann), IRD (TransVIHMI), RAEE (Réseau Anthropologie des Epidémies Emergentes), avec R. Houngnihin (LAMA, Bénin), B. Bila (IRSS, Burkina Faso), M. Varloteaux (Centre ANRS, Cameroun).— les perceptions attachées aux produits pharmaceutiques-«phare» du Covid: la chloroquine (et ses dérivés) et le vaccin. La recherche a mis au jour des perceptions très contrastées.

L’adhésion générale à la chloroquine

Le premier cas de Covid a été déclaré dans la région Afrique de l’ouest et du centre le 28 février 2020. Trois jours plus tôt, l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infections avait diffusé sur Youtube une vidéo intitulée «Coronavirus: Fin de partie!» dans laquelle le Pr Raoult déclarait que la chloroquine permet de traiter facilement les coronavirus. Cette information a été rapidement reprise dans les médias africains francophones et diffusée sur les réseaux sociaux ; deux semaines plus tard, notre équipe observait une intense activité de vente de chloroquine dans le secteur informel à Dakar (Sénégal), Cotonou (Bénin), Yaoundé (Cameroun) et Ouagadougou (Burkina Faso) soit par des vendeurs ambulants, soit dans les marchés informels, selon les pays7Alice Desclaux, « La Mondialisation Des Infox et Ses Effets Sur La Santé En Afrique : L’exemple de La Chloroquine », The Conversation, 19 mars 2020, http://theconversation.com/la-mondialisation-des-infox-et-ses-effets-sur-la-sante-en-afrique-lexemple-de-la-chloroquine-134108.. En parallèle, les pharmacies signalaient une importante augmentation de la demande jusqu’aux ruptures de stock pour l’hydroxycholoroquine, un dérivé de la chloroquine indiqué pour des pathologies rhumatismales. Très vite, des médicaments contenant d’autres dérivés de la chloroquine sont apparus en provenance d’industries asiatiques (Chine, Inde), ainsi que des produits «de qualité sous-optimale ou falsifiés» à propos desquels l’Organisation mondiale des douanes lançait une alerte de sécurité en avril. La chloroquine (le terme couvrant également ses dérivés) était consommée en auto-médication ou sur prescription, en prévention et en curatif, seule ou avec l’azithromycine. Dans le secteur sanitaire formel, l’hydroxychloroquine a été à partir de mars 2020, selon les pays, intégrée dans les protocoles nationaux de prise en charge des malades du Covid ou utilisée dans le cadre d’études observationnelles ou d’essais cliniques, dont les résultats positifs ont été largement médiatisés. 

« Notre médicament »

Dans les médias des pays où nous avons enquêté, la chloroquine a été unanimement valorisée comme médicament bien connu, familier, sans risque. Elle est présentée comme un traitement populaire, les adultes ayant le souvenir de l’avoir consommée pendant les saisons pluvieuses de leur enfance. Longtemps prescrite pour la prévention et le traitement de l’accès palustre simple, la chloroquine a été remplacée à la fin des années 1990 par les dérivés de l’artémisinine du fait de la survenue de résistances des Plasmodium. Son utilisation n’a cependant pas été totalement interrompue, les catégories sociales les plus pauvres continuant à recourir à ce médicament dans le secteur informel pour une variété de problèmes de santé (fièvres, troubles abdominaux, avortement). En plus de cette familiarité, la chloroquine peut être perçue comme relevant de la catégorie des phytoremèdes africains. Elle est souvent considérée (à tort) comme issue de la quinine, et comme similaire à d’autres remèdes végétaux décrits aujourd’hui comme des traitements traditionnels africains du paludisme (Azadirachta indica, Artemisia). La chloroquine bénéficie ainsi de l’image des «traitements traditionnels améliorés» doublement validés, selon les interprétations locales, par l’expérience séculaire et par une présentation du produit ayant les qualités attachées à la médecine et à la modernité. 

Un médicament politisé

Appréciée comme un remède populaire familial, la chloroquine est aussi présentée dans les médias comme un médicament validé sur le plan scientifique en Afrique. Les médecins ou pharmaciens qui ont exprimé une mise en garde face à sa promotion comme anti-Covid, très minoritaires, n’ont pas créé de controverse publique. Les résultats positifs pour les malades de la combinaison hydroxychloroquine + azithromycine décrits par les auteurs des études observationnelles reçoivent l’approbation du Pr Raoult. Le médicament est soutenu au plus haut niveau de l’Etat dans des pays dont les autorités, confiantes dans un traitement qui apparaît adapté à l’Afrique, soutiennent simultanément le Covid-Organics, un traitement néotraditionnel à base d’Artemisia promu par le président malgache Andry Rajoelina. Dans les débats internationaux à propos de l’hydroxychloroquine, qui impliquent l’Organisation mondiale de la santé à partir de mai 2020, ce médicament est comparé au remdesivir, un antiviral commercialisé par la firme Gilead. Les discours en ligne (tribunes, articles, commentaires de lecteurs) opposent un médicament bon marché, produit en Afrique et accessible aux Africains sous forme générique, et un médicament sous licence très coûteux que l’OMS a validé sur des bases scientifiques -avant d’émettre des réserves. De nombreux commentateurs voient dans cette opposition les manœuvres des firmes multinationales pour imposer leurs produits face à un générique qui ne leur rapporte rien, avec l’accord des institutions de santé globale. La chloroquine est alors présentée par les médecins et les médias comme un médicament africain populaire, critiqué par le Nord pour des effets secondaires qui ne seraient pas observés en Afrique, dans le but d’imposer l’exploitation capitalistique des populations africaines.

Les réticences vis-à-vis du vaccin contre le Covid

Le vaccin contre le Covid a connu un parcours très différent. Fin 2020, des essais vaccinaux contre le Covid sont en cours en Afrique du Sud, en Egypte et au Maroc, et se préparent dans quelques pays supplémentaires. L’initiative internationale COVAX organise l’accès au vaccin et la Task Force Vaccin de l’OMS soutient les pays pour qu’ils préparent leurs plans stratégiques afin de vacciner jusqu’à 20% de leur population en 2021, en commençant par des groupes prioritaires. Dans les médiascapes (ou «paysages informationnels» qui associent les médias traditionnels, les médias en ligne, les médias et réseaux sociaux en interaction), l’information en circulation sur les vaccins est dominée par des «infox» (informations non sourcées et non validées scientifiquement a priori, qui introduisent le doute en combinant éléments factuels et éléments faux, interprétés ou sortis de leur contexte) qui présentent le vaccin de manière très négative. Certaines infox d’échelle nationale mettent en scène le décès d’enfants après une vaccination supposée (au Sénégal ou en Guinée) ou l’injection du virus par «des Blancs» sous prétexte de vaccination. Dans d’autres messages (vidéos, textes, images ou audios) d’échelle régionale, des personnalités politiques ou des Africains de la diaspora mettent en garde les populations africaines contre le vaccin. Enfin, des infox de niveau global sont relayées vers l’Afrique, qui évoquent par exemple le complot mondial visant à contrôler la population en injectant des puces ou des nanoparticules activées par la 5G (un ensemble d’infox circulant aussi en Europe). 

Un vaccin du Nord testé en Afrique à l’insu des Africains

Les réseaux sociaux ont surtout contribué à réactiver et renforcer une représentation de la recherche vaccinale comme l’exploitation de «cobayes». «L’affaire LCI», du nom de la chaine d’information en continu sur laquelle deux médecins français ont discuté en avril 2020 de la possibilité de tester le BCG en prévention contre le Covid en Afrique du fait de la vulnérabilité et du manque de moyens de protection disponibles localement, en évoquant des essais de prévention du VIH menés autrefois chez des travailleuses du sexe, a enflammé les opinions contre leur absence de sens éthique. Des pétitions contre les essais vaccinaux puis contre les vaccins anti-Covid ont circulé; les autorités sanitaires de plusieurs pays ont attesté publiquement qu’elles refuseraient de mener des recherches sur le vaccin; des «célébrités» (footballeurs, musiciens…) ont dénoncé le vaccin comme une nouvelle forme d’exploitation, en rappelant au Cameroun l’affaire du Ténofovir. Les perceptions recueillies dans nos enquêtes montrent que la recherche est considérée essentiellement comme une pratique prédatrice de la part des firmes du Nord, à l’image de la firme Pfizer responsable de la mort d’enfants au Nigéria dans les années 1990 lors d’un essai thérapeutique illégal sur la trovafloxacine, souvent évoqué. Au-delà des essais vaccinaux, le pilotage et la mise en œuvre de la recherche médicale en Afrique par des Africains semblent très peu connus par le public, de même que les cadres éthiques et réglementaires de la recherche qui imposent le consentement des participants. 

Un vaccin exogène refusé par les populations 

Dans une enquête exploratoire menée auprès de 215 personnes réparties sur nos quatre pays d’étude en octobre 2020, deux répondants sur trois mentionnaient qu’ils refuseraient d’être vaccinés: une proportion beaucoup plus élevée qu’au niveau mondial, ou elle était d’environ un quart au même moment8Alice Desclaux et al., « Les Populations d’Afrique sont-elles Prêtes à Accepter Le Vaccin Anti-Covid-19 ? », The Conversation, 23 novembre 2020, http://theconversation.com/les-populations-dafrique-sont-elles-pretes-a-accepter-le-vaccin-anti-Covid-19-149104.. Les motifs de refus comprenaient en premier lieu la peur des effets secondaires cachés par les firmes, puis la perception du vaccin comme l’instrument d’un complot de Bill Gates pour réduire la démographie africaine ou d’une coalition de puissants (Etats, institutions globales) pour asservir les populations et assurer un «nouvel ordre mondial» en utilisant les autorités des pays africains corrompues («coronabusiness»), enfin la préférence pour des solutions endogènes de contrôle du SARS-CoV2 telles que la médecine traditionnelle ou la protection conférée par la religion. Plus récemment, les doutes sur la répartition des responsabilités en cas de survenue d’effets indésirables graves liés au vaccin —avec l’exonération suspectée des firmes— ont introduit un thème supplémentaire de méfiance, allant dans le sens d’une perception de l’exploitation des populations du Sud a des fins de protection par le vaccin des populations du Nord. La faiblesse relative (inégalement répartie) de l’épidémie dans les pays ouest-africains, malgré la deuxième vague observée fin 2020-début 2021, justifie cette interprétation d’un vaccin exogène imposé aux populations africaines dans l’intérêt du Nord, dont l’Afrique n’aurait pas forcément besoin, exprimée y compris dans des milieux médicaux informés. 

Un vaccin occidental inéquitable 

Les négociations des autorités nationales avec les producteurs de vaccins menées en parallèle à l’initiative COVAX, qui ont permis l’annonce de mises à disposition du «vaccin chinois» et la vaccination des 25 premières personnes sur le continent africain en Guinée avec le «vaccin russe», sont restées opaques pour la population, ce qui a pu renforcer des interprétations mettant en avant les influences et la recherche d’avantages économiques ou politiques dans les choix d’approvisionnement par les Etats. Ces interprétations n’épargnent pas les vaccins annoncés dans le cadre de COVAX, produits par des firmes européennes et américaines, les seuls à être homologués par l’OMS fin janvier 20219Plusieurs vaccins sont en instance ou en cours d’évaluation pour homologation, dont la date dépend de la date de dépôt du dossier. : certains interprétent cette différence de traitement comme l’effet d’une collusion entre cette organisation internationale et les firmes occidentales dont les profits faramineux sont étalés dans les médias. Début 2021, le «nationalisme vaccinal» qui introduit une «géopolitique du vaccin» attestée par l’identification des différents vaccins par la nationalité de la firme productrice, avec son cortège de représentations sociales, accroît encore les perceptions d’intérêts occidentaux —et d’intentions suspectes— dans la fourniture de vaccins à l’Afrique, exprimées dans des tribunes ou articles des médias ouest-africains.

La polarisation des représentations

La circulation des infox qui n’ont pas été contrebalancées par des informations scientifiques justes, l’utilisation des réseaux sociaux par des médecins privilégiant les effets d’annonce et la communication immédiate d’opinions aux contraintes formelles et temporelles de la publication académique, l’absence de communication sur le vaccin contre le Covid par les instances sanitaires nationales et de dialogue social sur les stratégies de réponse, ont facilité la polarisation des opinions publiques sur les traitements en Afrique francophone. En considérant la chloroquine comme un traitement efficace et le vaccin comme dangereux en dépit des conclusions de l’OMS, les opinions publiques affirment la spécificité du continent face à cette pandémie et son indépendance, voire sa souveraineté, face aux organisations supra-nationales en santé globale. 

La chloroquine est devenue «le remède africain qui protège l’Afrique contre le Covid», ancien, connu de tous, bon marché, disponible partout et même associée aux traitements néotraditionnels africains. En même temps validée par la médecine de pointe grâce à des recherches cliniques menées en Afrique par des médecins considérés comme des héros, la chloroquine est valorisée pour sa valeur curative perçue; elle l’est aussi pour une valeur préventive hypothétique qui permettrait d’expliquer la moindre vulnérabilité de l’Afrique au SARS-CoV-2. Seul médicament disponible pendant plusieurs mois pour traiter les malades du Covid, la chloroquine apparaît début 2020 comme un «magic bullet». En plus de la valeur symbolique de tout médicament dans la relation thérapeutique interpersonnelle, la chloroquine justifie les hospitalisations des malades que le seul isolement rendrait difficilement acceptable, et elle permet de faire valoir le succès de la prise en charge, dans un contexte où à l’inverse les mesures de santé publique sont difficiles à accepter par la population et ne semblent pas totalement efficaces. En Afrique francophone, son appropriation par les experts médicaux et par le grand public, ainsi que par les autorités étatiques, explique que l’hydroxychloroquine reste utilisée fin 2020, après que les essais thérapeutiques internationaux aient montré son absence d’efficacité significative. 

A l’opposé, le vaccin contre le Covid, bien que lui aussi très attendu, est devenu dans les représentations d’une partie du public «le vaccin du Nord» introduit par des firmes mobilisées par le profit qui, assistées par leurs relais sous influence (autorités nationales, OMS), veulent l’imposer aux Africains. Son caractère peu sûr, avec des effets indésirables encore mal connus, largement surestimés par les opinions publiques, est surtout perçu comme l’objet de mensonges voire d’un complot pour cacher ces effets secondaires. La polarisation des représentations n’est pas imputable exclusivement à la diffusion «sans filtre» de messages adverses au vaccin, relevant de l’infodémie; elle semble aussi liée à des dimensions structurelles effectives comme le caractère inégalitaire et monopolistique du marché mondial du médicament (vaccin inclus), la défiance de la population due à la politisation et aux défaillances de la réponse au Covid, l’absence de communication et d’information scientifiquement exacte sur le vaccin.

Une «leçon du VIH» ?

L’ONUSIDA a rappelé récemment dans une revue des «leçons du VIH» que la réponse à cette pandémie avait été efficace lorsqu’elle a mis en avant les droits humains et a été dirigée par les communautés10ONUSIDA, « Les droits humains aux temps du Covid-19. Les leçons du VIH pour une réponse efficace, et dirigée par la communauté. » (Genève: ONUSIDA, 20 mars 2020), https://www.unaids.org/fr/resources/documents/2020/human-rights-and-Covid-19.. Au cours des années 2000, les mobilisations internationales ont permis d’élaborer des mécanismes d’approvisionnement équitables en traitements antirétroviraux scientifiquement validés pour l’Afrique, par une combinaison de négociations, rapports de force et collaborations entre communautés, scientifiques, politiques et à certains égards des firmes dans le cadre de coalitions en santé globale, qui donnaient un sens concret à la notion de justice sociale au niveau international. Les représentants des sociétés civiles et des personnes vivant avec le VIH du Nord et du Sud ont porté le plaidoyer pour l’accès au traitement, et leur contribution aux décisions stratégiques au plus haut niveau des institutions de santé globale a été décisive. Malgré l’appel du directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus à considérer le vaccin contre le Covid comme un bien public mondial et à «réinventer la collaboration»11Le Monde, «Tedros Adhanom Ghebreyesus: «Le Covid-19 fait peser une menace planétaire et il importe de partager équitablement les outils pour le vaincre»», Le Monde.fr, 6 janvier 2021, https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/06/tedros-adhanom-ghebreyesus-le-Covid-19-fait-peser-une-menace-planetaire-et-il-importe-de-partager-equitablement-les-outils-pour-le-vaincre_6065346_3232.html., la solidarité internationale autour du Covid n’est pas perceptible pour les populations africaines —par ailleurs informées des stratégies d’appropriation des vaccins par les pays riches évoquées plus haut. Sans idéaliser «les acquis du sida», la dimension identitaire qui transparait dans les perceptions des traitements du Covid et conduit à refuser le vaccin «en tant qu’Africain» pourrait résulter non seulement de la nouvelle infodémie, mais aussi indirectement de l’absence de mobilisation transnationale pour l’équité dans l’accès au vaccin, telle que celle construite autour des antirétroviraux au Nord et au Sud, ensemble et avec les acteurs associatifs, sanitaires, scientifiques et parfois politiques de la réponse au VIH. Cette dernière analyse est une hypothèse proposée à la réflexion des chercheurs, des politiques et des acteurs de la santé globale.