La PrEP fait diminuer fortement l’incidence du VIH chez les femmes

Deux études réalisées en Afrique et présentées à AIDS 2020 démontrent une fois de plus l’efficacité de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour réduire l’incidence du VIH chez les femmes.

En France, l’écrasante majorité des personnes utilisant la PrEP sont des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes. Cela s’explique par le souci de cibler les populations les plus exposées face au VIH. Mission réussie pour les HSH nés en France, mais les femmes nées à l’étranger sont également très exposées face au VIH, et pourtant elles n’ont pas été informées que la PrEP leur était accessible voire qu’elle existait. 

En Afrique, comme au Kenya par exemple, les femmes, souvent jeunes, représentent une grande partie des personnes utilisant la PrEP pour se protéger du VIH. Et deux études présentées à la conférence mondiale de 2020 démontrent la bonne efficacité de la PrEP pour les femmes, même si elle est utilisée par un petit nombre de femmes ou de manière non continue.

L’étude SEARCH

La première de ces deux études a été présentée par la docteure Catherine Koss (University of California, San Fransisco). SEARCH (Sustainable East Africa Research in Community Health) est une grande étude, dans le cadre de laquelle la PrEP a été proposée aux membres de 16 communautés face au VIH : au Kenya et en Ouganda. Les chercheurs ont défini des groupes très exposés comme étant : les personnes en couple avec une personne séropositive, les personnes travaillant dans les industries du transport ou de la pêche, et les individus qui se considéraient eux-mêmes comme étant exposés face au VIH.

Sur les 74541 personnes suivies dans les centres SEARCH, 15632 (soit 21%) ont été considérés comme étant à haut risque d’acquisition du VIH. Sur ces 15 632 participants, 5447 (35%) ont donc commencé la PrEP (des hommes et des femmes à part égale) et 4260 (27%) ont passé au moins un test VIH après avoir commencé la PrEP. Des rendez-vous pour les tests et le renouvellement de la prescription de PrEP ont été pris toutes les 12 semaines et effectués dans divers contextes : à la maison, dans les cliniques et sur les lieux de travail des personnes, y compris les bars et les plages du lac Victoria. 

Les résultats montrent que la PrEP a évité les trois quarts (74%) des infections au VIH dans ces populations, avec une réduction record de 76% de l’incidence chez les femmes. C’est la plus forte réduction jamais rapportée suite à une étude PrEP en Afrique subsaharienne.

Chez les personnes ayant pris au moins une fois la PrEP, l’incidence annuelle du VIH était de 0,35%, avec 0,46% chez les femmes et de 0,23% chez les hommes. C’est beaucoup moins que l’incidence annuelle de 0,92%, avec une différence considérable entre les femmes (1,52%) et les hommes (0,40%), chez les participants témoins de SEARCH, avant l’utilisation de la PrEP. 

Sur les 25 personnes devenues séropositives, 17 (68%) étaient des femmes, 56% avaient moins de 30 ans et 36% avaient un partenaire régulier séropositif. Toutes sauf une (96%) ont commencé un TAR, les deux tiers d’entre elles le jour du diagnostic et toutes sauf une ont une charge virale indétectable. Cette dernière s’est avérée être la seule personne avec un VIH résistant aux médicaments (NNRTI et NRTI).

Dix-huit des 25 nouveaux séropositifs ont déclaré qu’ils n’avaient pas pris la PrEP dans les 70 jours précédant leur test de dépistage. Parmi les sept autres personnes, quatre ont signalé une observance irrégulière au cours des 3-4 derniers mois et deux ont été dépistés lors de la visite de la quatrième semaine, ce qui suggère une infection aiguë au moment du démarrage de la PrEP.  

«Ces résultats, a déclaré Catherine Koss lors de la conférence, apportent la preuve que, dans des contextes épidémiques généralisés, offrir un accès universel à la PrEP – y compris à des individus n’appartenant pas à des groupes à risque connus – peut réduire l’incidence du VIH.»

Les résultats présentés sont encore préliminaires et avec la fin de l’ensemble de l’étude SEARCH en juillet, nous pourrons savoir si la PrEP a eu un effet sur la réduction de l’incidence du VIH dans l’ensemble des personnes suivies, qu’on leur ait proposé la PrEP ou non.

L’étude ECHO

L’impact de la Prep sur l’incidence a également été observé dans le cadre de l’étude ECHO, une grande étude conçue pour évaluer le risque d’infection par le VIH en fonction du contraceptif que les femmes utilisent. Les résultats ont été présentés par la professeure Deborah Donnell (Fred Hutchinson Cancer Research Center, Université de Washington, États-Unis).

L’essai ECHO a débuté en décembre 2015 et s’est terminé en octobre 2018, après avoir suivi 7829 femmes. À chaque visite, les participantes recevaient un kit de prévention VIH incluant : un test de dépistage, des conseils de réduction des risques, des préservatifs, des tests pour les partenaires et une proposition de prendre la PrEP dès lors que ce fût possible. Les trois quarts des participantes à ECHO étaient sud-africaines et 2043 d’entre elles participaient encore à l’étude en mai-juin 2018, lorsque la Prep est devenue disponible dans les sites sud-africains de la cohorte. A cette date, 26,6% d’entre elles, soit 543, ont débuté la Prep. Ces femmes présentaient des caractéristiques qui pouvait laisser supposer qu’elles étaient qu’elles étaient à haut risque d’acquisition du VIH. 

Résultats : L’incidence du VIH avant l’introduction sur site de la PrEP était de 4,65%, elle avait baissé à 2,16% après. Il s’agit d’une réduction de 55 % de l’incidence du VIH. Si on exclut de ces chiffres les personnes qui étaient déjà sous Prep via un autre site, avant sa mise à disposition généralisée, alors l’incidence avant la preuve était de 5% et celle de 2,29%, ce qui représente une réduction de 57 %.

En d’autres mots, une utilisation de la PrEP par un quart environ des femmes de l’étude ECHO a produit une diminution de plus de 50% du taux d’infection par le VIH. C’est le fait d’avoir mis à disposition la PrEP auprès des femmes les plus exposées qui a permis d’obtenir ces résultats. Et encore une fois, ce sont les femmes elles-mêmes, en estimant correctement les risques d’infection par le VIH auxquels elles font face, qui ont fait baisser l’incidence pour toute la population de la cohorte.

Autant d’arguments pour développer l’usage de la PrEP en France ou aux États-Unis. 

Bibliographie

Lower than expected HIV incidence among men and women at elevated HIV risk in a population-based PrEP study in rural Kenya and Uganda: Interim results from the SEARCH study, 
Catherine Koss, University of California, AIDS 2020.

Incorporating PrEP into standard of prevention in a clinical trial is associated with reduced HIV incidence: Evidence from the ECHO Trial,
Deborah Donnell, Fred Hutchinson Cancer Research Center, AIDS 2020. 

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