Objectifs 2020 de l’Onusida : un échec accentué par le Covid-19

Dans son nouveau rapport Agissons maintenant, publié à l’occasion de la conférence AIDS 2020, l’Onusida s’inquiète de la non-réalisation des objectifs 2020 que s’était fixée la communauté internationale et de la menace que la crise du Covid-19 fait peser sur la réponse au VIH/sida.

L’Assemblée générale des Nations Unies a en effet souligné en 2016 le besoin d’accélérer le déploiement des services de lutte contre le VIH, tout en consolidant les droits et l’autonomie des personnes, afin de mettre un terme à l’épidémie de VIH/sida d’ici 2030. Ces objectifs intermédiaires devaient être atteints en 2020; ils ne le seront pas et ce sont 3,5 millions d’infections au VIH, 820 000 morts supplémentaires liés au sida depuis 2015 qui devraient être à déplorer en conséquence. 

Nouvelles infections à VIH prévues jusqu’en 2020, et prévisions modélisées résultant des interventions accélérées, au niveau mondial, 2010-2020
Décès liés au sida prévus jusqu’en 2020, et prévisions modélisées résultant des interventions accélérées, au niveau mondial, 2010-2020

«Nous devrons mener des actions efficaces chaque jour de la décennie à venir pour remettre le monde sur la voie des objectifs 2030 et mettre fin à l’épidémie du sida», a déclaré Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. «Des millions de vies ont été sauvées, en particulier des vies de femmes en Afrique. Les nombreuses avancées enregistrées doivent être partagées avec toutes les communautés du monde. La stigmatisation et la discrimination ainsi que les inégalités généralisées sont autant d’obstacles à surmonter pour mettre fin à l’épidémie de sida. Les pays doivent écouter les preuves apportées, prendre leurs responsabilités et défendre les droits humains.»

Objectifs 90–90–90
L’objectif 90–90–90 est le premier des dix engagements majeurs de l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté dans sa Déclaration politique 2016 sur le VIH et le sida. Pour mettre fin à l’épidémie, l’Onusida estime qu’il faut que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, 90% des personnes dépistées séropositives bénéficient d’un traitement antirétroviral (ARV) et que 90% des personnes sous ARV voient leur charge virale devenir indétectable.

Dépistage et traitement du VIH en cascade, au niveau mondial, 2019

L’agence se félicite pourtant d’avancées importantes : Quatorze pays ont atteint le triple objectif 90-90-90 du traitement contre le VIH : l’Australie, le Botswana, le Cambodge, l’Espagne, l’Eswatini (ex-Swaziland), l’Irlande, la Namibie, l’Ouganda, les Pays-Bas, le Rwanda, la Thaïlande, la Zambie et le Zimbabwe. L’Eswatini fait encore mieux que les plus grands et dépasse ces objectifs pour atteindre le suivant : 95-95-95. Le pays affiche pourtant l’un des taux de prévalence parmi les plus élevés au monde, 27% en 2019. On constate également des progrès en Afrique orientale et australe, où les nouvelles infections au VIH ont reculé de 38%, depuis 2010. 

Nombre de nouvelles infections au VIH et taux de mortalité lié aux maladies opportunistes dans le monde, 1990 à 2019

Des bonnes nouvelles qui contrastent sévèrement avec les chiffres en provenance d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, où les nouvelles infections au VIH ont au contraire explosé de 72% depuis 2010. Elles ont également augmenté de 22 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et de 21 % en Amérique latine. 

De manière générale, le monde a accumulé un grand retard dans la prévention de nouvelles infections au VIH et 1,7 million de personnes ont été infectées par le VIH, soit plus du triple de l’objectif mondial. Le rapport estime qu’environ 62% des nouvelles infections au VIH concernent les populations exposées et leurs partenaires sexuel-les, comme les gays et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les professionnel-les du sexe, les consommatrices et consommateurs de drogues et la population incarcérée. 

Le danger Covid-19

La riposte contre le VIH/sida pourrait également subir un grave revers et connaitre l’équivalent d’un retour en arrière d’une dizaine d’années au moins, si la pandémie de COVID-19 continue d’interrompre les services de santé. Une interruption totale de six mois du traitement contre le VIH entraînerait plus de 500 000 morts supplémentaires en Afrique subsaharienne l’année prochaine (2020-2021). Ce revers ramènerait le taux de mortalité lié au sida dans la région à celui de 2008. Une interruption, ne serait-ce que de 20%, provoquerait 110 000 morts supplémentaires.

Interruption du traitement contre le VIH pendant six mois en Afrique subsaharienne, 2020-2021

L’Onusida veut convaincre les pays d’augmenter leurs investissements pour combattre ces deux maladies. Ceux concernant le VIH ont chuté de 7% entre 2017 et 2019 et représentent 18,6 milliards de dollars. Il manque donc 30% du budget de 26,2 milliards de dollars nécessaire à une riposte efficace au VIH en 2020.

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