Covid-19 : La Pr Françoise Barré-Sinoussi nommée à la tête du Comité de chercheurs chargé de conseiller le gouvernement

Le président de la République française a présenté mardi 24 mars le Comité analyse recherche et expertise (CARE), qui réunit 12 chercheurs et médecins pour conseiller le gouvernement sur les traitements et les tests contre le coronavirus.

Ce CARE, installé en présence du Premier ministre, du ministre de la Santé et de la ministre de Recherche, sera présidé par la Pr Françoise Barré-Sinoussi, virologiste à l’Institut Pasteur/Inserm, co-récipiendaire du Prix Nobel 2008 pour la découverte du VIH en France en 1983. Françoise Barré-Sinoussi est engagée depuis le début de l’épidémie de VIH/sida en faveur de l’accès aux traitements, du dépistage, ainsi que dans la recherche d’un traitement d’éradication du VIH. Elle est également présidente de l’association Sidaction.

Son objectif sera de «conseiller le gouvernement pour ce qui concerne les programmes et la doctrine relatifs aux traitements, aux tests et aux pratiques de “backtracking” qui permettent d’identifier les personnes en contact avec celles infectées par le virus du COVID-19», selon l’Élysée.

Le comité «assurera notamment le suivi des études thérapeutiques autorisées en France et les essais engagés sur des traitements à l’étranger». Il «accompagnera la réflexion des autorités sur la doctrine et la capacité à réaliser des tests ainsi que sur l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées», poursuit la présidence.

Le gouvernement se fait déjà conseiller par un conseil scientifique, composé de dix experts, pour la gestion de la crise sanitaire et présidé par Jean-François Delfraissy, médecin immunologiste et président du Comité consultatif national d’éthique. Dix autres experts travaillent à ses côtés, dont deux infectiologues : Yazdan Yazdanpanah (hôpital Bichat, Paris), et Denis Malvy (groupe hospitalier Pellegrin, Bordeaux). Lila Bouadma (hôpital Bichat) est réanimatrice, Bruno Lina (Hospices civils de Lyon), professeur en virologie, Pierre-Louis Druais, médecin généraliste et membre de la Haute autorité de santé, et Arnaud Fontanet (Institut Pasteur), épidémiologiste, spécialiste des maladies émergentes. Trois membres ne sont pas médecins: le mathématicien Simon Cauchemez (Institut Pasteur), spécialiste des modélisations des épidémies, Daniel Benamouzig (Institut de santé publique), sociologue, et Laëtitia Atlani-Duault (Institut de recherche pour le développement), qui coordonne le programme scientifique «Changements globaux et risques infectieux émergents».

Didier Raoult (CHU de la Timone, Marseille), a claqué la porte de ce conseil scientifique le 24 mars, dénonçant des désaccords dans la gestion de la crise.

Attention aux effets d’annonce

Dans un entretien au Monde, François Barré-Sinoussi se dit «inquiète, comme tout le monde, face à cette épidémie, qui me rappelle en bien des points beaucoup de choses douloureuses des débuts de l’épidémie de VIH/sida». Et elle insiste: «Faisons très attention aux effets d’annonce, on en a vécu beaucoup dans le domaine du VIH/Sida. Par exemple, des candidats-vaccins avaient été annoncés comme protégeant du VIH ; certaines personnes les ont utilisés et ont été infectées. Certains ont utilisé des médicaments qui étaient censés les guérir, sans succès. L’actualité nous rappelle de tristes histoires. Ne donnons pas de faux espoirs, c’est une question d’éthique.»

Concernant les récentes annonces autour de la chloroquine, la chercheuse rappelle qu’«évaluer de nouvelles molécules prendra du temps»: «J’attends les résultats de l’essai Discovery, conçu dans le cadre du consortium Reacting, qui vient de démarrer et qui portera sur 3 200 personnes, dont 800 en France. Un premier groupe recevra des soins standards sans médicament ; un deuxième se verra administrer l’antiviral remdesivir ; puis dans le groupe 3, les patients recevront une association lopinavir-ritonavir ; la même association sera administrée dans le quatrième groupe en combinaison avec un autre médicament, l’interféron bêta, et un cinquième avec l’hydroxicholoroquine [seul], qui a été ajouté récemment. Tous ces groupes de patients sont bien sûr traités avec en plus des soins standards. De premières analyses fiables devraient être connues dans une quinzaine de jours. Cet essai est fait dans les règles de l’art. Soyons patients.»

Avant toute chose, François Barré-Sinoussi appelle au «strict respect du confinement». Le Covid-19 a fait 860 morts en France depuis le début de l’épidémie, dont cinq médecins, et 2 082 patients étaient lundi soir en réanimation, selon un dernier bilan.

NB: La Pr Françoise Barré-Sinoussi est la marraine de Vih.org.

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