AIDS 2018 — L’étude Partner2 entérine le traitement comme prévention chez les gays

Le second volet de l’étude Partner confirme qu’une charge virale indétectable empêche la transmission au sein de couples masculins sérodifférents, quand le partenaire séropositif est sous ARV depuis plus de 4 ans. L’étude a été publiée dans le Lancet, le 3 mai 2019.

Le but de cette étude selon Alison Rodger (University College London) était de pouvoir proposer aux couples homosexuels masculins le même niveau d’assurance de l’efficacité du traitement comme prévention qu’aux couples hétérosexuels. Dans la première itération de cette étude, le faible nombre de couples homosexuels recrutés ne permettait pas d’affirmer l’effet protecteur du TaspTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France). de manière indéniable dans cette population, mais ces résultats présentés a Amsterdam levent les doutes.

L’étude a enrôlé 972 couples homosexuels sérodifférents, dans 14 pays européens. 783 couples ont été éligibles (relations sans préservatif, pas d’utilisation de Pep ou de PrepPrep Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®.  par le partenaire séronégatif, charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. inférieure à 200 copies pendant 12 mois).

Les résultats démontrent qu’en dépit de près de 75 000 actes sexuels sans préservatifs, aucun cas de transmission n’a été observé entre les partenaires. «Avec ce nombre de rapports par an et par couple, si la charge virale des partenaires séropositifs n’avait pas été indétectable, nous aurions dû constater, selon les statistiques, environ 500 contaminations chez les partenaires séronégatifs passifs», a précisé Alison Rodger. Elle a ironisé en présentant ses données: «Il faudrait, pour ces couples, avoir des rapports sexuels pendant 419 ans pour qu’il y ait la possibilité d’une contamination».

Taux de transmission du VIH en fonction du comportement sexuel rapporté par le partenaire séronégatif — Alison Rodger.

15 cas de séroconversionSéroconversion Période d'apparition, dans le sang, d'anticorps spécifiques en réponse au virus. ont été notés, mais 11 des personnes ont rapporté des relations sans préservatifs avec un autre partenaire et des tests phylogénétiques ont permis d’affirmer que ces infections n’étaient pas liées au partenaire régulier.

Partner2 permet de faire baisser l’intervalle de confiance à 0,23 pour les HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. . A la fin de Partner1, l’IC supérieur était de 0.84 pour les HSH et 0.46 pour les hétérosexuels. Ce résultat convainc la chercheuse qui a conclu, très applaudie: «Cette étude prouve définitivement que « Indétectable = intransmissible ». Le temps des excuses est terminée. Quand vous êtes sous ARV, vous ne transmettez plus le virus.»

Bibliographie

Risk of HIV transmission through condomless sex in MSM couples with suppressive ART: The PARTNER2 Study extended results in gay men
A. Rodger, V. Cambiano, T. Bruun, P. Vernazza, S. Collins, G.M. Corbelli, O. Degen, V. Estrada, A.M. Geretti, A. Beloukas, A.N. Phillips, J. Lundgren, for the PARTNER Study Group – United Kingdom