Dynamique des contaminations chez les HSH : chaînes de contaminations à grande échelle et occasions perdues de diagnostic

Bluma Brenner, du Lady Davis Research Institute et du McGill AIDS Centre, à Montréal, travaille depuis de nombreuses années sur les similarités entre les souches présentées par les personnes vivant avec le VIH (PvVIH) suivies dans cette ville, et en particulier sur la propagation d’une seule souche au sein d’un même groupe. 

Il avait déjà été mis en évidence de telles «chaînes de contamination» (clusters) ; en particulier, la période de la primo-infectionPrimo-infection Premier contact d’un agent infectieux avec un organisme vivant. La primo-infection est un moment clé du diagnostic et de la prévention car les charges virales VIH observées durant cette période sont extrêmement élevées. C’est une période où la personne infectée par le VIH est très contaminante. Historiquement il a été démontré que ce qui a contribué, dans les années 80, à l’épidémie VIH dans certaines grandes villes américaines comme San Francisco, c’est non seulement les pratiques à risques mais aussi le fait que de nombreuses personnes se trouvaient au même moment au stade de primo-infection.
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, qui combine une charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux.
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(et donc une contagiosité) élevée et une méconnaissance de son statut, avait été identifiée comme à risque, de véritables «cascades» de primo-infections successives pouvant se produire.

Bluma Brenner a présenté cette année à la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelles où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH.
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des données actualisées sur la population des HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. 
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(hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes) séropositifs de Montréal, et sur les clusters de contamination qu’on peut y détecter. Si certains sujets ne sont pas contaminés par des souches déjà connues, une partie importante d’entre eux s’inscrit au contraire dans un tel cluster, dont certains comptent même jusqu’à plusieurs dizaines de personnes —jusqu’à 116, sur une période de contaminations successives des différents sujets s’étirant sur plusieurs années. Il n’est bien sûr pas mis en évidence de sujets qui seraient plus contaminants que d’autres ; par contre, certaines souches sont manifestement mieux transmises que d’autres; plus inquiétant, elles peuvent être porteurs de résistances, en particuliers aux inhibiteurs non nucléosidiques de la réverse transcriptase (c’est le cas de la souche impliquée dans 116 contaminations). Et si la primo-infection (les 6 premiers mois) apparaît toujours comme une période à risque, les 2 années suivant la contamination sont aussi des périodes de contagiosité soutenue; la part des infections transmises par des sujets infectés depuis plus de 2 ans apparaît moins importante.

Ce travail illustre l’intérêt d’une politique de dépistage ciblé et surtout répété régulièrement, afin de stopper (en particulier grâce au treatment as prevention, le fameux TaspTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France).
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) ces chaînes de transmission, en particulier lorsqu’elles impliquent des souches résistantes.

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