La Prep et le traitement du VHC au Nirvana

Pour tout croiiste qui se respecte, il y a un avant, et un après la CROI. L’avant est un exercice de style : anticiper sur les tendances, chasser le recyclage, décrypter le Pocket program, et pour nous, heureux(ses) rédacteurs/trices du e-journal en direct, subodorer les vrais nouvelles scientifiques – à défaut de scoops – les recettes, ou les pistes de recherche innovantes. Voire, faire parler les embargos.

L’après, s’apparente plutôt au labeur du ruminant. Savoir extraire de ces 1 221 abstracts (sur 2 116 soumis) de la clé USB fourni avec le sac (vide), ce qu’il incombe de livrer en direct, ou de rapporter aux patients, aux collègues restés sur le plancher des vaches, précisément, et effacer le décalage horaire. Avec cette année un autre dérivatif, distance et vols indirects obligent: compter ceux et celles qui n’ont pas récupéré leur bagage. À l’odeur, à l’étiquette dans le dos, ou au look.

Cette XXIIe CROI, sise dans la ville Emeraude de l’Etat de Washington, qui a vu naitre Bill Gates, Jimmy Hendrix et Kurt Cobain (groupe Nirvana), Seattle, ne devrait pas déroger à la règle. A une exception près: le tapage, pour ne pas dire le brouillage médiatique, qui précéda cette CROI seattlienne via la communication, en mode grosse caisse, de deux équipes, l’une de Cuba (libre ?) et l’autre nord-américaine. Pour le rédacteur de ses lignes c’est par nombre de SMS et d’appels téléphoniques de journalistes, en pleine vacances et en pleine Camargue qui plus est, que la CROI s’est annoncée. Bien mal, tant les informations distillées, d’abord sur la souche cubaine CRF19-cpx “hautement pathogène” depuis 2007, puis sur un modèle d’immunothérapie publiée avant la CROI dans Nature et mariant de vieilles recettes immuno-thérapiques (vecteur Adénovirus, anticorps monoclonaux, CD4, sulfopeptide CCR5…), semblaient pour le moins confuses1M.R. Gardner et al. Nature (2015) doi:1 0.1 038/naturel 4264, communiqué jeudi à la CROI (# 163). À moins que cette communication préalable avait pour principal but d’attirer l’attention du croiiste jetlagué ailleurs. Loin de la PreP, par exemple, qui apparait comme le thème phare de cette XXIIe CROI avec une séance plénière d’ouverture, la première des sessions orales (avec notamment les deux essais Proud et Anrs-Ipergay avec une réduction des risques bien au delà de 80 %), une session débat, et 35 abstracts. Avancées majeures sur le front de la prévention qui ne doivent pas faire oublier les autres méthodes : la Pep (une session thématique sous-titrée “remember me”, ou les méthodes comportementales (serosorting et autres, en une session). Signe des temps l’item “cure” n’apparait que deux fois dans l’index thématique?

À la lecture du program at glance on notera combien, si aucun français ne figure dans le program committee (on y trouve des suisses, des allemands, des anglais..), le drapeau bleu/blanc/rouge pourrait bien être hissé quelques minutes en haut de Space Needle, érigé à 185 m du sol. Pour s’en tenir uniquement à la comptabilité de l’ANRS, la France affiche 5 communications orales (Ipergay, Visconti, Temprano, Quadrih et Interactiv)  et 27 posters. Sans compter un aréopage de chairwomen françaises. Soit une très bonne cuvée.

L’hépatite C n’est pas en reste en cette CROI, malgré la proximité temporelle de l’AASLD riche en résultats avec les DAAs. On y plaisante même sur l’avenir du pathogène : “Curing HCV : Mission accomplished” (sans point d’interrogation), “HCV therapeutics : It’s the virus, stupid” ou bien “Big Sticks Big Stickers”. De quoi se marrer. A l’américaine… Mais qui ne saurait faire oublier la cascade 2013 des personnes VHC+ mis en réponse virologique soutenue aux États-Unis : 7% …

Et puisque nous y sommes, comment taire l’hypocrisie, croissante, des organisateurs de la CROI qui laisse les laboratoires pharmaceutiques les financer (3 laboratoires sont platinium, 2 gold et 1 silver) à hauteur de centaines de milliers de dollars (Not Done), refusant l’inscription à tous les médecins employés de ces mêmes laboratoires, dont certains après enquêtes, condamnés à suivre le congrès… sur le e-journal, tout en acceptant que leurs responsables Recherche & Développement y communiquent leurs propres résultats de Phases 1 ou 2? Sauf pour ceux qui peuvent s’acheter un badge “labo”. Le prix : 10.000$ US. Heureusement, la retransmission des Oscars, quoiqu’entrelardée de pubs, est gratuite.

Le Pr Gilles Pialoux est à la CROI 2015, qui se tient cette année à Seattle, du 23 au 26 février, et coordonne le E-journal en direct pour La Lettre de l’infectiologue

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