Syphilis

Évolution du nombre de cas de syphilis récente selon l’orientation sexuelle. Réseau RésIST, France,  2000-2015

Le nombre total de syphilis précoces —contamination datant de moins de 1 an— diagnostiquées en France en 2015 est en cours d’estimation, mais les cas notifiés en 2015 montrent une augmentation de 59% par rapport à 2013. Cette augmentation est très marquée dans les régions métropolitaines hors Île-de-France.

Les HSH représentent la population la plus concernée, avec 84% des cas rapportés en 2015 par les structures spécialisées ( soit CDAG et Ciddist, désormais regroupés en CeGIDD , et consultations hospitalières). Les syphilis précoces ont particulièrement augmenté chez les HSH : +56% entre 2013 et 2015.

Une augmentation du nombre de syphilis est également observée chez les hétérosexuels, malgré un nombre de cas encore faible.

Infections à gonocoque

Évolution du nombre de gonococcies selon l’orientation sexuelle. Réseau RésIST, France, 2004-2015

L’incidence des infections à gonocoque diagnostiquées en 2015 a été estimée à plus de 19 000 cas. Dans les structures spécialisées, les HSH sont les plus touchés, avec 68% des cas notifiés en 2015, soit une augmentation de +100 % entre 2013 et 2015. Les femmes et les hommes hétérosexuels représentant respectivement 16% et 15%, et les femmes homo-bisexuelles 1%.

Les données récentes concernant la surveillance de la sensibilité du gonocoque aux antibiotiques sont plutôt rassurantes. Ainsi, aucune souche résistante au ceftriaxone (traitement de référence) n’a été isolée depuis 2011.

Une augmentation du nombre de gonococcies est également observée chez les hétérosexuels, malgré un nombre de cas encore faible. Ces cas concernent particulièrement les jeunes (25 ans chez les hommes hétérosexuels et 21 ans chez les femmes hétérosexuelles) et soulignent l’importance de l'accès au dépistage par cette population en cas de rapports non protégés, particulièrement à cause des conséquences potentielles en termes de fertilité.

Infections à Chlamydia

Évolution du nombre d’infections uro-génitales à Chlamydia selon le sexe. Réseau Rénachla, France, 2000-2015

L’infection à Chlamydia est l’IST bactérienne la plus fréquente: le nombre de cas diagnostiqués en 2015 a été estimé à environ 81 000. On observe une augmentation de 10% du nombre de cas notifiés en 2015 par rapport à 2013. Cette augmentation n’est pas observée en Île-de-France, l’augmentation globale étant liée à une augmentation dans les autres régions métropolitaines.

Les deux tiers des cas rapportés en 2015, soit 64%, sont des femmes, en majorité âgées de 15 à 24 ans. La forte représentation des femmes parmi les cas déclarés laisse supposer que l’infection se transmettrait davantage dans le cadre de rapports hétérosexuels. Ces chiffres reflètent en partie l’application des recommandations du dépistage systématique des jeunes femmes dans les centres dédiés.

La quasi-totalité des lymphogranulomatoses vénériennes (LGV) rectales, infection à Chlamydia d’un sérotype particulier, concernent les HSH (98% des cas). Elles ont augmenté de 47% entre 2013 et 2015, dans cette population. Les classes d'âges les plus touchées étaient les 30-49 ans pour les LGV (66%) et les 20-39ans pour les infections rectales non L (71%).

Évolution du nombre de lymphogranulomatoses vénériennes (LGV) rectales et de rectites à souche non L. CNR Chlamydiae, France, 2004-2015

Co-infections chez les HSH

Les IST bactériennes continuent à augmenter chez les HSH, Le niveau élevé de co-infections par le VIH chez les HSH présentant une LGV, une syphilis ou une gonococcie (respectivement 76%, 25% et 17% en 2015) reflète une utilisation insuffisante du préservatif chez les HSH séropositifs, observée dans les études comportementales depuis plusieurs années. Notons que cette augmentation des IST chez les HSH est corroborée par les données de surveillance européenne. Ainsi, au Royaume-Uni, la diffusion des IST chez les HSH est très importante, avec une augmentation de 95 % des cas de syphilis et de 105 % des gonococcies entre 2012 et 2015, et une augmentation de 81 % du nombre de LGV entre 2012 et 2015.

Cela semble indiquer des chaînes de transmission des IST, via des réseaux sexuels comportant des HSH séropositifs, d’où l’importance de dépistages réguliers (pour le patient et ses partenaires) et d’un traitement adapté.

Pour les personnes séropositives, s'il est trop tôt pour mesurer un quelconque effet de la Prep sur les IST (la RTU a tout juste un an), le dépistage régulier des IST prévu dans le parcours Prep devrait permettre de dépister et traiter des IST asymptomatiques, à l'instar de ce qu'a expérimenté le service de l'hôpital Tenon, dans lequel près de 38 % des personnes intéressées par la Prep était porteuse d'une IST.

Vaccinations chez les HSH

Outre le dépistage, pour deux autres infections, la vaccination des HSH est soit recommandée, soit à l'étude, pour prodiguer une protection individuelle et populationnelle.

Infections invasives à méningocoque C (IIM C)

Depuis 2013, on a constaté une augmentation de l'incidence des infections invasives à méningocoque C (IIM C) chez les hommes de 25 à 49 ans avec 12 cas au premier semestre contre 3 ou 4 cas entre 2010 et 2013. Parmi ces cas, 3 était survenus chez des HSH, sans contact particulier, et leur souche était identiques. Le Haut Conseil de la santé publique avait alors recommandé la vaccination chez les HSH de plus de 24 ans, vivant en Île-de-France et fréquentant les lieux de convivialité ou de rencontre gays parisiens. Ces recommandations ont été étendues plusieurs fois depuis, la dernière en janvier 2016. En 2015, on compte une diminution de la proportion d'IIM C liées au clone épidémique, et les souches auparavant isolés chez les HSH ont été retrouvées chez 8 personnes sans lien avec la communauté gay ou HSH. Notons que si les IIM C ne sont pas considérées comme des IST, l'étude des génomes de souches isolées chez des HSH (France et Allemagne) montre des caractéristiques suggérant l'adaptation du méningocoque à la sphère génitale et une transmission sexuelle possible. L'étude Prévagay devrait nous fournir début 2017 les premières estimations de la couverture vaccinale contre le méningocoque chez les HSH.

Papillomavirus humain (HPV)

Cette IST est très fréquente en France, chez les hommes et les femmes. Elle est souvent asymptomatique et éliminée par le système immunitaire. Cette infection peut être à l'origine de condylomes (verrues génitales ou anales), ou de lésions précancéreuses qui peuvent évoluer vers des cancers invasifs, chez les femmes et les hommes.

Les recommandations en France depuis 2014 sont de vacciner les jeunes filles de 11-13 ans pour prévenir les cancers du col de l'utérus. Malgré cela, la couverture vaccinale reste aujourd'hui faible (20% en 2015) et reste insuffisante pour assure la protection indirecte des hommes hétérosexuels par immunité de groupe (telle qu'elle a été atteinte en Australie, par exemple).

Chez les HSH, la prévalence de l'infection anale est élevée (64% contre 25% chez les hommes hétérosexuels), et encore plus chez les HSH vivant avec le VIH (93%). Le risque de développer un cancer anal est 20 fois plus important chez les HSH (Le taux d'incidence chez les hommes est de 0,5 sur 100 000 chez les hommes). Le HPV serait également responsable de 25 à 50% des cancers du pénis.

Une étude montre que le vaccin tétravalent est efficace chez les HSH pour protéger contre les verrues génitales et les lésions pré-cancéreuses anales. Le Haut Conseil de la santé publique recommande depuis février 2016 que les hommes jusqu'à 26 ans qui ont eu des relations sexuelles avec des hommes aient accès au vaccin HPV, via les CeGIDD. Et ce, même si on ne dispose de peu de données pour évaluer l'efficacité du vaccin après une première infection HPV. Les chercheuses et chercheurs de Santé publique France estiment qu'il faudra réévaluer ces recommandations dans les prochaines années, en fonction de l'évolution épidémiologiques de ces maladies et de la couvertures vaccinales obtenue dans cette population.

Bibliographie

Ndeikoundam N, Viriot D, Fournet N, De Barbeyrac B, Goubard A, Dupin N, et al. Les infections sexuellement transmissibles bactériennes. en France : situation en 2015 et évolutions récentes. Bull Epidémiol Hebd. 2016;(41-42):738-44. http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2016/41-42/2016_41-42_1.html