CROI 2026 : «Où sont les femmes?»

Quelle est la place réservée aux femmes à la CROI 2026 ? Une question que Gilles Pialoux a posée entre deux croissants à certaines consœurs, et le sentiment global est la sous-représentativité. Seule Constance Delaugerre a tapé en touche: «Pour les virologues, c’est compliqué de répondre car le virus est non genré». Imparable.

En 2024,1,3 million de personnes ont acquis le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. et les femmes représentaient 45% de toutes les nouvelles infections VIH dans le monde. En Afrique subsaharienne, les femmes, tous âges confondus, représentent 63% des nouvelles infections. Chaque semaine, 4000 adolescentes et jeunes femmes (15 à 24 ans) sont infectées par le VIH dont 3300 en Afrique subsaharienne.

Alors que les femmes comptent pour 30% des nouvelles infections en France, le nombre d’initiations de PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. pour les femmes reste très bas, 6,1% au dernier semestre connu, même s’il a régulièrement augmenté en nombre absolu tandis que ce nombre stagnait chez les hommes: +30% chez les femmes, -3,4% chez les hommes entre le 1er semestre 2023 et le 1er semestre 2025. 

Il reste donc un énorme gap pour faire connaître et proposer aux femmes des modalités de PrEP diversifiées, non graduées en niveau d’intention, qui leur conviennent pour accélérer la baisse de l’incidence. Notamment pour celles qui refusent la PrEP orale en continu, seule solution actuelle pour les femmes en France à ce jour, dans l’attente –«elle fut longue l’attente»« Elle fut longue la route / Mais je l’ai faite, la route / Celle-là, qui menait jusqu’à vous», Ma plus belle histoire d’amour, Barbara © Warner Chappell Music France.— du JO du cabotégravir en PrEP et des fiches pratiques DGS/SFLS qui vont accompagner son implémentation. Le lénacapavir en PrEP attend également aussi les recommandations françaises et autres plaidoyers qui devraient faire bouger les lignes de la PrEP orale (Teno/FTC) «à la demande» encore non recommandée aux femmes, contrairement aux guidelines de l’EACS, de la British ou de l’Etat de New York. (À lire sur ce sujet notre article : La PrEP chez les femmes, aujourd’hui et demain.)

Face à ce constat, nous sommes partis à la recherche de la prévention chez les femmes cis dans cette 33e CROI. L’index de l’abstract book nous confirme que les femmes y sont bien représentées, y compris dans le Comité d’organisation (19/43 soit 44%) :

Mais en pratique, les femmes cis y sont surtout représentées quand elles sont enceintes ou allaitantes ou très jeunes, ou via le microbiote et la prise de poids sous ARV. L’exercice se complique quand il s’agit de trouver des femmes dans les cohortes de real life de PrEP et non dans les essais, même si elles existent.

Ainsi, le poster #810 venu de Cap Town (Afrique du Sud) où ont été recrutées 1920 femmes enceintes, dont 1116 femmes séronégatives dans des cliniques de soins primaires du Cap pour participer à une étude observationnelle sur le VIH et la santé métabolique (NCT04991402). Les critères d’éligibilité comprenaient une grossesse de moins de 20 semaines. La PrEP orale est couramment disponible localement dans les établissements de soins primaires avec 9 visites de suivi jusqu’à 2 ans après l’accouchement. L’âge médian (IQR) était de 26 ans (23-31). Au moment de l’entrée dans l’étude, 14% des femmes (n = 151) utilisaient une PrEP orale; 23% ont utilisé une PrEP au cours du suivi, ce qui représente 10% des femmes-années. Une infection incidente par le VIH a été observée chez une femme utilisant la PrEP sur 148 années-femme (IR = 0,68) contre 23 chez les femmes ne prenant pas de PrEP sur 1 339 femmes-années (IR = 1,71) (RR = 0,39 ; IC = 0,05-2,94); l’effet protecteur de la PrEP semblait plus fort pendant la période prénatale (RR = 0,24 ; IC = 0,03-1,86) que pendant la période postnatale (RR = 0,97 ; IC = 0,21-4,57) ce que confirme d’autre études. Le moment de la grossesse est donc une opportunité pour proposer la PrEP en Afrique mais la résilience diminue avec le temps.

Ce que confirme le poster #809 au Kenya: chez 1003 femmes enceintes ou allaitantes, les taux de poursuite de la PrEP par Kaplan-Meier étaient respectivement de 63%, 34% et 33% au bout d’un, trois et six mois. La modélisation de Cox a montré que la fréquentation des visites de suivi prénatal réduisait considérablement le risque d’arrêt (HRa 0,62, IC à 95% : 0,51-0,76, p < 0,001). 

Les études se concluent pour la plupart par l’attente des injectables (cabotégravir IM, lénacapavir SC) mais avec des programmes d’accompagnement spécifiques.

La campagne «#ShesWell : La PrEP pour les femmes», CDC, 2022

C’est la Pr Jeanne Marazzo qui a remis d’une certaine manière les femmes au centre du village en plénière. Jeanne Marazzo est une figure et une voix qui porte après avoir occupé le poste de directrice du NIAID de 2023 à 2025, succédant alors à Anthony Fauci, et après avoir été directrice de la Division des maladies infectieuses de l’Université de l’Alabama à Birmingham. Elle a intenté le 4 septembre 2025 un procès contre le gouvernement fédéral, qui l’a licenciée le 26 septembre suivant. Dans sa plainte, elle affirme que ce licenciement est une mesure de représailles suite à une dénonciation qu’elle a déposée contre l’administration américaine. Le Jeanne Marazzo avait été mise en congés dès avril 2025 pour ses prises de position et s’était vu proposer une réaffectation… au Service de santé indien.

Durant son intervention très applaudie à la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. au sujet du «superbug» de syphilis, elle a plaidé en faveur de la PEP par Doxycycline sous surveillance bactériologique: «Les indications et les avantages de la doxyPEP chez les femmes cisgenres sont à l’étude, ce qui est une bonne chose, car la syphilis chez les femmes cisgenres continue d’augmenter, avec des niveaux records de syphilis congénitale à travers le monde: +696 % entre 2015 et 2025.» Des chiffres à interpréter avec prudence selon elle, à cause du gel des données du CDC par «l’administration anti-vaccin» de Trump. Les femmes représentent 29% des cas de syphilis secondaire ou primaire aux Etats-Unis juste derrière les HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.  avec 31%. Elle a très largement montré les résultats chez les hommes ayant des rapports sexuels entre hommes de l’étude DoxyVAC de Prevenir-ANRS MIE et cité «Jean-Michel» à plusieurs reprises. Elle a également parlé du recul de la Syphilis à San Francisco (-51,4%) et à Seattle chez les femmes cis, contrairement aux études négatives menées en Afrique (sauf en associant la DOT) .

Pour l’heure, le CDC «n’offre aucune recommandation sur l’utilisation de la PEP doxy pour les femmes cisgenres, les hommes hétérosexuels cisgenres, les hommes transgenres et d’autres personnes queer et non binaires, car il n’y a pas assez de données». Cela dit, «l’agence reconnaît que cette stratégie pourrait être efficace dans l’une ou l’autre de ces populations»

Enfin, Jeanne Marazzo a évoqué une piste intéressante : l’effet indirect de la DoxyPEP masculine sur la circulation de la syphilis et des chlamydias chez les femmes. Comme un juste retour des choses face à l’inégalité d’accès des hommes et des femmes aux outils de prévention du VIH et des autres ISTIST Infections sexuellement transmissibles. 

Cet article a été publié dans le e-journal de la lettre de l’infectiologue d’Edimark, nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.


NB : L’auteur de ses lignes ne saurait prendre à son compte au-delà du titre les paroles sexistes de la chanson de Patrick Juvet citée dans le titre de cet article.