Cohorte TRIO : efficacité à long terme du CAB-LA en PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. en vie réelle
D’après Elion R et al. Abstr. 981 actualisé
Le cabotégravir à action prolongée (CAB-LA) est le premier antirétroviral injectable approuvé pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) du VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. et bientôt disponible en France (JO en attente). Il est administré par injection intramusculaire tous les deux mois, après les deux doses d’initiation à J0 et M1, et constitue une alternative à la PrEP orale quotidienne.

Cette analyse a évalué l’utilisation du CAB-LA en PrEP, les pratiques de dépistage du VIH, l’adhérence au traitement ainsi que l’acquisition du VIH en conditions de vie réelle. Les adultes séronégatifs ayant initié le CAB-LA en PrEP entre décembre 2021 et février 2025 ont été identifiés à partir de la cohorte Nord-Américaine TRIO Health. Le dépistage du VIH a été évalué dans les 30 jours précédant la première injection et dans un intervalle de ±7 jours autour de chaque injection au cours du suivi. Une infection incidente par le VIH était définie par la détection d’un ARN VIH et/ou un test combiné antigène/anticorps (Ag/Ac) positif. Les injections de suivi ont été classées selon le délai écoulé depuis l’injection précédente :
- À temps : 53–67 jours
- Retardée : 68–112 jours
- Manquée : 113–127 jours
- Arrêt du traitement : aucune injection après plus de 127 jours

Parmi les 1696 personnes (dont 14% de femmes et 3% de personnes trans) ayant reçu des injections de CAB-LA en PrEP, 78% ont bénéficié d’un test ARN VIH, 78% d’un test combiné antigène/anticorps (Ag/Ac) et 65% des deux tests avant l’initiation. Au cours du suivi, 21% ont réalisé les deux tests, 45% au moins un des deux tests, et 5% n’ont pas systématiquement bénéficié d’un test lors de toutes les injections reçues.

Ce sont des informations importantes pour les pays européens qui vont donner des recommandations pour l’accompagnement de la PrEP par cabotégravir. Parmi les 1 296 personnes ayant reçu ≥ 3 injections :
- 62 % ont reçu toutes les injections dans les délais recommandés;
- 32 % ont présenté des retards (médiane: 1 injection ; IQR : 1–2) avec un retard médian de 7 jours (IQR : 3–17);
- 8 % ont eu des injections manquées (médiane: 1 ; IQR : 1–1).
Au total, 549 personnes (36%) ont interrompu le CAB-LA en PrEP, mais 77 (14%) d’entre elles ont repris le traitement dans les 6 mois. Trois personnes (0,2%) ont acquis le VIH: 2 ont été diagnostiquées avec une infection incidente et 1 avec une infection possiblement prévalente. Parmi ces trois cas : 2 ont respecté le calendrier d’injection et 1 ne l’a pas respecté. 2 ont obtenu une suppression virale après initiation d’un traitement antirétroviral; les données de charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. de suivi n’étaient pas disponibles pour la troisième personne. Aucune mutation associée à la résistance n’a été détectée dans deux cas, et aucun génotypage du VIH n’a été réalisé pour le troisième.

En conclusion, ces données en conditions réelles d’utilisation du CAB-LA en PrEP aux États-Unis ont montré que le dépistage du VIH ne respectait pas toujours les mentions du résumé des caractéristiques du produit ni les recommandations du CDC, soulignant la nécessité d’une formation continue ou l’adaptation des recommandations…
L’adhérence au schéma d’administration était globalement bonne, avec des retards généralement courts. Toutefois, les variations dans la perception du risque d’acquisition du VIH ont probablement contribué aux schémas d’interruption et de reprise du traitement, alors que des lacunes dans la documentation des relais par PrEP orale ont pu surestimer les taux de retard et d’arrêt.
Malgré ces défis, les cas d’acquisition du VIH sous CAB-LA en PrEP sont restés rares, ce qui renforce son efficacité en tant qu’outil clé de prévention du VIH en vie réelle.
CAB-LA en PrEP : données d’efficacité à 3 ans dans la cohorte OPERA
D’après Hsu RK et al. Abstr. 979 actualisé
Cette analyse a évalué l’utilisation du CAB-LA, l’adhérence à son schéma d’administration ainsi que l’incidence des infections par le VIH dans des conditions de vie réelle. Des adultes séronégatifs ayant reçu au moins une injection de CAB-LA en PrEP entre le 21 décembre 2021 et le 30 juin 2024 dans la cohorte OPERA aux États-Unis ont été suivis jusqu’au 31 décembre 2024.
Rappelons que cette importante cohorte comporte 39011 personnes sous PrEP orale ou injectable LA. Une initiation complète était définie par l’administration des deux premières injections dans un délai d’au moins 67 jours. Les injections administrées entre 68 et 127 jours après l’injection précédente ont été classées comme: retard court (68–97 jours) et retard long nécessitant une ré initiation avec deux injections mensuelles (98–127 jours). L’arrêt du traitement était défini par un intervalle supérieur à 127 jours entre deux injections. Le taux d’incidence (TI) de l’acquisition du VIH a été estimé à l’aide d’une analyse de régression de Poisson en mode univarié.
Au total, 1748 adultes ont reçu au moins une injection de CAB LA et 1547 (89%) ont complété la phase d’initiation. La durée médiane de suivi était de 13,3 mois (IQR: 9,2–18,8). Parmi les 1411 personnes ayant reçu au moins une injection de continuation: 838 (59%) ont reçu toutes les injections à temps et 573 (41%) ont au moins une injection retardée. La majorité (85%) des retards étaient courts (médiane: 4 jours au-delà de la fenêtre cible) et probablement sans impact majeur sur la protection, mais 15% ont nécessité de recommencer le schéma d’initiation.

Environ un tiers (32%) des participants ont interrompu le traitement, mais plus d’un quart d’entre eux (28%) ont ensuite repris au moins une injection après un délai médian de 7 mois, ce qui suggère une possibilité de réengagement.
Au total, 2 cas d’acquisition du VIH ont été constatés: 1 cas précédemment rapporté (diagnostic à M3) et 1 nouveau cas (diagnostic à M21 avec une mutation K103N). Ceci correspond à un taux d’incidence de 0,10 pour 100 PA (IC 95% 0,03-0,42).

Les deux personnes étaient observantes du calendrier d’injection. Cependant, l’une d’elles n’avait aucun test VIH documenté avant ou pendant l’utilisation de la CAB-LA PrEP jusqu’au moment du diagnostic.
Au total, au cours des 3 premières années d’utilisation de la CAB-LA PrEP dans la cohorte OPERA, des retards d’injection ont été observés, mais ils étaient généralement courts, avec 59% des personnes respectant le schéma posologique recommandé.
Les schémas d’interruption et de ré-initiation peuvent refléter une variabilité dans la perception du besoin de PrEP ou dans la continuité des soins. Toutefois, des données incomplètes concernant le relais oral (oral bridging) pourraient avoir contribué à une surestimation des retards d’injection et des interruptions de traitement.
L’acquisition du VIH pendant l’utilisation de la CAB-LA PrEP a été rare et comparable aux résultats des essais cliniques, ce qui renforce son efficacité en tant que stratégie de prévention dans le cadre des soins cliniques courants.
Cet article a été publié dans le e-journal de la lettre de l’infectiologue d’Edimark, nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.