Ouvertes depuis 2016, les haltes soins addictions (HSA) de Paris et Strasbourg poursuivent deux objectifs principaux :
– L’amélioration des conditions sanitaires des usagers qui les fréquentent,
– L’amélioration de la tranquillité publique dans leur quartier d’implantation.
Alors qu’on compte aujourd’hui près de 180 salles de consommation à moindre risque (SCMR) dans le monde – dont environ 26 en Allemagne et 16 en Suisse, les deux dispositifs restent, début 2025, les seuls en France.
Initialement nommées salles de consommation à moindre risque (SCMR), les HSA conservent un statut expérimental jusqu’à fin 2025. Dès leur mise en place, elles ont fait l’objet d’une évaluation scientifique approfondie par l’Inserm, destinée à mesurer leurs impacts.
Leurs bénéfices ont été mis en évidence par les nombreux rapports d’évaluation dont elle a fait l’objet depuis 2016.
Une étude nationale aux résultats clairs
La première d’entre elles, entamée en 2014 et publiée en 2021, a été menée par l’Inserm à la demande de la Mildeca (voir Swaps no 1001). Ce travail de recherche en trois volets, d’une ampleur inédite en France, apporte un niveau de preuve scientifique important quant aux effets des HSA sur :
– La santé des usagers (réduction des risques infectieux, baisse des overdoses, moins de passages aux urgences),
– La salubrité publique,
– Les impacts économiques (coûts de santé évités et gain en espérance de vie),
– La tranquillité dans l’espace public.
Le volet Cosinus (Roustide et al., 2021), fondé sur une cohorte de 665 usagers, démontre que les consommateurs fréquentant une SCMR présentent moins de pratiques à risque, commettent moins de délits, et sont moins nombreux à consommer dans l’espace public que ceux qui n’en fréquentent pas.
L’enquête montre notamment :
– Une baisse de 55 % des seringues retrouvées dans l’espace public,
– Une baisse de 20 % des recours aux urgences,
– Une réduction des overdoses et des infections (VIH, VHC),
– Une diminution des interpellations policières autour de la salle parisienne,
– Une hausse des prix de l’immobilier dans le secteur concerné, supérieure à celle observée dans les quartiers voisins.
Des résultats convergents
En parallèle, en septembre 2018, la région Île-de-France publiait un rapport mené par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme Paris Région sur les effets des salles de consommation en Europe et une analyse de l’implantation de la salle parisienne2. Ce document apportait déjà un éclairage objectif et étayé sur les impacts de ce type de dispositif.
En 2021, une mission parlementaire pilotée par Caroline Janvier (LREM) et Stéphane Viry (LR), à l’initiative de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, recommandait la pérennisation du dispositif. Le rapport soulignait les effets largement positifs des HSA et proposait des pistes concrètes d’amélioration et d’extension. La même année, nous avons été auditionnés au Sénat par la commission des Affaires sociales pour l’assurance maladie dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2022.
Tous ces travaux viennent renforcer une littérature scientifique internationale déjà dense, dont les principales études sont compilées dans le rapport de l’EMCDDA / cEHRN Correlation3 (publié en 2023).
Et pourtant, en 2022 le gouvernement décide de ne pas pérenniser le dispositif et de poursuivre l’expérimentation sur une nouvelle période de trois ans en rebaptisant les SCMR haltes soins addictions (HSA) dans le but de renforcer la dimension d’accès à un parcours de soins de ces dispositifs.
Et pourtant, encore des évaluations…
C’est donc avec un certain étonnement que nous avons accueilli deux nouvelles missions d’évaluation en 2024 : La première, commandée conjointement par les ministères de l’Intérieur, de la Santé et des solidarités et des Affaires sociales, a été menée par l’Inspection générale de l’administration (IGA) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Bien que le rapport n’ait pas été officiellement rendu public, plusieurs médias comme Le Monde ou Médiapart en ont relayé les conclusions, voire l’entièreté pour le second rapport (voir aussi https://vih. org/drogues-et-rdr/20241217/efficacite-sanitaire-et-impact-sur-la-tranquillite-et-lordre-publics-les-hsa-aurapport/). Celui-ci souligne et complète l’impact positif du dispositif pour les usagers, en réduisant les risques infectieux, les surdoses et les affections somatiques ; et pour la société, avec une réduction des passages aux urgences et des coûts associés, une augmentation de la tranquillité publique, la baisse du nombre de seringues abandonnées, la réduction des consommations en rue, la baisse de la délinquance dans le quartier.
Les craintes qui avaient pu être exprimées au moment de l’ouverture des HSA ont été dissipées, laissant place à une forte acceptabilité locale du dispositif. Les professionnels et partenaires associés au projet saluent ses effets bénéfiques.
La mission a conclu son rapport d’évaluation en recommandant d’« inscrire dans le droit commun la possibilité d’ouvrir des haltes soins addictions » et de « pérenniser dans ce cadre les HSA expérimentatrices ».
La seconde évaluation, commandée par la Mildeca et confiée à une équipe de recherche en santé publique des Hospices civils de Lyon, s’inscrit dans la clôture de la deuxième phase de l’expérimentation. Elle devrait donner lieu à un rapport au Parlement afin de l’inscrire dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.
À ces dispositifs exceptionnels, viennent s’ajouter les obligations d’évaluations réglementaires des établissements médicosociaux que sont la rédaction des rapports d’activités standardisés et les évaluations externes.
Ainsi les salles de consommation parisienne et strasbourgeoise ont mené respectivement deux évaluations externes (Haute Autorité de santé) depuis 2016 ; de plus elles rendent compte annuellement via des rapports d’activité spécifiques et des comités de pilotage réunissant l’ensemble des acteurs institutionnels.
Si on devait mettre bout à bout les rapports, les évaluations et autres inspections, à notre connaissance aucun autre dispositif médico-social n’a été autant inspecté et évalué.
Aujourd’hui, les HSA font partie intégrante de la politique de prévention et de réduction des risques liés aux addictions en France, en complémentarité avec les autres soins qui existent.
Après neuf ans, l’arrêt du dispositif, ou sa reconduction provisoire, annihilerait les résultats obtenus, tout en occasionnant la perte des connaissances et des gains d’efficience accumulés par tous les partenaires du dispositif ces dernières années.
Au contraire, la pérennisation des HSA irait dans le sens d’une plus grande efficacité des politiques de santé publique, davantage axées sur la prévention. Elle permettrait d’éviter des dépenses considérables pour notre système de santé et des effets négatifs pour la société dans son ensemble.
À l’heure où nous écrivons cet article, il n’y a aucune position officielle quant à la poursuite ou non de nos deux HSA, ce qui occasionne beaucoup de stress et d’anxiété autant auprès des usagers que des équipes investies de longue date dans ce projet.
- Swaps no 100, « L’Inserm valide les salles de consommation », https://vih.org/drogues-et-rdr/20211215/linserm-valide-les-salles-de-consommation/ ↩︎
- « Salles de consommation à moindre risque, mise en œuvre et impacts », 2018, https://www.institutparisregion.fr/nos-travaux/publications/salles-de-consommation-a-moindre-risque/ ↩︎
- « Drug consumption rooms », EUDA et Correlation – European Harm Reduction Network, 2023, https://correlation-net.org/2023/12/19/joint-report-on-drug-consumption-rooms-in-europe/ ↩︎