Dépistage du VIH : les autotests enfin disponibles

Produit par la société française AAZ, le dispositif appelé «autotest VIH®» est le seul à ce jour à avoir obtenu le marquage «CE». Désormais commercialisé par le laboratoire Mylan, le test est également disponible sur les sites internet des pharmacies, pour un prix de 25 à 28 €.

Ce nouveau mode de dépistage devrait permettre de toucher une population qui ne souhaite pas recourir aux solutions plus classiques de dépistage et permettre ainsi de participer à l’inflexion de l’épidémie de VIH en France.

La commercialisation des autotests en France s’appuie sur les recommandations du Conseil national du sida (CNS) et du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) en matière de précaution d’utilisation et d’interprétation des résultats, ainsi que sur les avis de l’Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de la Haute Autorité de Santé (HAS), saisis par la ministre, respectivement sur l’accompagnement des utilisateurs et sur la place de ces outils dans la stratégie globale de prévention et de dépistage du VIH.

«Tout va bien se passer»

La grande majorité des responsables associatifs et médicaux saluent cette décision. Pour Aides, au contraire, c’est l’occasion de délivrer un message qui ne se veut pas alarmiste mais mobilisateur: «Les autotests de dépistage du VIH arrivent en France et tout va bien se passer», parie Christian Andreo, Directeur Général délégué de l’association.

La seule critique de l’association concerne le prix auquel «autotest VIH» est commercialisé, un prix qui pourrait présenter un frein à l’utilisation de ce test par les populations exposées les plus précaires. Un regret partagé par le docteur Michel Ohayon, directeur du centre de santé sexuelle Le 190, dans un texte publié sur la page facebook de l’établissement: «Dommage parce que cela en limitera l’usage chez les moins fortunés et qu’il sera difficile d’en offrir en cadeau à des partenaires (ne plaisantez pas, ça a été testé au Kenya et ça fonctionne très bien).»

Michel Ohayon se félicitant toutefois que ces autotests soient «enfin» disponible : «Pour qui a du mal à aller demander un dépistage à un pro, c’est l’occasion de connaître – enfin – son statut. Etre séropositif, ce n’est certainement pas top, mais être séropositif et ne pas le savoir, c’est une catastrophe, pour soi, pour les autres.»  Le responsable du 190 rappelle également que si ces tests sont fiables, ils le sont un tout petit peu moins que les tests faits en laboratoire: «En cas de contamination, ils vont mettre 3 à 4 semaines à devenir positifs et parfois jusqu’à 3 mois. C’est donc un très bon outil si l’on n’a pas fait de dépistage depuis longtemps, ou comme test intermédiaire entre des dépistages réguliers. Par contre, pour évaluer les conséquences de la capote craquée 15 jours plus tôt, ça ne sert à rien.»

Éteindre l’épidémie

Pour le président de Aides, Aurélien Beaucamp, «si nous parvenons à dépister et à accompagner dans le soin toutes les personnes séropositives qui s’ignorent, l’épidémie de sida s’éteindra en quelques années» : «Nous savons désormais qu’une personne séropositive dépistée tôt et correctement prise en charge a une espérance de vie proche de celle d’une personne séronégative. Nous savons aussi que grâce à un bon suivi et une mise sous traitement précoce, elle ne transmet plus le virus.»

Même espoir chez le professeur Gilles Pialoux, chef de service maladies infectieuses de l’hôpital Tenon 1Gilles Pialoux est le rédacteur en chef de Vih.org. : «50% des gens qui ont pris des risques n’en parlent même pas à leur médecin traitant. Ils n’ont pas envie d’en parler, ne veulent pas entrer dans un centre de dépistage anonyme et gratuit. On espère que ces autotests vont toucher cette population pour laquelle on n’arrive pas à banaliser les tests qui sont proposés dans le système de soin.»

Reste la question de la technicité de la réalisation de ces tests. Là encore, les premiers résultats sont rassurants. Dans une étude de faisabilité concernant 411 personnes, Thierry Prazuck et ses collègues (dont Gilles Pialoux) ont estimé que le rapport risque-bénéfice concernant les autotests était en faveur de ces derniers. L’écrasante majorité des personnes ayant essayé les tests dans le cadre de cette étude ont réussi à interpréter correctement le résultat révélé par le dispositif. Un certain nombre d’entre elles ont toutefois eu besoin de s’appuyer sur le support technique, soulignant ainsi son importance.

D’autant plus que certains craignent que les personnes se trouvent seules face à la découverte de leur séropositivité. Pour répondre à cela, il faut prendre en considération deux facteurs : D’abord, la découverte du VIH en France en 2015 n’est plus synonyme de mort à moyen terme (surtout si cette découverte est précoce) et d’autre part, près de 1/3 des découvertes ont lieu aujourd’hui dans les laboratoires de ville, sans aucun conseil ou soutien (cf. BEH

Avec les autotests est mis en place un dispositif d’accompagnement qui devrait permettre d’orienter les personnes qui découvriraient leur séropositivité vers une prise en charge adaptée. La ministre de la Santé a ainsi rappelé dans un communiqué que «des outils d’information des professionnels de santé (pharmaciens, médecins, sages-femmes, infirmiers, etc.) et des utilisateurs sont mis en place, notamment :
– un service téléphonique d’aide à l’utilisation et de conseils sur les résultats est disponible sur la plateforme Sida Info Service, joignable 7 jours /7 et 24 heures /24 au 0800840800 (appel confidentiel, anonyme et gratuit);
– des brochures d’information spécifiques ont été réalisées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES)»

En France, 150000 personnes vivent avec le VIH, dont 30000 qui ne le savent pas, et qui alimentent ainsi la dynamique de l’épidémie, puisque plus de 60% des nouvelles contaminations seraient dues à ces personnes. Aujourd’hui, nous savons que le dépistage constitue un enjeu majeur, à la fois pour améliorer drastiquement la prise en charge des personnes touchées et pour enfin, entrevoir la fin de l’épidémie. 

Rencontre

A l’occasion de la commercialisation de ces autotests, le Crips Île de France propose le 28 septembre 2015 à Paris une rencontre pour faire le point sur la questions et «revenir sur 30 ans d’évolution de la politique de dépistage en France, sur les raisons et la place de l’autotest dans l’offre de dépistage actuelle», ainsi que « faire un tour d’horizon des expériences de terrain en France et à l’international, s’interroger sur l’acceptabilité des autotests, l’information, la dispensation, etc.».

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