Variole du singe : une communication à haut risque

Au sujet de la variole du singe, les autorités françaises n’ont, pour l’instant, pas choisi de communiquer spécifiquement en direction des hommes homos et bisexuels, en partie par crainte de provoquer des réactions homophobes. Pourtant, on observe une surrepésentation des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) en France, comme dans les autres pays européens.

Affiche de prévention de Santé publique France concernant la variole du singe.
Source : Santé publique France

Depuis le 3 juin, la France compte 51 cas de variole du singe, presque exclusivement des HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. , mais difficile de trouver un discours de prévention spécifique. Dans la communication de Santé publique France, on conseille principalement en cas de symptômes, de contacter le 15 pour être mis en relation avec un établissement de santé de référence. On peut être surpris, voire inquiet par ce choix, surtout après l’expérience malheureuse du CovidCovid Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2., qui a vu les centres d’appels saturés, et encore plus en pleine crise des urgences. On peut être aussi surpris de voir affluer dans les centres hospitaliers dits de référence des cas (parfois seulement suspectés) avec une pathologie très majoritairement bénigne qui relève de la médecine de ville. Cette organisation d’ouverture du parapluie avec un modèle pris à défaut par la prise du covid interroge les spécialistes. Il est intéressant de noter d’ailleurs que les premiers cas en Ile de France ont été détectés en médecine de ville, notamment dans des centres de santé. Rappelons que la variole du singe est l’une des 32 maladies ou infections à déclaration obligatoire et les médecins des Cellules d’intervention en région (Cire) ou des Agences régionales de de santé (ARS) sont chargés d’investiguer ces cas.

À part une page sur le site de prévention en direction des HSH Sexosafe, la communication en direction des personnes principalement concernées par cette poussée épidémique reste, en France, pour le moins timide. Le centre 190, le principal centre de santé sexuel communautaire LGBT parisien, a également fait un tweet :

Certes, le nombre de cas est encore limité, et les modes de transmission, bien connus, sont rassurants quand à une transmission possible à la population générale, mais il semblerait judicieux de ne pas sous-estimer une infection dont on ne connaît pas encore vraiment le risque épidémique, hors de sa zone d’endémicité. C’est d’ailleur ce que préconise l’épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université de Genève, Antoine Flahault.

A fortiori quand les premiers cas remontent à 2 semaines, et que le nombre de nouveaux cas est probablement amené à augmenter dans les jours qui viennent, juste au moment où les grands rassemblements d’été, autour des Fiertés par exemple, sont en vue. 

La réponse pragmatique anglaise

Au Royaume-Uni, qui compte 214 cas confirmés au 2 juin selon UK Health Security Agency (UKHSA), les recommandations tiennent en quelques lignes et s’appuie sur les centres de santé sexuels : 

Tout le monde peut attraper la variole du singe. Actuellement, la plupart des cas concernent des hommes homosexuels, bisexuels ou ayant des rapports sexuels avec des hommes. Il est donc particulièrement important d’être conscient des symptômes si vous faites partie de ces groupes.

Communiquez avec une clinique de santé sexuelle si vous avez une éruption cutanée accompagnée de cloques et que vous avez été soit :

– en contact étroit, y compris sexuel, avec quelqu’un qui a ou pourrait avoir la variole du singe (même s’il n’a pas encore été testé) au cours des 3 dernières semaines
– en Afrique de l’Ouest ou du Centre au cours des 3 dernières semaines»

Le centre de santé sexuelle communautaire 56 Dean Street, situé à Londres, avait d’ailleurs réagi très rapidement en proposant une information ciblée sur son site internet : Monkeypox Alert.

Il n’est pas question de minimiser les risques de backlash homophobe : dans le monde du VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi., on sait à quel point la recherche d’un bouc émissaire peut facilement mener à des attaques homophobes et entraver la réponse sanitaire. Mais il ne faudrait pas que ces précautions empêchent les personnes exposées d’accéder à l’information dont elles ont besoin.

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