La PrEP en ville retoquée par le Conseil d’État

Alors que la primoprescription de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) par les médecins généralistes est attendue depuis de longs mois, le Conseil d’Etat a rendu un avis négatif sur la formulation juridique du décret d’autorisation, au désespoir des médecins et des associations de lutte contre le sida.


Malgré les déclarations du ministre des solidarités et de la Santé, Olivier Véran, en décembre dernier, il ne sera pas possible à un médecin généraliste d’initier une mise sous PrEP dès le mois de janvier. Le Conseil d’État, auquel le décret a été soumis, aurait estimé que l’autorisation de mise sur le marché (AAM) des médicaments utilisés pour la PrEP (le Truvada® et ses génériques) évoquait un traitement initié par «un médecin spécialiste», et que, même avec la solution de e-learning mise en place, les médecins généralistes ne correspondaient pas à cette description.

Pour Aides, qui «exprime son incompréhension face à cet échec sur cet enjeu de santé publique», cette décision est «liée à des points juridiques non anticipés par le Ministère des Solidarité et de la Santé qui freine ainsi le déploiement d’un des outils le plus efficace dans la lutte contre le VIH/sida».

L’association de lutte contre le sida rappelle d’ailleurs que, «sur la période de mars à septembre 2020, par rapport à la même période en 2019, une baisse de 27 435 prescriptions a d’ailleurs été constatée».  Un chiffre qui s’explique en partie, toujours selon l’association, «par la crise sanitaire et la saturation des hôpitaux»: «Il faut rattraper ce retard, la prescription en ville pouvait le permettre».

La Société française de lutte contre le sida (SFLS), chargée de la formation des médecins sur cette question, «regrette bien sûr» cette décision du Conseil d’Etat. «Dans une période où la crise sanitaire du Covid-19 déstabilise profondément et durablement l’activité de dépistage de VIH et l’utilisation de la PrEP, faisant craindre un recul de plusieurs années dans les acquis de la lutte contre le VIH, explique le Dr Pascal Pugliese, président, la primo-prescription de la PrEP par les médecins de soins primaires est une priorité pour toucher plus largement les populations les plus exposées.»

La société savante souhaite également œuvrer «avec la DGS pour aider à trouver une solution réglementaire autorisant la primo-prescription de la PrEP par les médecins généralistes dans les meilleurs délais».

La SFLS confirme enfin que la plateforme de formation sera opérationnelle dès février, «afin de former les professionnels de santé aux indications de la PrEP, aux modalités du suivi des usagers, aux stratégies de prévention diversifiées et à la connaissance des réseaux de soins en santé sexuelle».