PrEP: La primo-prescription débarque en ville

Les médecins généralistes pourront enfin initier la PrEP des personnes intéressées directement dans leur cabinet, à partir de janvier 2021.

À l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le sida, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé que les médecins généralistes pourraient désormais initier la prescription de la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Cette mesure était attendue depuis plusieurs mois, et a été retardée à cause de la crise du Covid-19. Le Conseil d’État a désormais été saisi, une seconde fois, d’un projet de décret «qui devrait la rendre effective dès le début d’année 2021», toujours selon le Ministre.

Pour le moment, pour rentrer dans un parcours de PrEP, il faut effectuer au moins une première consultation dans un service hospitalier dédié ou dans un centre de dépistage (CeGIDD). Les personnes pouvaient ensuite demander un renouvellement d’ordonnance auprès de leur médecin habituel. Ce déploiement, prudent, a montré ses limites: à Paris, les délais d’attente dans la plupart des centres de PrEP sont de plusieurs semaines, entravant d’autant l’effet de la PrEP sur le contrôle de l’épidémie. Par ailleurs, la PrEP, pendant les essais cliniques (Prévenir et Ipergay pour l’ANRS, DISCOVER pour l’industrie) et après, n’a touché dans son immense majorité, que des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH).

Cette annonce intervient également alors qu’une chute de 50 des nouvelles initiations a été observée en France pendant le confinement, et une baisse de 15 % a été mesurée à la sortie du premier confinement, selon les données EPI-PHARE ANSM/CNAM. Soit  27 485 délivrances en moins par rapport à 2019.

La PrEP, basée sur la prise d’emtricitabine et de ténofovir disoproxil (Truvada® et ses génériques), est accessible depuis 2016 grâce à une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). La France a été le premier pays européen à autoriser la PrEP et à la prendre en charge financièrement à 100%, avant même son autorisation de mise sur le marché. Au premier semestre 2020, on comptait plus de 21 000 personnes sous PrEP

Les chiffres des découvertes de séropositivité de 2018 confirment, par leur baisse inédite, l’importance et l’efficacité de cette méthode de prévention du VIH. Chez les HSH nés en France, une des populations les plus exposées face au VIH, on observe une baisse de 22% des nouvelles contaminations. 

Aujourd’hui, pour que l’usage de ce protocole de prévention se démocratise, la PrEP sera désormais accessible à toutes les personnes qui en ont besoin, et prescriptible par tous les médecins.

Une formation disponible pour les généralistes

Pascal Pugliese, président de la Société française de lutte contre le sida (SFLS), c’est une excellente nouvelle: «La PrEP est un outil efficace et essentiel de la stratégie de prévention diversifiée contre le VIH. Afin de proposer cet outil de prévention à toutes les personnes qui en auraient besoin, il me semble indispensable que les professionnels de premier recours puissent proposer et initier la PrEP. Cette possibilité doit permettre aussi de ne pas restreindre l’accès à la PEP à des territoires géographiques disposant de services hospitaliers spécialisés ou des Cegidd à proximité, c’est-à-dire dans les grandes métropoles.»

Le projet Forma PrEP, poster SFLS 2020.

La SFLS a piloté, pour le compte de la Direction générale de la Santé (DGS), le projet de formation à distance (e-learning) sur la PrEP qui accompagne le décret, Forma Prep. «Nous avons réuni un groupe d’experts, pluridisciplinaire, pluriprofessionnel, et des acteurs communautaires et représentants d’usagers afin de proposer une formation simple, pratique à la PrEP, explique Pascal Pugliese. Les modules permettront d’identifier les situations où la PrEP offrirait un bénéfice aux patientes et aux patients, d’initier la PrEp et d’assurer un suivi des patients, dans une approche globale de santé sexuelle : comment aborder la santé sexuelle, bilans et examens cliniques, dépistage et traitement des IST, etc.» La formation permettra aussi de rappeler, ou de faire connaître, aux médecins les ressources et les personnes référentes qui existent dans le domaine.