Dépistage du VIH : les autotests enfin disponibles

Longtemps attendus par les acteurs de la lutte contre le VIH, les autotests de dépistage du VIH peuvent désormais être achetés sans ordonnance dans les pharmacies françaises.

Publié le 15 Septembre 2015 par

Produit par la société française AAZ, le dispositif appelé «autotest VIH®» est le seul à ce jour à avoir obtenu le marquage «CE». Désormais commercialisé par le laboratoire Mylan, le test est également disponible sur les sites internet des pharmacies, pour un prix de 25 à 28 €.

Ce nouveau mode de dépistage devrait permettre de toucher une population qui ne souhaite pas recourir aux solutions plus classiques de dépistage et permettre ainsi de participer à l'inflexion de l'épidémie de VIH en France.

La commercialisation des autotests en France s’appuie sur les recommandations du Conseil national du sida ( CNS ) et du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) en matière de précaution d’utilisation et d’interprétation des résultats, ainsi que sur les avis de l’Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de la Haute Autorité de Santé (HAS), saisis par la ministre, respectivement sur l’accompagnement des utilisateurs et sur la place de ces outils dans la stratégie globale de prévention et de dépistage du VIH.

«Tout va bien se passer»

La grande majorité des responsables associatifs et médicaux saluent cette décision. Pour Aides, au contraire, c'est l'occasion de délivrer un message qui ne se veut pas alarmiste mais mobilisateur: «Les autotests de dépistage du VIH arrivent en France et tout va bien se passer», parie Christian Andreo, Directeur Général délégué de l'association.

La seule critique de l'association concerne le prix auquel «autotest VIH» est commercialisé, un prix qui pourrait présenter un frein à l’utilisation de ce test par les populations exposées les plus précaires. Un regret partagé par le docteur Michel Ohayon, directeur du centre de santé sexuelle Le 190, dans un texte publié sur la page facebook de l'établissement: «Dommage parce que cela en limitera l’usage chez les moins fortunés et qu’il sera difficile d’en offrir en cadeau à des partenaires (ne plaisantez pas, ça a été testé au Kenya et ça fonctionne très bien).»

Michel Ohayon se félicitant toutefois que ces autotests soient «enfin» disponible : «Pour qui a du mal à aller demander un dépistage à un pro, c’est l’occasion de connaître – enfin – son statut. Etre séropositif , ce n’est certainement pas top, mais être séropositif et ne pas le savoir, c’est une catastrophe, pour soi, pour les autres.»  Le responsable du 190 rappelle également que si ces tests sont fiables, ils le sont un tout petit peu moins que les tests faits en laboratoire: «En cas de contamination, ils vont mettre 3 à 4 semaines à devenir positifs et parfois jusqu’à 3 mois. C’est donc un très bon outil si l’on n’a pas fait de dépistage depuis longtemps, ou comme test intermédiaire entre des dépistages réguliers. Par contre, pour évaluer les conséquences de la capote craquée 15 jours plus tôt, ça ne sert à rien.»

Éteindre l’épidémie

Pour le président de Aides, Aurélien Beaucamp, «si nous parvenons à dépister et à accompagner dans le soin toutes les personnes séropositives qui s'ignorent, l'épidémie de sida s'éteindra en quelques années» : «Nous savons désormais qu'une personne séropositive dépistée tôt et correctement prise en charge a une espérance de vie proche de celle d'une personne séronégative. Nous savons aussi que grâce à un bon suivi et une mise sous traitement précoce, elle ne transmet plus le virus.»

Même espoir chez le professeur Gilles Pialoux, chef de service maladies infectieuses de l'hôpital Tenon 1 : «50% des gens qui ont pris des risques n'en parlent même pas à leur médecin traitant. Ils n'ont pas envie d'en parler, ne veulent pas entrer dans un centre de dépistage anonyme et gratuit. On espère que ces autotests vont toucher cette population pour laquelle on n'arrive pas à banaliser les tests qui sont proposés dans le système de soin.»

Reste la question de la technicité de la réalisation de ces tests. Là encore, les premiers résultats sont rassurants. Dans une étude de faisabilité concernant 411 personnes, Thierry Prazuck et ses collègues (dont Gilles Pialoux) ont estimé que le rapport risque-bénéfice concernant les autotests était en faveur de ces derniers. L'écrasante majorité des personnes ayant essayé les tests dans le cadre de cette étude ont réussi à interpréter correctement le résultat révélé par le dispositif. Un certain nombre d'entre elles ont toutefois eu besoin de s'appuyer sur le support technique, soulignant ainsi son importance.

D’autant plus que certains craignent que les personnes se trouvent seules face à la découverte de leur séropositivité. Pour répondre à cela, il faut prendre en considération deux facteurs : D’abord, la découverte du VIH en France en 2015 n’est plus synonyme de mort à moyen terme (surtout si cette découverte est précoce) et d’autre part, près de 1/3 des découvertes ont lieu aujourd’hui dans les laboratoires de ville, sans aucun conseil ou soutien (cf. BEH

Avec les autotests est mis en place un dispositif d’accompagnement qui devrait permettre d’orienter les personnes qui découvriraient leur séropositivité vers une prise en charge adaptée. La ministre de la Santé a ainsi rappelé dans un communiqué que «des outils d’information des professionnels de santé (pharmaciens, médecins, sages-femmes, infirmiers, etc.) et des utilisateurs sont mis en place, notamment :
- un service téléphonique d’aide à l’utilisation et de conseils sur les résultats est disponible sur la plateforme Sida Info Service, joignable 7 jours /7 et 24 heures /24 au 0800840800 (appel confidentiel, anonyme et gratuit);
- des brochures d’information spécifiques ont été réalisées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES)»

En France, 150000 personnes vivent avec le VIH, dont 30000 qui ne le savent pas, et qui alimentent ainsi la dynamique de l'épidémie, puisque plus de 60% des nouvelles contaminations seraient dues à ces personnes. Aujourd’hui, nous savons que le dépistage constitue un enjeu majeur, à la fois pour améliorer drastiquement la prise en charge des personnes touchées et pour enfin, entrevoir la fin de l'épidémie. 

Rencontre

A l'occasion de la commercialisation de ces autotests, le Crips Île de France propose le 28 septembre 2015 à Paris une rencontre pour faire le point sur la questions et «revenir sur 30 ans d'évolution de la politique de dépistage en France, sur les raisons et la place de l'autotest dans l'offre de dépistage actuelle», ainsi que « faire un tour d'horizon des expériences de terrain en France et à l'international, s'interroger sur l'acceptabilité des autotests, l'information, la dispensation, etc.».

  • 1. Gilles Pialoux est le rédacteur en chef de Vih.org.
Les chercheurs se mobilisent pour accompagner les autotests VIH

Après les États-Unis en 2012 et le Royaume-Uni en 2015, la France va disposer de l'autotest VIH à partir du 15 septembre 2015. La recherche a joué un rôle majeur dans toutes les étapes qui ont précédé l'autorisation de ce nouvel outil de dépistage. D'abord en démontrant qu'il serait bien accepté par les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ( HSH ), ensuite en identifiant des recommandations de bonne pratique en population générale et pour les groupes les plus exposés au risque de VIH sida . Les chercheurs vont maintenant accompagner la mise à disposition de l'autotest VIH en en évaluant l'usage parmi ses utilisateurs. Tim Greacen (Etablissement public de santé Maison Blanche, Paris) a coordonné toutes ces recherches, l'ANRS les a financées.

Publié le 15 Septembre 2015 par
ANRS, France Recherche Nord&Sud Sida-HIV Hépatites

Le système de dépistage du VIH dans notre pays repose sur une offre multiple : laboratoires de ville, centres de dépistage anonyme et gratuit, tests rapides d'orientation diagnostique (TROD) communautaires… Ce dispositif permet chaque année la réalisation de quelque 5 millions de tests et aboutit à la découverte d'environ 6000 séroconversions. On évalue néanmoins à près de 30 000 le nombre de personnes ignorant leur séropositivité, parmi lesquelles 1/3 d'hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ( HSH ), 1/3 de personnes originaires d'Afrique subsaharienne et 1/3 d’hétérosexuels nés en France. Ces personnes seraient à l'origine d'au moins 43% des nouvelles infections. Au plan individuel, ne pas connaître sa séropositivité entraîne des pertes de chances thérapeutiques considérables. 

Faciliter le dépistage répété des populations les plus à risque est ainsi devenu une priorité de santé publique en France afin de diminuer la taille de l'épidémie « cachée ». Il est apparu que pour atteindre cet objectif il fallait diversifier encore l'offre de dépistage. 

L'autotest est disponible aux États-Unis depuis 2012 et au Royaume-Uni depuis 2015. Il consiste en un auto-prélèvement  (en France, l'usager prélève une goutte de sang au bout du doigt), qui va être ensuite auto analysé et auto interprété. L'autotest, qui vient aujourd'hui élargir la palette des moyens disponibles dans notre pays, va donc consister à donner accès librement, seul, à la connaissance de son statut sérologique.

Une recherche qui a débuté en 2009

A l'origine de cet incontestable progrès, une étude réalisée en 2009 par Tim Greacen, de  l'établissement public de santé (EPS) Maison Blanche à Paris. L'étude ANRS Webtest a questionné 9000 HSH recrutés sur Internet sur leur connaissance de l'existence de l'autotest, non autorisé à l'époque, et sur leur utilisation éventuelle. 30% connaissaient son existence, mais seulement 82 se l'étaient procuré et 69 l'avaient utilisé. Parmi les 5900 répondants qui déclaraient ne pas être séropositifs, 86,5% exprimaient leur intérêt pour le test. « Vivre sa vie HSH dans le secret absolu » se révélait associé à l'intérêt pour l'autotest. Cette première étude a donc révélé que l'autotest, puisqu'il semblait bien accepté, pourrait potentiellement permettre d'atteindre une population très exposée au VIH et y augmenter le recours au dépistage.

 Une 2e enquête réalisée en 2014 par Tim Greacen et son équipe1, avec le soutien de l'ANRS, a été menée auprès de 72 experts du dépistage en population générale et auprès de populations très exposées : HSH, usagers de drogues, personnes transgenres, personnes originaires d'Afrique subsaharienne, de Guyane, Martinique/Guadeloupe… Cette étude a permis de faire émerger plus de 250 recommandations pour accompagner le bon usage de l'autotest dans chaque groupe (niveau d'information des usagers, pour la lecture du résultat, recours à un numéro vert d'assistance…). Ces recommandations de bonne pratique ont été transmises aux pouvoirs publics afin d'accompagner au mieux la commercialisation de l'autotest VIH.

Et maintenant ? Accompagner la mise à disposition

« Une fois mis sur le marché, qui va utiliser l'autotest ? Quelles difficultés vont rencontrer les utilisateurs ? En cas de découverte de séropositivité, quel délai avant l'intégration dans un système de soins ? Il va vite falloir répondre à ces questions afin de s'adapter aux pratiques et améliorer le dispositif », déclare Tim Greacen. C'est la raison pour laquelle les chercheurs2lancent un vaste programme de recherche opérationnelle qui visera 9000 utilisateurs potentiels de l'autotest. Baptisée ANRS-V3T (« VIH : teste-toi toi-même »), elle va recueillir via Internet des informations qui seront analysées au fil de l'eau. L'étude pourrait débuter avant la fin de l'année, après le recueil des toutes dernières autorisations, et se terminer fin 2016. Cette étude a également reçu le soutien de la DGS et de l'INPES.

« La mise à disposition de l'autotest marque une nouvelle étape dans la lutte contre le sida dans notre pays. C'est en multipliant ces outils qu'on peut espérer un jour atteindre toutes les personnes qui ignorent leur séropositivité et ainsi mettre fin à l'épidémie. La recherche a joué un rôle majeur dans cette innovation, son rôle est maintenant de l'évaluer", déclare le Professeur Delfraissy, directeur de l'ANRS.

  • 1. Tim Greacen de l’EPS Maison Blanche, Karen Champenois de l’INSERM, Delphine Kersaudy-Rahib et Nathalie Lydié de l’INPES, Jade Ghosn de l’APHP Paris, et Jean-Marie Le Gall d’AIDES-MIRE
  • 2. Tim Greacen et Karen Champenois de l’EPS Maison Blanche, Delphine Kersaudy-Rahib et Nathalie Lydié de l’INPES, Virginie Supervie de l’INSERM et UPMC, Daniela Rojas Castro d’AIDES-MIRE

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