La première clinique, Dean Street, située dans le quartier de Soho, à Londres, est la plus grande clinique de santé sexuelle du Royaume Uni. Durant la période comprise entre janvier et novembre 2016, 373 nouvelles infections par le VIH ont été diagnostiquées. En 2015, pendant la même période, 626 avaient été diagnostiquées. Soit une baisse de 40%. La clinique a réalisé le même nombre de tests de dépistage sur les deux périodes (entre 6250 et 7500 par mois).

La deuxième, Mortimer Market Centre, également dans le centre de Londres, annonce une baisse encore plus impressionnante de 50% du nombre des diagnostiques entre janvier et septembre 2016, si on compare avec la même période l’année d’avant, et alors que davantage de tests ont été réalisés.

La clinique de Dean Street représente à elle seule un cas sur neuf de nouveaux diagnostics du VIH au Royaume Uni, et un diagnostic sur deux chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ( HSH ). Pour Dr Sheena McCormack, responsable de l'étude PROUD et qui travaille à Dean Street, cette baisse a été assez importante: «L'année dernière, nous avons connus entre 40 et 60 diagnostics chaque mois. Cette année, ça a seulement été entre 25 à 40.»1

Dans les deux cas, la baisse ne semble pas être liée à une baisse du nombres de pratiques non protégées par un préservatif, ou à l’augmentation de fréquentation de la clinique par une partie de la population HSH moins exposée. En effet, le nombre d’infections sexuellement transmissibles ( IST ) dépistées n’a pas diminué; le nombre de cas de syphilis est constant par rapport à 2015 (1000 cas par an).

La stratégie de «Test and Treat», ou commencer le traitement dès le dépistage, a été mis en place dès 2012 dans la clinique de Dean Street, et depuis l’année dernière, la clinique a été encore plus loin en mettant en place un modèle comparable à celui utilisé à San Francisco: la personne dépistée quitte la clinique avec sa première prescription d’antirétroviraux le jour du diagnostic. Ainsi, 75% des patients diagnostiqués commencent un traitement le jour où ils apprennent leur séropositivité. Mais cette mise en place est trop récente pour qu’on puisse lui imputer la baisse du nombre de contamination.

I want PrEP now ! 

Pour les médecins, c’est le recours à la Prep qui expliquerait ces chiffres encourageants. Et ce, qu’elle n’est pas prise en charge par le système de santé, et qu’elle reste difficile d’accès au Royaume-Uni.

Pour pallier ces difficultés s’est créé le site IwantPrEPnow.co.uk, «Je veux la Prep maintenant», qui informe sur la prévention biomédicale et permet d’acheter en ligne des médicament génériques pour la PrEP moins chers. Le site déclare plus de 6000 visiteurs par mois, avec des pics jusqu’à 12 000 en août. Au début du mois de février, dans le cadre d’un partenariat avec ce site, la clinique Dean Street a commencé prendre en charge les premiers utilisateurs de Prep qui avaient acheté leur médicament en ligne et réalise ainsi les tests de dépistage du VIH et les tests de contrôle de la fonction rénale. La clinique peut également évaluer la quantité d’ARV dans le sang, pour être sûr que les médicaments achetés n’étaient pas contrefaits.  Même chose au Mortimer Market Center : «Au début de l’année 2016, nous avons décidé d’apporter notre aide à ceux qui achètent la PrEP en ligne. Tous les membres du personnel, des infirmiers aux conseillers en santé, en passant par les médecins, ont adopté cette approche», selon la docteure Mags Portman2. «Nous nous assurons que nos patients fortement exposés au VIH sont pleinement informés sur l'utilisation de la PrEP et ont accès à une surveillance en plus de bons conseils sur la santé sexuelle et le dépistage régulier des IST.»

A Dean Street, ce sont ainsi 350 usagers de Prep générique qui sont suivit, sans compter ceux qui n’ont pas parlé de Prep avec l’équipe de la clinique, mais se font suivre pour les IST. Pour le Dr Alan McOwan, à la tête de la clinique, l’efficacité de cette démarche repose dans cette communication réussie vers ceux qui bénéficient le plus de la Prep, les HSH très exposés. Alors qu’ils étaient au coeur des clusters de contaminations, une fois sous Prep, ils ne transmettent désormais plus le VIH. La médiatisation de la Prep au Royaume-Uni en 2016, via la décision de la sécurité sociale anglaise de ne pas la mettre à disposition et la décision du National AIDS Trust d’attaquer en justice à ce sujet, a permis d’améliorer le niveau de connaissance de la Prep chez les HSH les plus concernés.

La prophylaxie pré-exposition semble donc être à l’origine d’une vraie baisse du nombre des contaminations. Toutefois, ce résultat n’a pu être atteint que parce qu’une prise en charge globale existe dans ces cliniques de santé sexuelle. Comme l’a rappelé le Professeur Jean-Luc Molina au micro de la Tête au carré sur France Inter le 11 janvier, c’est surtout la combinaison des outils utilisés par ces personnes qui semble montrer son efficacité : Des dépistages réguliers et rapprochés, une mise sous traitement rapide dès le diagnostic et bien sûr, la Prep elle-même.