VIH chez les HSH en Iran : Une prévalence élevée dans une population jeune et précarisée

Première étude de cette ampleur conduite en Iran, une enquête bio-comportementale publiée dans Lancet HIV rapporte une prévalence VIH de 4,2% parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Selon l’analyse statistique, le travail sexuel et l’expérience carcérale doublent chacun le risque de séropositivité, tandis que la cascade de prise en charge s’effondre entre le diagnostic et la suppression virale.

À l’heure où les Iraniens sont la proie de la double agression d’un régime dictatorial et d’une guerre sans merci, Lancet HIV publie une étude de la cascade VIH chez les HSH conduite par des chercheurs iraniens de l’université de Kerman (métropole de la province de Kerman au sud-est de l’Iran à mi-chemin du Golfe persique et de la frontière afghane) et des coauteurs d’universités canadiennes et états-uniennes.

Cette étude a été conduite dans 8 grandes villes iraniennes, Téhéran, Karaj (Nord), Isfahan (Centre), Kermanshah (Ouest), Sanandaj (Ouest), Ahvaz (Sud-ouest), Kerman (Sud-est) et Shiraz (Sud). Cette étude est la première aussi large en Iran dans cette population. Elle s’est déroulée en 2021 et 2022.

Chaque ville avait un centre de coordination dans l’université médicale et trois centres de santé servant de sites pour accueillir les participants recrutés par la méthode RDS afin de construire un échantillon le plus divers possible. Les participants répondaient à un questionnaire classique dans cette population et étaient testés pour le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. et adressés pour une prise en charge si nécessaire. Les personnes connaissant leur séropositivité étaient interrogées sur leur traitement et leur charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. (<200 copies/ml). L’étude apporte ainsi 2 indicateurs : la prévalencePrévalence Nombre de personnes atteintes par une infection ou autre maladie donnée dans une population déterminée. VIH et la cascade VIH. Les chiffres observés sont redressés pour tenir compte de la méthode RDS (respondent driven sampling) et apporter des indicateurs généralisables.

Une prévalence au VIH de 4,2% dans la population de l’étude

L’enquête a recruté 1131 personnes, de 29 ans en moyenne, parmi lesquelles 12% de femmes trans. 70% se déclarent gay ou homosexuels et 21% bisexuels, plus de la moitié ont eu leur premier rapport avec un homme avant 18 ans, 28% ont exercé du travail du sexe, environ 25% rapportent des discriminations dans la famille, plus d’un tiers dans les services de santé, 11% ont été incarcérés. Dans les 12 derniers mois, 16% rapportent des violences physiques, 19% des violences sexuelles, et 16% une période de vie sans abri.

Le taux de séropositivité —prévalence— redressé s’établit à 4,2% (IC95% 2,5-5,8). Les facteurs associés de façon indépendante à un taux de prévalence plus élevé sont l’âge, se déclarer gay/homo plutôt que bisexuel. L’expérience du travail sexuel et de l’incarcération double chacune le risque d’être séropositifSéropositif Se dit d’un sujet dont le sérum contient des anticorps spécifiques dirigés contre un agent infectieux (toxo-plasme, rubéole, CMV, VIH, VHB, VHC). Terme employé, en langage courant, pour désigner une personne vivant avec le VIH. Avoir un accès facile au préservatif dans les 3 mois précédant l’enquête est associé à un risque plus élevé.

Parmi les 63 hommes trouvés ou se déclarant positifs, 70% connaissaient leur statut, 65% ont été ou étaient dans un parcours de soin, 59% ont initié un traitement et 29% avaient une charge virale en dessous de 200 copies. Une cascade de prise en charge bien loin des objectifs 95-95-95 fixé par l’Onusida, et ce, avant même la dégradation actuelle de la situation.

Parcours de soins VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes vivant avec le VIH en Iran, 2021-2022. Données sur la charge virale disponibles uniquement pour les participants ayant déclaré avoir débuté un traitement antirétroviral (n = 39). Échantillonnage par réseaux. MSN = HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.  hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. ART = TAR, traitement antirétroviral. VL = CV, charge virale.

Ces résultats sont proches des données existant pour la région MENA (Moyen Orient et Afrique du Nord) et même un peu meilleurs, selon les auteurs : ils montrent une prévalence élevée dans cette population jeune, un déficit majeur de prévention et de prise en charge en lien avec les contextes de discrimination et de répression.

Les auteurs en appellent à une réponse large qui couvre les déterminants structurels de la situation des HSH, pénalisants en Iran comme dans toute la région Moyen Orient-Afrique du Nord, et une offre en santé nouvelle, tant en réduction des risques qu’en soins.

Malheureusement, les événements tragiques des deux dernières années, et ceux qui se dessinent dans les mois qui viennent, empêcheront sans doute que ces projets voient le jour à court terme.

Référence

HIV prévalence, risk behaviours, and cascade of care among men who have sex with men in Iran: a nationwide, cross-sectional, biobehavioural survey, Khezri, Mehrdad et al. The Lancet HIV, Volume 13, Issue 2, e116 – e125 https://www.thelancet.com/journals/lanhiv/article/PIIS2352-3018(25)00230-9/