CROI 2026 : des passerelles de transmission aux hotspots régionaux, les données au service de la prévention du VIH

De la Caroline du Nord à la Thaïlande en passant par l’Inde, trois études présentées en session thématique «Médecine de précision en santé publique» à la CROI 2026 illustrent comment la médecine de précision appliquée à la santé publique peut affiner la réponse à l’épidémie de VIH et comment ces méthodes distinctes éclairent les angles morts persistants de la prévention et du traitement.

Network Bridges to Predict Emerging HIV Transmission Hotspots in North Carolina

Ann Dennis et al.

Cette étude montre l’intérêt de l’épidémiologie moléculaire pour détecter précocement des clusters de transmission du VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. en expansion. À partir de 25174 séquences rapportées en Caroline du Nord entre 2010 et 2025, on s’intéresse ici aux clusters larges, aux sous-clusters et surtout aux individus qui peuvent faire passerelle entre les deux.

Parmi 5 205 personnes appartenant à des clusters en croissance, 36% étaient des diagnostics récents (2022–2025) et 2 004 appartenaient à 264 sous-clusters. Les personnes «passerelles» (virémiques faisant le lien entre cluster et sous cluster) étaient plus souvent déjà diagnostiquées, plus fréquemment noires, et présentaient une connectivité de réseau nettement plus élevée que les autres membres.

Les sous-clusters les plus dynamiques concernaient notamment de jeunes HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.  mais incluaient aussi des femmes et des hommes hétérosexuels. La distribution géographique des passerelles était hétérogène, plus marquée à Raleigh et dans l’est de l’État, et moindre à Charlotte, tandis que la plupart des clusters à croissance rapide traversaient plusieurs comtés.

Au total, ces résultats suggèrent que les personnes « passerelles » jouent un rôle de conduits clés reliant des infections récentes à des réseaux établis. Cibler prioritairement ces zones et ces profils pourrait contribuer à freiner la diffusion régionale.

Mapping Recent HIV Infections Among MSM in Thailand: Data-Driven Insights for Targeted Prevention

Michael Reid et al.

En Thaïlande, les HSH restent fortement exposés au VIH, et la surveillance des infections récentes peut aider à repérer rapidement les zones de transmission active. Entre septembre 2022 et mars 2024, un dispositif national a inclus les nouveaux diagnostics VIH dans 124 structures de santé de neuf provinces, avec réalisation d’un test d’infection récente.

L’analyse a porté sur les HSH d’âge >15 ans, diagnostiqués depuis moins de quatre semaines, naïfs de traitement ou traités depuis ≤4 semaines. La définition d’infection récente combinait le test d’infection récente et des données de surveillance, dont un CD4 basal ≥200/mm³, afin de renforcer la fiabilité.

Sur 2 475 nouveaux diagnostics portés pendant la période de l’étude, 1 209 (48,8%) étaient des HSH. Parmi eux, 103 (8,5%) ont été classés comme récemment infectés, majoritairement jeunes (plus de la moitié avaient 15–24 ans) et souvent résidents de Bangkok. En analyse multivariée, l’âge 15–24 ans doublait la probabilité d’infection récente par rapport aux 35–44 ans. Le risque était également plus élevé en dehors de la région Centrale, notamment au Nord, Nord-Est, Sud et dans l’aire métropolitaine de Bangkok.

Ces résultats mettent en évidence une concentration des transmissions récentes chez les jeunes HSH et dans plusieurs hot spots régionaux. Ils plaident pour des stratégies de dépistage et de prévention ciblées géographiquement. L’intégration de la l’ancienneté de l’infection aux données programmatiques pourrait optimiser l’allocation des ressources et accélérer le contrôle de l’épidémie.

Progress Towards HIV Epidemic Control Among Young Key Populations in India

Eshan U. Patel et al.

L’épidémie de VIH en Inde touche également les populations clés. Cette étude décrit la tendance de l’épidémie sur 10 ans chez les HSH et les usagers de drogues (PWID).

Trois enquêtes transversales ont été menées en 2012–13, 2016–17 et 2023–24 dans plusieurs villes, et au total les données de 8 242 HSH (âge médian 25 ans) et 16 496 PWID (âge médian 29 ans, 96% hommes) ont pu être analysées.

L’incidence du VIH est restée élevée et globalement stable sur 2012–13 vs 2023–24 : HSH 1,3%→1,9% (NS) ; PWID 4,9%→5,9% (NS). Cette stabilité de l’incidence se retrouve dans toutes les tranches d’âge. En revanche, la prévalence a fortement augmenté : chez les HSH 7%→20% ; chez les PWID 19%→40% (≈ doublement). L’augmentation de prévalence concerne aussi les 18–29 ans : HSH 6%→16% ; PWID 15%→37%. La suppression virale s’améliore nettement chez les HSH vivant avec le VIH (21%→76%), mais par contre, elle reste médiocre chez les PWID,(16%→32%), et les 18–29 ans sont les moins concernés par le contrôle virologique (21% seulement sur la dernière période). vs 68% >40 ans en 2023–24).

NDR : l’incidence ne baisse pas; cela met en lumière l’absence d’accès aux moyens de prévention, et notamment à la PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. Par contre, la prévalencePrévalence Nombre de personnes atteintes par une infection ou autre maladie donnée dans une population déterminée. augmente, ce qui pourrait être une bonne nouvelle dans le sens que les personnes qui s’infectent ne meurent pas… Mais en pratique, dans la mesure où le contrôle virologique est assez mauvais, cette augmentation de la prévalence va dans le sens de l’augmentation importante du réservoir de personnes pouvant transmettre l’infection : il est urgent d’agir dans le pays le plus peuplé du monde !

Référence

Session «Thématique discutée»: Médecine de précision en santé publique, CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. 2026.

Cet article a été publié sur le site du CoReSS Bretagne, nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de son auteur.