Rappelons qu’en France, le nombre d’initiations de PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. pour les femmes reste très bas, 6,1% au dernier semestre connu, mais il a régulièrement augmenté en nombre absolu tandis que ce nombre stagnait chez les hommes : +30% chez les femmes, -3,4% chez les hommes entre le 1er semestre 2023 et le 1er semestre 2025. Les femmes comptent pour 30% des nouvelles infections en France, 64% en en Afrique subsaharienne et 45% dans le monde. Il reste donc une énorme marge de progression pour faire connaître et proposer aux femmes des modalités de PrEP qui leur conviennent et accélérer la baisse de l’incidence, notamment pour celles qui refusent la PrEP orale en continu, seule solution actuelle pour les femmes.
Évaluée en première intention chez les HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. la PrEP bien que recommandée en théorie pour toutes les personnes à «haut risque», n’est pas promue auprès des femmes avec des représentations ou des messages qui correspondent à leur contexte de vie et à leurs comportements sexuels, et encore moins auprès des professionnels de santé qu’elles rencontrent dans leur parcours de soin. Dans un éditorial/review du Lancet HIV, des leaders internationaux, dont Jean-Michel Molina et Linda-Gail Bekker, avançaient début 2025 un plaidoyer, fondé sur des arguments pharmacologiques et épidémiologiques, pour une évolution des recommandations de PrEP pour les femmes (bloquées, en France notamment, sur le principe de la prise continue) et ce, dans une approche de réduction des risques1Irie WC, Nicol MR, Clement M, Bukusi EA, Bekker LG, Molina JM, Stewart J. Event-driven PrEP beyond cisgender men who have sex with men. Lancet HIV. 2025 Feb;12(2):e143-e153. doi: 10.1016/S2352-3018(24)00300-X. Epub 2025 Jan 6. PMID: 39788131..
Ce point sur les avancées de la recherche, les nouveaux outils en préparation et les toutes récentes recommandations repose sur la présentation, très remarquée, faite par Victoria Manda, infectiologue à l’hôpital Saint Louis et présidente du CoReSS Île-de-France Est, lors du 26e congrès de la SFLS, qui s’est tenu en novembre 2025.
Sa conférence «PrEP chez les femmes aujourd’hui et demain – Prévention : où sont les femmes?» a été l’occasion de rappeler les moyens de PrEP évalués à ce jour chez les femmes —orale, topique et injectable—, ainsi que les dispositifs et stratégies encore dans les premières phases de développement. Elle a également présenté les nouvelles recommandations britanniques (BHIVA), européennes (EACS) et new-yorkaises, qui font évoluer les choses en matière de PrEP orale chez les femmes.

Le double objectif de cette présentation étaient les suivants:
- Développer des stratégies d’implémentation dans les structures qui accueillent les femmes, afin que la prévention leur soit réellement accessible.
- Mettre à jour les recommandations de la HAS pour intégrer une forme intermittente de PrEP orale adaptée aux femmes. (Source)
Efficacité de la PrEP à la demande pour les femmes
A ce jour en France, pour les femmes, le seul schéma recommandé pour la PrEP orale est un délai de 7 jours entre la première prise et le premier rapport sexuel à protéger et la prise continue d’un comprimé de tenofovir/emtricitabine ensuite. Une méta-analyse2Marrazzo J et al. JAMA 2024 de 11 études, dans 6 pays ayant une incidence de 0,72 pour 1000 personnes années, montrent une forte association de la baisse de l’incidence avec le niveau d’adhésion et amènent à estimer que 4 prises par semaine apportent une bonne protection.

C’est cette accumulation de travaux qui a conduit la British HIV Association, l’EACS, le New-York State Department of Health AIDS Institute à recommander des schémas « à la demande » pour la PrEP orale : 2 comprimés 24 heures avant le rapport sexuel, puis selon les recommandations 1 ou 2 après le rapport sexuel, puis 1 par jour, puis à l’arrêt de l’exposition, prolongation de la prise de 7 jours. C’est le schéma 2-7-5 (EACS et BHIVA) ou le schéma 2-3 (3 jours, pour l’État de New York).

La PrEP injectable contre les problèmes d’observance et d’arrêt prématuré
Les formulations injectables de cabotégravir tous les 2 mois et de lénacapavir tous les 6 mois apparaissent comme des solutions d’avenir pour pallier les problèmes d’observance et d’abandon prématuré observés dans toutes les études portant sur l’utilisation de la PrEP par les femmes. Les résultats de PURPOSE 1, mené sur le lénacapavir injectable chez des très jeunes femmes (21 ans, dont 7 à 8% sont en couple, et moins de 10% ont un diplôme universitaire) en Ouganda et Afrique du Sud, sont sans appel: aucun cas incident dans le groupe lénacapavir, soit une ratio d’incidence de 0,00 (IC 95% 0.00 to 0.04; P<0.001) par rapport au taux de base d’incidence en population de 2,41 pour 100 personnes années, alors que la PrEP orale (TAF et TDF) ne réussit pas à produire une réduction du risque significative par rapport à l’incidence en population3Bekker LG, Das M, Abdool Karim Q, Ahmed K, Batting J, Brumskine W, Gill K, Harkoo I, Jaggernath M, Kigozi G, Kiwanuka N, Kotze P, Lebina L, Louw CE, Malahleha M, Manentsa M, Mansoor LE, Moodley D, Naicker V, Naidoo L, Naidoo M, Nair G, Ndlovu N, Palanee-Phillips T, Panchia R, Pillay S, Potloane D, Selepe P, Singh N, Singh Y, Spooner E, Ward AM, Zwane Z, Ebrahimi R, Zhao Y, Kintu A, Deaton C, Carter CC, Baeten JM, Matovu Kiweewa F; PURPOSE 1 Study Team. Twice-Yearly Lenacapavir or Daily F/TAF for HIV Prevention in Cisgender Women. N Engl J Med. 2024 Oct 3;391(13):1179-1192. doi: 10.1056/NEJMoa2407001. Epub 2024 Jul 24. PMID: 39046157..
Effets adverses observés, les réactions au site d’injection comparant injection de lénacapavir et placeboPlacebo Substance inerte, sans activité pharmacologique, ayant la même apparence que le produit auquel on souhaite le comparer. (NDR rien à voir avec le groupe de rock alternatif formé en 1994 à Londres par Brian Molko et Stefan Olsdal.) sont les nodules et leur évolution au fil des semaines (60% à l’injection, 40% à 6 mois et un peu plus de 20% à 12 mois), fréquence quasi inexistante avec l’injection de placebo, alors que la douleur et les gonflements au site d’injection ne s’en distinguent pratiquement pas.
Même très efficace, il reste aux femmes à adopter cette PrEP en deux injections par an, et de la poursuivre tout le temps de l’exposition. La majorité des jeunes femmes de l’essai PURPOSE 1 ont maintenu leur préférence pour l’injection semestrielle après 52 semaines. On est dans l’attente des résultats de PURPOSE 5 qui a inclus des femmes cis migrantes en France.
Diverses études, dont certaines antérieures aux formes injectables, ont montré que les femmes montrent leur intérêt pour avoir le choix entre les méthodes efficaces disponibles, même si, au fil de sa disponibilité, leur choix majoritaire va à la PrEP. D’autres innovations sont à venir sous forme d’un comprimé par mois (MK8527, voir notre article, et GS3107 par exemple) ou des inserts vaginaux. Une étude sud-africaine présentée à l’IAS 2025 de Kigali a clairement montré qu’une offre variée pouvait couvrir les indications de PrEP chez les femmes de manière large.
L’accès à la PrEP : une longue marche, loin du but
Cette présentation de Victoria Manda nous donne l’occasion de faire un point sur le chemin qu’il reste à parcourir pour que les femmes puissent s’emparer de la PrEP pour se protéger du VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. En 2015, la PrEP orale a été reconnue efficace et introduite dans les méthodes de prévention recommandées. Dix ans plus tard, seulement 21,2 millions de PrEP ont été initiées dans le monde, soit 37% des objectifs Onusida pour 2025. En France, ce chiffre est de 124000 au 30 juin 2025 sans aucun objectif jamais fixé en amont. Les études chez les femmes ont porté le plus souvent sur jeunes femmes dans des contextes sociaux très défavorables dans des épidémies de très haute intensité: les formes orales ne réduisent pas l’incidence de façon significative. Qu’en serait-il dans d’autres contextes ?
La mise au point et la preuve d’efficacité de nouvelles méthodes soulèvent un grand engouement, malgré les obstacles économiques et politiques à leur large mise à disposition. Il nous faut rappeler que le contexte géopolitique et le consensus international pour la justice face à la maladie qui ont porté l’accès universel au traitement de l’infection VIH —il s’est écoulé plus de 22 ans depuis le programme «3 by 5», «3 millions de personnes traitées d’ici 2005», de l’OMS et de l’Onusida— sont aujourd’hui fortement ébranlés.
De plus, la priorité devrait demeurer —à côté de l’enthousiasme pour l’innovation— la mise en œuvre et l’évaluation dans la vraie vie de ce qui est aujourd’hui disponible et abordable. C’est à quoi s’attache le projet ANRS-EllesPrEP engagé par Victoria Manda et Geoffroy Liègeon, qui travaille à mettre en place un programme d’implantation de la PrEP dans les centres de santé sexuelle de Paris et de Seine Saint-Denis fréquentés majoritairement par des femmes venues d’Afrique subsaharienne.