Le lénacapavir, médicament long acting injectable deux fois par an, a démontré une efficacité de 100% et 96% dans les essais PURPOSE-1 et PURPOSE-2. Bien qu’il ne soit pas un vaccin, le lénacapavir en présente pratiquement les mêmes avantages. Mais les coûts élevés de ces médicaments nouvelle génération continuent de freiner leur adoption optimale et empêche la PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. injectable à action prolongée d’avoir l’impact qu’elle devrait avoir pour réhausser le contrôle de l’épidémie.
L’expérience du cabotégravir, commercialisé depuis 2021, illustre le problème : malgré une protection quasi-parfaite, cette PrEP injectable bimestrielle ne représente que 3% des prescriptions américaines en 2025. Le prix annuel de 22000 à 25900 dollars constitue le principal frein, malgré une préférence marquée des utilisateurs pour ces formes injectables.
Avec un prix de gros de 28 218 dollars par an aux États-Unis mais des coûts de production estimés à moins de 100 dollars par an, le prix auquel le lénacapavir est commercialisé par Gilead soulève des questions. D’autant plus quand on le compare aux 40 dollars annuels négociés pour les pays couverts par les licences volontaires signées en octobre 2024. Deux accords avec des fabricants de génériques indiens permettront en effet cette distribution à bas coût, fruit de mois de négociations menées par Unitaid, la Clinton Health Access Initiative et la Fondation Gates.
Dès juin 2025, l’Onusida avait exhorté Gilead à réviser ses prix, citant des études estimant le coût de production entre 35 et 46 dollars par an. Aujourd’hui, s’il captait seulement 5% du marché américain de la PrEP au prix actuel, le lénacapavir coûterait plus que l’ensemble des autres dépenses en PrEP orale.
Les accords par abonnement : une alternative ?
Face à cette situation où le prix reste bloqué à un niveau très élevé, les auteurs de l’article publié dans JAMA rappellent la solution adoptée pour les antiviraux directs contre l’hépatite C. Là aussi, à 84 000 dollars par cure, le prix empêchait l’adoption de ces traitements extrêmement efficaces. L’Australie et les États américains de Louisiane et Washington ont négocié des accords innovants : au lieu de payer par patient traité, les assureurs publics versent une somme forfaitaire pour un accès illimité. Ce modèle a bénéficié à tous : les laboratoires préservant leurs revenus, les patients accédant aux traitements, et les payeurs maîtrisant leurs coûts. Cette tarification par abonnement, formellement appelée accords de licence par abonnement (payer license agreements ou PLAs) et communément désignée sous le nom de modèle Netflix, pourrait être utilisée dans le cas du lénacapavir.
Trois caractéristiques rendent le lénacapavir adapté à ce modèle : prix élevé limitant l’utilisation, coûts de production marginaux faibles (estimés à moins de 100 dollars), et taux d’utilisation prévisibles. Les accords éliminent les coûts marginaux, suppriment le besoin d’autorisations préalables et permettent aux pharmacies de stocker le produit sans contraintes financières.
Aux États-Unis, les gestionnaires pharmaceutiques et Medicaid, le deuxième plus grand financeur pour les patients actuellement sous PrEP, pourraient négocier ces accords. L’administration Trump a déjà manifesté son intérêt, et un projet de loi bipartisan sur l’hépatite C pourrait offrir un cadre pour un accord fédéral incluant les non-assurés et populations carcérales. Des pays à revenu intermédiaire, exclus des accords de génériques mais ne pouvant assumer les prix actuels, pourraient également bénéficier d’accords négociés via des mécanismes comme le Fonds mondial.
Les auteurs rappellent que sans action rapide, le potentiel du lénacapavir serait retardé d’une décennie. Les accords par abonnement représentent une solution pour concrétiser sa promesse, bien que les négociations pour un prix à 40 dollars dans certains pays (certes à ressources limitées et à très fort niveau d’épidémie, voire notre article) démontrent déjà qu’une approche plus radicale de réduction des prix reste envisageable.
En France, il semble que la firme n’ait pas encore déposé une demande d’autorisation dans cette indication, rappelons-le le médicament est déjà utilisé en traitement de l’infection VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. dans des cas de multirésistance. Le prix des médicaments remboursés est fixé en fonction du service médical rendu (par rapport à l’existant) et du nombre de personnes potentiellement concernées. Dans ce cas précis, pour le lénacapavir, il s’agit d’une utilisation en prévention, donc un grand nombre de personnes, probablement quelques dizaines de milliers, pendant une durée potentiellement de plusieurs années. Mais pour évaluer le service médical rendu, encore faudrait-il avancer sur l’impact possible de cette avancée pour gagner de nouveaux utilisateurs et utilisatrices, allonger les durées d’utilisation et ainsi accélérer la baisse de la transmission.