Des résultats encourageants pour l’injectable lenacapavir

Deux études présentées à l’occasion de la conférence IAS 2021 soulignent l’intérêt thérapeutique du nouvel antirétroviral injectable lenacapavir, à la fois pour les personnes en échappement, et dans le cadre d’un traitement de première intention.

Le lenacapavir, développé par Gilead, est un inhibiteur de capside du VIH avec une très longue demi-vie une fois injecté dans le corps: Il suffit de deux injections sous-cutanées par an pour qu’il soit efficace.  

Étude CAPELLA : le lenacapavir pour les personnes en échappement

CAPELLA est une étude cherchant à estimer l’efficacité du lenacapavir chez les personnes en échappement thérapeutique. Au lancement de l’étude, les participants devaient être sous traitement, avoir une charge virale supérieure à 400 copies, avoir des résistances à au moins deux molécules parmi toutes les classes de médicaments antirétroviraux (ARV) communément utilisées, et ne pouvoir compter que sur l’efficacité complète de deux molécules au total. Dans CAPELLA, les effets du lenacapavir ne sont pas évalués contre un placebo et tous les participants vont recevoir les injections, mais à des moments différents et avec des combinaisons différentes d’ARV en parallèle. Au total, 72 personnes ont été recrutées dans cette étude. 

Les premiers résultats, présentés plus tôt cette année lors de la CROI 2021, montraient déjà que, dès les deux premières semaines, 88% des participants avaient constaté une baisse d’au moins 0,5 logs de leur charge virale. Six mois après, à l’occasion de l’IAS 2021, le professeur Jean-Michel Molina (hôpital Saint-Louis, Paris) a présenté de nouveaux résultats mesurés juste après la seconde injection annuelle. Les données concernent 36 des 72 participants, celles et ceux qui recevaient de fait l’équivalent d’une monothérapie Lenacapavir, puisque la combinaison ARV utilisée en parallèle étant malheureusement inefficace. Dans ce groupe, à la 26e semaine, 81% des participants ont une charge virale inférieure à 50 copies/ml et 89% une charge virale inférieure à 400 copies/ml. Ces résultats confirment l’intérêt de ce nouvel injectable pour les personnes en échappement. Aucun effet indésirable grave n’a été constaté, mais 18% des participants ont développé des nodules ou des grosseurs sous la peau sur le point d’injection pendant 22 semaines,  et 11% ont constaté une épaississement de la peau au site d’injection pendant 10 semaines environ. 

Étude CALIBRATE : Le lenacapavir pour commencer un traitement

Les premiers résultats de l’étude CALIBRATE suggèrent que le lenacapavir serait également efficace dans le cadre d’un traitement de première intention, en association avec au moins une autres molécule. Des données à 28 semaines, soit après la première injection, ont été présentées par le professeur Samir Gupta (Université de l’Indiana, États-Unis). CALIBRATE est une étude portant sur 182 personnes vivant avec le VIH, d’un âge moyen de 29 ans, sans traitement ARV au début de l’étude et avec un nombre de CD4 supérieur à 200. Quinze pour cent des participants avaient une charge virale assez élevée, de plus de 100000 copies/mm3 au départ.

L’étude combine le lenacapavir avec le ténofovir-alafénamide (TAF) et l’emtricitabine (FTC), puis au TAF et au bictégravir seulement, et le compare à une combinaison orale de bictégravir et de TAF/FTC. Dans le bras évaluant la version injectable du lenacapavir, les participants ont commencé par recevoir un traitement quotidien par comprimés, puis des injections tous les six mois. Les premières données montrent une excellente efficacité, avec 94% de succès virologique et une seule personne ayant révélé des résistances partielles, dont une aux inhibiteurs de capside du VIH.

En ce qui concerne les effets indésirables, si l’injection était bien tolérée, 11% des participants ont déclaré des nodules au site d’injection et 17% des douleurs, des rougeurs et un gonflement.

Ces résultats encourageants poussent les auteurs à demander d’autres essais, avec le lenacapavir en combinaison cette fois avec l’islatravir, un autre traitement injectable à libération prolongée.