L’étude, intitulée « Maternal and neonatal outcomes after infection with monkeypox virus cladeClade Les clades désignent les variations d’un même virus qui ont divergé au gré des mutations génétiques. I during pregnancy in DR Congo: a pooled, prospective cohort study », a évalué l’impact de l’infection par le virus mpox (MPXV) clade I confirmée par PCRPCR "Polymerase Chain Reaction" en anglais ou réaction en chaîne par polymérase en français. Il s'agit d'une méthode de biologie moléculaire d'amplification d'ADN in vitro (concentration et amplification génique par réaction de polymérisation en chaîne), utilisée dans les tests de dépistage. chez 89 adolescentes et femmes enceintes hospitalisées entre 2022 et 2025 en République Démocratique du Congo. Elle constitue à ce jour l’une des plus importantes cohortes sur ce sujet, en combinant trois cohortes et un essai clinique. Son objectif principal était de mieux caractériser les conséquences obstétricales et néonatales de cette infection, au-delà du risque déjà suggéré de transmission verticale.
Parmi les femmes incluses, toutes enceintes de singleton et d’âge médian de 24 ans, l’issue de grossesse était connue pour 69 d’entre elles. Les résultats mettent en évidence une fréquence particulièrement élevée de pertes fœtales, incluant fausses couches précoces et tardives ainsi que morts fœtales in utero : au total, seule une femme sur deux a donné naissance à un enfant sain à terme. Quatre cas d’atteinte néonatale ont également été rapportés, dont un cas mortel, avec des lésions cutanées compatibles avec une infection congénitale. Ces observations soutiennent l’hypothèse d’une transmission verticale du virus, bien que celle-ci n’ait pas pu être formellement confirmée dans tous les cas (notamment en l’absence d’analyse placentaire dans certains cas). Par ailleurs, le risque d’évolution défavorable apparaît fortement dépendant du terme de la grossesse au moment de l’infection : il est nettement plus élevé au premier trimestre, puis diminue de manière significative aux deuxième et troisième trimestres.
Pas de surmortalité maternelle…
Malgré cette fréquence élevée de complications fœtales, aucun décès maternel n’a été observé, suggérant que l’infection par le MPXV n’augmente pas significativement la mortalité maternelle. De plus, aucun facteur de risque maternel ou clinique — tels que l’âge, la sévérité de l’infection, la fièvre, la charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. ou certaines co-infections comme le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. ou le paludisme — n’a été clairement associé aux issues défavorables, probablement en raison d’un manque de puissance statistique.
…Mais un excès majeur de pertes fœtales
Comparés aux données de référence, ces résultats révèlent un excès majeur de pertes fœtales. En effet, environ 45 % des grossesses de cette cohorte se sont soldées par une perte fœtale, alors que les estimations dans la population générale sont nettement plus faibles : environ 3,3 % en Afrique subsaharienne (incluant fausses couches et mortinaissances), 3,7 % de mortinaissances en République démocratique du Congo, pour des taux de 15,3 % de fausses couches dans les cohortes européennes et nord-américaines. Même en tenant compte d’une probable sous-estimation des fausses couches précoces dans les données africaines, cet écart demeure considérable. Il suggère que le risque observé ne peut être expliqué par le seul niveau de risque de fond, et renforce l’hypothèse d’un rôle majeur du MPXV dans la survenue des pertes fœtales.
Des similitudes… et des différences avec la toxoplasmose
Des similitudes peuvent être établies avec d’autres infections à transmission materno-fœtale, notamment la toxoplasmose. Dans ces deux cas, le moment de l’infection au cours de la grossesse joue un rôle déterminant : le risque de transmission au fœtus augmente avec l’âge gestationnel, tandis que les conséquences les plus graves surviennent lors d’une infection précoce. Toutefois, les manifestations diffèrent : la toxoplasmose est classiquement associée à des atteintes neurologiques et oculaires parfois retardées, alors que les données disponibles pour le MPXV suggèrent surtout des complications aiguës, telles que des lésions cutanées néonatales et des pertes fœtales. Dans les deux situations, ces éléments soulignent l’importance d’un suivi prolongé des enfants exposés.
Un contexte sanitaire et socio-économique défavorable
Ces résultats doivent également être interprétés à la lumière du contexte sanitaire et socio-économique de la République démocratique du Congo. L’accès limité aux soins prénatals, la fragilité des infrastructures de santé, les retards de prise en charge et la fréquence élevée des comorbidités infectieuses peuvent contribuer à aggraver les issues de grossesse. Par ailleurs, les femmes incluses dans l’étude présentent souvent des facteurs de vulnérabilité socio-économique, avec des conditions de vie favorisant l’exposition au virus (promiscuité, activités professionnelles à risque) et limitant également l’accès à la prévention et aux soins.
L’étude présente par ailleurs plusieurs limites, notamment l’hétérogénéité des données issues de différentes cohortes, des pertes de suivi non négligeables et une taille d’échantillon parfois insuffisante pour certaines analyses. Ces éléments imposent une interprétation prudente des résultats, bien qu’ils apportent des données précieuses dans un domaine encore peu documenté.
En attente de traitements préventifs et curatifs chez la femme enceinte
Sur le plan clinique, ces résultats soulignent la nécessité de la prévention et d’un suivi rapproché des femmes enceintes infectées. Ils mettent également en évidence le besoin urgent de développer des traitements antiviraux sûrs pendant la grossesse, ainsi que des stratégies de prévention efficaces. La vaccination constitue une piste importante, bien que les vaccins à virus réplicatif soient contre-indiqués pendant la grossesse. Le vaccin non réplicatif MVA-BN apparaît comme une alternative prometteuse, mais nécessite encore des données complémentaires pour confirmer sa sécurité chez les femmes enceintes.
En conclusion, l’infection par le MPXV clade I au cours de la grossesse est associée à un risque élevé de complications, en particulier fœtales, avec un impact plus marqué en cas d’infection précoce. Ces résultats soulignent l’importance de renforcer les stratégies de prévention, de dépistage et de prise en charge afin de mieux protéger les femmes enceintes et leurs enfants dans les zones touchées.
Référence :
Vakaniaki EH et al. “Maternal and neonatal outcomes after infection with monkeypox virus clade I during pregnancy in DR Congo: a pooled, prospective cohort study”. Lancet. 2026 Jan 17;407(10525):256-266. doi: 10.1016/S0140-6736(25)02309-8. Epub 2025 Dec 19. PMID: 41429130; PMCID: PMC12823291.