Jean-Victor Blanc, psychiatre addictologue à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP Paris) a étudié une cohorte de 39 chemsexers, d’âge médian 40 ans, dont les trois quarts avaient eu, à l’inclusion, une consultation avec un psychiatre, la moitié était sous antidépresseur. 72% d’entre eux pratiquaient le slam et près de la moitié n’avaient aucune activité sexuelle sans produit. Notant que les HSH ont par ailleurs des vulnérabilités psychiatriques liées à l’homophobie, au stress environnemental et étaient jusqu’à récemment considérés comme des malades selon la classification DSM III, Jean-Victor Blanc souligne que dans sa cohorte, 46% ont des complications de «pharmacopsychose», de type hallucination ou paranoïa. Les trois quarts ont un double diagnostic: 56% sont anxieux (échelle HAD1HAD: Hospital Anxiety and Depression scale), 23% dépressifs (HAD), 36% ont un trouble de l’usage de l’alcool (AUDIT) et 49% sont concernés par l’addiction sexuelle (SAS2SAS: échelle sociotropie-autonomie). Alors que 62% sont séropositifs au VIH et que 73% des séronégatifs au VIH sont sous PrEp Jean-Victor Blanc plaide pour que la PrEP soit une opportunité de prise en charge de la santé sexuelle et psychologique des HSH.
Antoine Boulanger, psychiatre à Lyon a comparé une cohorte de 46 chemsexers à un groupe témoin de 48 HSH sous PrEp, mais sans pratique de chemsex La comparaison montre que le niveau d’éducation est moins élevé chez les chemsexers, qu’ils ont un score global de troubles personnels plus élevé (plus d’anxiété et de dépression, évaluées avec l’échelle HAD), avec une histoire d’antécédents psychiatriques également significative: 45% d’entre eux ont eu un épisode dépressif caractérisé vs 18,8 dans le groupe témoin, et près de 30% ont fait une tentative de suicide (vs 4%).
La moitié présente une peur du jugement lié à l’orientation sexuelle (vs 25%) et ils sont plus souvent engagés dans des relations sexuelles non protégées avec des partenaires occasionnels (58 %), et des pratiques hard (fisting, 65%). 60% pratiquent l’injection. Les produits les plus couramment utilisés, déclarés par les usagers (voir article page 35) sont les cathinones, les poppers et le GHB/GBL. La moitié utilise les cathinones hors contexte sexuel. Comme Jean-Victor Blanc, Antoine Boulanger alerte sur les troubles de la personnalité associés au chemsex, et les liens étroits entre chemsex, comorbidités psychiatriques et pratiques sexuelles à risques. Dans sa cohorte, 26% sont séropositifs au VIH et 79% des séronégatifs sont sous PrEP.
Ces présentations cliniques ont été complétées par les données de pharmacovigilance d’Hélène Peyrière (Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance de Montpellier) qui montrent que le chemsex entraîne également des complications psychiatriques. Pour les 34 cas de complications signalés en 2018, au delà des complications infectieuses connues avec l’injection, 14 complications psychiques et neuropsychiques sont notées, avec cinq cas particulièrement importants de décompensation sévère ayant entraîné une hospitalisation. Ces cinq cas sont corrélés à la présence d’éphylone, une cathinone qui serait trois à quatre fois plus puissante que le 3-MMC.
Références
- «Comorbidités psychiatriques dans une cohorte de patients suivis pour chemsex», Jean-Victor Blanc (Paris)
- «Psychems: Association entre troubles de la personnalité et troubles de l’usage de substances en contexte sexuel (chemsex) chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH)», Antoine Boulanger (Lyon)