Covid : en Afrique du Sud comme en Guadeloupe, la désinformation tue

Pour le Pr Gilles Pialoux, notre rédacteur en chef, l’émergence de variants en Afrique du Sud s’explique surtout par le refus vaccinal. Un phénomène finalement assez proche de celui vu en Guadeloupe.

C’est une constance depuis le début de cette pandémie CovidCovid Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2.
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, il convient de se méfier des raccourcis et des liens de causalité établis sur une simple conjonction d’évènements. Prenons comme exemple l’Afrique du Sud, pays où ont émergé les variants Béta et Omicron. L’opprobre est aujourd’hui jetée sur ce pays qui collabore pourtant de manière exemplaire au partage d’informations concernant ces variants préoccupants du Covid, comme il l’avait fait dans la lutte contre le sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome.
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Dans une tribune publiée le 1 décembre dans la revue Nature, quatre scientifiques sud-africains, dont deux membres de l’équipe à l’origine de la découverte des variants Beta et Omicron, interpellent la communauté internationale sur le risque que pourrait faire peser sur l’évolution de la pandémie une rupture dans l’accès aux soins des personnes atteintes par le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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: «Ne pas combattre la pandémie à hauteur de l’urgence dans les pays à taux élevés de personnes infectées par le VIH à un stade avancé et insuffisamment traitées pourrait mener à l’émergence de variants du coronavirus SARS-CoV-2 plus transmissibles ou rendant les vaccins moins efficaces.» Au-delà du travel ban, la fermeture de nos aéroports au vols en provenance d’Afrique australe, une population est ainsi jetée en pâture à l’opinion publique et à la face du monde: les séropositifs vivant avec le VIH.  

L’émergence de variants ne saurait se réduire à la prévalencePrévalence Nombre de personnes atteintes par une infection ou autre maladie donnée dans une population déterminée.
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du VIH en Afrique du Sud

Certes avec près de huit millions de personnes séropositives, l’Afrique du Sud est le premier foyer de l’épidémie de VIH au monde. Au moins deux millions d’entre eux, chiffre probablement sous-estimé, ne sont pas sous traitement anti-VIH et donc fortement contaminants. Le fait que le variant Omicron soit apparu dans cette région du monde où le taux de prévalence du VIH est plus élevé chez les femmes qui accouchent (30%) que la taux de vaccination contre le COVID (27%) questionne les mécanismes d’émergence de ces variants. Une personne immunodéprimée par le VIH, non traitée, et infectée par le Sars-cov-2 ayant de fait plus de probabilités de secréter des variants mutés.  

Mais l’arrivée des VOC, ces variants préoccupants selon l’OMS, ne saurait se réduire à cette conjonction. C’est faire fi du contexte social, des inégalités d’accès au dépistage aggravés par la crise sanitaire et du scepticisme vis à vis de la science voire du négationnisme inscrit dans la culture sud-africaine. On ne peut que rappeler comment plusieurs présidents de l’Etat sud-africain, dont Thabo Mbeki (1999-2008), ont nié jusqu’à l’existence d’une transmission virale du virus du sida pour accréditer l’idée que sa seule cause serait la pauvreté et l’exploitation coloniale. Ces forces de résistance à la rationalité de santé publique venue d’en haut perdurent en Afrique du Sud, comme chez nous aux Antilles. Elles nous interpellent car elles ont une portée politique très profonde et ne doivent pas être abordées avec condescendance. 

Comment expliquer qu’à l’autre bout de la planète, les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets ?

En miroir, l’analyse du refus violent de la vaccination contre le Covid-19Covid Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2.
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en Guadeloupe ne peut en effet se réduire à l’expérience traumatisante du chlordécone. De la même façon, résumer la situation dramatique actuelle qui a tenu face à la quatrième vague grâce au couvre-feu imposé pour cause d’insécurité, ou celle de l’Afrique du sud, à des scories du colonialisme, de l’esclavagisme serait pour le moins réducteur. Sinon comment expliquer qu’à l’autre bout de la planète covid les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets? La Réunion et Mayotte ont vu leur couverture vaccinale complète atteindre près de 63% et 53% début octobre. Et la vaccination contre le Covid-19 est devenue obligatoire à la suite de l’adoption à l’unanimité du Congrès de la Nouvelle-Calédonie de la délibération n° 44/CP du 3 septembre 2021, instaurant une obligation vaccinale contre le virus SARS-CoV-2 à l’ensemble des personnes majeures sauf contre-indication médicale.  

Les résistances au vaccin en Guadeloupe, là où la mortalité hospitalière liée à la pandémie a battu des records – l’équivalent de 60 000 morts en deux mois rapportés à l’échelle de la métropole – expriment, nous dit la sociologue Stéphanie Mulot «une posture de « nationalisme identitaire » et s’enracinent dans des idéologies néolibérales et des aspirations décoloniales spécifiques». D’autres éléments rapprochent encore l’Afrique du sud et la Guadeloupe : les théories complotistes qui vont de la stratégie décidée par on ne sait quelle puissance de diminution de la population mondiale – ici d’un « négricide » ciblé donc – à la peur du vaccin plus grande que la peur de contracter le virus, dont les effets seraient facilement contrôlés par différentes pharmacopées traditionnelles ou d’autres médicaments de recyclage sciemment oblitérés par Big Pharma.  

En métropole, on a observé combien le glissement s’est opéré lors des deux premières vagues d’un rassurisme populiste et scientiste à un certain négationnisme. Si les «rassuristes» de la première heure se sont repliés sur les réseaux sociaux, l’hydre survit. Notamment sur des thèmes plus sournois. Comme l’idée que le Covid ne circulerait pas chez les enfants, ou que l’immunité naturelle permettrait de contrôler la pandémie et que les vaccinés, «première source de contamination», représenteraient en fait «trois milliards de cocus» trompés par les experts et la Science, selon l’assertion totem (sur LCI !) d’André Bercoff, assertion qui ne saurait résumer son oeuvre désinformatrice. Un jour peut-être pourra-t-on analyser l’impact en terme sanitaire qu’auront eu ces faussement rassuristes et vrais polémistes de tout bord sur l’hésitation vaccinale et le contournement du pass.  

Au-delà du virus, du non-accès des pays émergents aux vaccins, partout dans le monde la désinformation tue. 

Cet article a été précédemment publié sur le site de l’Express. Nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de la rédaction.