L’Inserm valide les salles de consommation

Des effets positifs en termes de santé publique. Tel est le constat de l’Inserm qui a évalué les salles de consommation à moindre risque (SCMR) de Paris et de Strasbourg, à la demande de la Mildeca. Éléments clés du rapport paru en mai 2021.

Cette évaluation scientifique, conduite entre 2013 et 2021, repose sur une approche pluridisciplinaire (épidé- miologie, économie de la santé et sociologie) qui a mobi- lisé plus de quarante scientifiques dans quatre équipes de recherche. Elle se décline en trois volets :

– une cohorte Cosinus pour suivre les indicateurs de santé de 665 usagers de drogues, une partie fréquentant une SCMR, une autre partie d’usagers de Bordeaux et Marseille, deux villes « témoins » sans salle de ce type ;

– une étude Cosinus éco qui fournit une évaluation médico-économique sur le long terme ;

– et une recherche sociologique sur l’acceptabilité sociale de la SCMR de Paris et son impact sur la tranquillité publique.

Bénéfices sur la santé

À l’inclusion dans la cohorte Cosinus, les participants avaient un âge médian de 38 ans, 20% étaient des femmes, 43% occupaient un logement très précaire (dans la rue, squat, voiture) et 20 % avaient un emploi. L’injection quotidienne de substances était pratiquée par 60 % des participants et le partage du matériel d’injection usagé par 18 %. Un quart des injecteurs de l’étude déclarait être infecté par le VHC et 5,4 % par le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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Le rapport met en évidence que les consommateurs de drogue qui ont une fréquentation «moyenne ou haute» de la SCMR, ont «moins de risque de déclarer des pratiques à risque (échange de matériel d’injection usagé), de déclarer des abcès, d’avoir eu une overdose non fatale, d’aller aux urgences, de s’injecter dans l’espace public et de commettre des délits en comparaison à ceux qui avaient une fréquentation basse ou pas de fréquentation» de la structure.

Le constat est plus mitigé en ce qui concerne l’accès aux soins, ce que les auteurs relient à la plus grande précarité des populations utilisatrices des SCMR vs les personnes utilisant les autres structures de soin et de RdR (Caarud et Csapa). La surreprésentation de patients n’ayant pas de couverture sociale et la relative «nouveauté» de ces lieux expliquent ces limites, qui pourraient être dépassées notamment par une articulation plus forte des SCMR avec d’autres services ou professionnels du soin, selon l’InsermInserm Institut national de la recherche médicale.
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Les usagers de drogue interrogés ont confirmé «l’amélioration de leurs conditions d’injection depuis la mise en place de la SCMR et la diminution de leurs injections dans l’espace public. La SCMR leur permet ainsi de bénéficier d’un espace protecteur et d’être moins stigmatisés», précise le rapport.

Coût-efficacité

La modélisation réalisée par l’institut pour simuler sur le long terme (jusqu’en 2026) les effets et les coûts des SCMR par rapport à la situation sans SCMR, estime qu’en incluant 2 997 injecteurs à Paris et 2 971 à Strasbourg, pourraient être évités 6% des infections VIH et 11% des infections VHC, mais surtout 69% des overdoses, 71% des passages aux urgences et 77% des abcès et des endocardites associées. La réduction de l’incidence de ces évènements se traduirait par 22 et 21 décès évités sur dix ans pour les SCMR de Paris et de Strasbourg, respectivement. Soit une économie de coûts médicaux d’environ 11 millions pour les deux SCMR.

La question de l’acceptabilité

La dernière partie de l’étude se fonde sur 160 entretiens menés auprès des parties prenantes, l’analyse des données de l’enquête Eropp sur l’opinion des français sur les SCMR en 2018, une analyse des discours dans la presse et une étude des traces de consommation dans l’espace public avant et après l’ouverture de la salle. Si le dispositif fait désormais l’objet d’un consensus dans l’opinion générale selon l’Inserm –avec 80,2% des Français favorables aux SCMR, 75,9% des Français favorables à l’ouverture de nouvelles salles– le sujet reste « clivant » pour les associations de riverains: «c’est souvent moins le dispositif même de SCMR qui est critiqué que son emplacement en zone résidentielle».

Pourtant, l’étude des traces de consommation (seringues, emballages de médicaments, etc.) dans un périmètre proche de la SCMR met en évidence une diminution significative des seringues abandonnées dans l’espace public, leur nombre ayant été divisé par 3 depuis l’ouverture de la salle. Et la proportion de délits commis par les utilisateurs de la SCMR est significativement moins importante comparée aux non-utilisateurs… La persistance d’injections dans l’espace public cristallise les difficultés, ainsi que les troubles à l’ordre public, alors qu’il est impossible de distinguer s’ils sont le fait des usagers de la salle. Pour la Mildeca, ces salles «ne résolvent pas, à elles seules, l’ensemble des problèmes de santé et de tranquillité liés à l’usage de drogues. L’évaluation des expérimentations menées à Paris et Strasbourg démontre cependant que de nouvelles implantations méritent d’être étudiées, en fonction des contextes locaux, en complément des autres dispositifs d’accompagnement, de RDRD, et de sécurisation de l’espace public.»