Les anticorps monoclonaux à la rescousse contre les formes graves du Covid-19

Face aux formes graves de la maladie provoquées par le SARS-CoV-2, les médecins disposent depuis peu d’une nouvelle solution thérapeutique efficace, avec l’arrivée des anticorps monoclonaux, ou mAb.

Si les vaccins attirent toute l’attention à l’heure de cette 5e vague et de l’apparition du variant Omicron, la recherche sur les traitements se poursuit et les anticorps monoclonaux sont l’alternative la plus avancée. Les anticorps monoclonaux ciblent spécifiquement la protéine spicule, ou «spike » en anglais, située à la surface du SARS-CoV-2, neutralisant ainsi la capacité du virus à se fixer et à pénétrer dans les cellules humaines.

Les anticorps font partie de la réponse immunitaire: ce sont les protéines de défense que notre système immunitaire produit lorsqu’il est exposé à un micro-organisme infectieux. Ils sont également produits lors d’une vaccination efficace. Les anticorps s’attachent au microbe et le signalent ainsi au reste du système immunitaire, en vue de l’éliminer.

Les anticorps monoclonaux sont des anticorps fabriqués spécifiquement pour traiter une maladie. Ils sont produits par des cellules choisies pour leur capacité à produire l’anticorps recherché, après l’exposition à une protéine cible. Les anticorps monoclonaux permettent ainsi de neutraliser une protéine précise, sans en affecter d’autres. Le mode de production de ces anticorps fait appel à des procédé de multiplication artificielle in vitro, ce qui explique leur coût élevé.

En France, plus de 30 anticorps monoclonaux sont commercialisés et utilisés dans le traitement de maladies inflammatoires chroniques, telles que la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde.

L’utilisation des mAbs en France

La Pr Laurence Weiss, cheffe du Service d’immunologie clinique au sein de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HPAP-HP Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
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) a présenté les indications en thérapeutique et en prophylaxie de ces mAb lors d’un webinaire organisé par l’ANRS- Maladies infectieuses émergentes le 9 décembre. 

En traitement du CovidCovid Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2.
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, ils sont utilisés chez les patients infectés à risque de développer une forme grave à moins de 5 jours des débuts des symptômes. Ce qui rend leur utilisation compliquée, en raison de problèmes logistiques, indique la Pr Laurence Weiss. 

En France, le Ronapreve (casirivimab et imdevimab) de Roche a reçu en août 2021 une autorisation en accès précoce (pour 5 mois) en prophylaxie préexposition pour les + 12 ans et plus, n’ayant pas développé du fait de leur immunodépression une réponse vaccinale satisfaisante ET appartenant à un groupe à très haut risque de forme sévère de Covid. Selon la Pr Weiss, cette bithérapie Ronapreve affiche une réduction de 80 % du risque d’hospitalisation et de décès. Mais des données complémentaires sont nécessaires pour connaître l’efficacité, en baisse semblerait-il, du médicament de Roche (l’ex-Regeneron rendu célèbre par Donald Trump) face au nouveau variant Omicron.

La combinaison développée par AstraZeneca conserverait, elle, toute sont efficacité contre le variant Omicron. Ce cocktail (AZD7442, tixagevimab et cilgavimab) vient d’obtenir son autorisation par la Food and Drug Administration et par la Haute Autorité de Santé (HAS), pour la même indication en prophylaxie. Le traitement, déjà autorisé en Australie début novembre, réduit de 77 % le risque de développer une forme symptomatique de Covid 19, selon un essai de phase 3 (avant Omicron, donc). Dans ce contexte d’émergence des nouveaux variants, les anticorps monoclonaux sont une alternative qu’il ne faut pas négliger, souligne l’ANRS. De nouvelles combinaisons sont à l’étude, pour permettre aux personnes immunodéprimées –environ 25 % n’ont pas d’anticorps détectable après la troisième dose de vaccin, selon la HAS– de disposer d’une alternative.

La Haute autorité de santé (HAS) reste pourtant prudente: Dans une décision tombée le 10 décembre 2021, elle n’a pas autorisé l’accès précoce du molnupiravir (Lagevrio®, Merck) en traitement curatif des formes légères et modérées du Covid-19Covid Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2.
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. Le gouvernement semblait beaucoup miser sur l’arrivée imminente de l’antiviral oral, avec 50 000 doses commandées. Pour se justifier, la HAS a déclaré dans un communiqué que: «Les résultats avancés par le laboratoire sont moins bons que ceux des traitements disponibles: 30% de réduction des risques de progression vers les formes graves de la maladie alors que l’efficacité pour les anticorps monoclaux casirivimab-imdevimab est d’environ 80% sur ce même critère.» Positionnant ce produit antiviral, comme le suggérait l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), pour les patients n’ayant pas accès ou une contre-indication au anticorps monoclonaux. 

De nouveaux mAbs à l’étranger

L’AFP indique le 9 décembre que la Chine vient de donner une «approbation d’urgence» pour un traitement chinois contre le Covid 19 à base d’anticorps monoclonaux. Le traitement, administré par injection, a été mis au point conjointement par l’Université Tsinghua à Pékin, l’Hôpital No.3 de Shenzhen (sud) et l’entreprise Brii Biosciences. Les essais cliniques montrent que le traitement permet de réduire de 80 % les hospitalisations et le risque de décès chez les patients fragiles, selon l’Université Tsinghua.

Au Royaume-Uni, le sotrovimab, l’anticorps monoclonal de GSK, a obtenu l’autorisation du régulateur le 2 décembre.  Enfin, le Regkirona ou Regdanvimab, commercialisé en Corée du Sud, n’a pas de date d’autorisation de mise sur le marché prévue en France. 

Qui peut avoir accès aux mAbs ?

En France l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a autorisé l’utilisation d’anticorps monoclonaux en accès précoce pour traiter les patients adultes à risque de forme grave de la Covid-19. Selon l’ANRS-Maladies infectieuses émergentes, il s’agit de personnes ayant connu:
– une transplantation d’organe solide
– une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques
– un maladie rénale avec DFG <30 mL/min ou dialyse
– un lupus systémique ou vascularite avec traitement immunosuppresseur
– un traitement par corticoïde >10 mg/jour d’équivalent prednisone pendant plus de 2 semaines
– un traitement immunosuppresseur incluant rituximab
– une infection par le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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non contrôlée ou un stade sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome.
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