CROI 2021 — Je rêve au retour du monde d’après*

Malgré la pandémie mondiale, Gilles Pialoux couvre la CROI 2021, en version virtuelle, pour le e-journal de la Lettre de l’épidémiologiste et pour Vih.org.

Il faisait plutôt doux ce matin à Chicago, le ciel était partiellement couvert. Les vents du nord qui soufflent généralement du lac Michigan, et nous surprennent dès le dernier bloc effacé avant un pont, étaient apaisés. Melrose Park avait sa posture d’hiver et en remontant sur Grand Avenue on tombait sur un des vaccinodromes qui ont fleuris aux États-Unis depuis la crise de la Covid. Où s’y déroule un essai intitulé “phase IB Plus” qui s’adresse… à 3,2 millions d’habitants de l’Illinois! Avec une priorisation dont on aurait rêvé en France si la HAS l’avait préconisée et que les doses vaccinales ne venaient pas à manquer: à la fois les populations les plus fragiles, mais aussi les “métiers essentiels” dont bien sûr les soignants. Fumer, par exemple, figure même dans la liste des sésames à l’offre vaccinale. C’est dire. Sinon le cours du blé a rebondi. Les Chicago Blackhawks ont été battus au hockey par les Tampa Bay Lightning (3-6). Voici pour le décor virtuel.

Pour le reste cette deuxième journée de la CROI dématérialisée préfigure une CROI qui manque de volume dans tous les sens du terme. Une CROI en 2D, assez plate donc. Seule anecdote de cette journée du 9 mars, Sharon L. Hillier, la co-chair woman de la CROI, fait des selfies et des photos de son panel sur zoom en pleine séance avec un smartphone i-tech pendant que Helen J. Abrams (Columbia University, New York) introduit la séance plénière.

Le scoop (l’unique ?) qu’on attendait est donc arrivé dans la session orale no 6 avec une salve de présentations (#121, #122, #123) sur les anticorps monoclonaux anti-Spike du SARS-CoV-2. À l’évidence se retrouve en pole position la communication orale en late-breaker de Myron Cohen (#121). Avec les résultats attendus de l’étude BLAZE-2 (rien à voir avec l’argot des années 1930) sur l’utilisation du bamlanivimab, le seul anticorps monoclonal disponible en France en RTU restreinte. Des données cette fois-ci dans la prévention de l’infection à SARS-CoV-2. Un large essai de phase III, contre placebo, chez les personnels et les personnes vulnérables d’établissement médicalisé (voir la note de lecture de Laurence Morand-Joubert). De quoi largement se réconcilier avec ces anticorps monoclonaux si décriés par ce temps de variants d’échappement puisque, même en monothérapie (il manque les informations concernant les variants sud-africains ou brésiliens), l’étude BLAZE-2 démontre une diminution du taux de positivité par PCR, une diminution de la proportion de personnes présentant une infection symptomatique et une absence totale de mortalité. 

 En parcourant les communications orales, le scoop, comme le Diable, peut se loger dans les détails. Ainsi, Ruian Ke (Los Alamos, États-Unis ; #125), dans une très belle présentation, a martelé que, selon lui, “l’infectiosité s’avérait sans différence significative statistique entre asymptomatiques et symptomatiques”. De quoi rebattre les cartes de la prévention COVID et de l’incitation à la vaccination. 

Petit flash sur le grand moment français, en tout lien d’intérêt avec la communication, dans l’incidence de l’essai ANRS-PRÉVENIR, par Jean-Michel Molina avec près de 50 % des participants (n = 3 067) qui ont retenu le schéma à la demande mis en place dans le sillage d’Ipergay avec une incidence globale de 0,11 % personnes-année (0,04-0,23) soit 6 contaminations pour 361 infections évitées. De quoi conforter la quête d’un scaling-up de la PrEP (voir l’interview du Pr Molina demain dans notre dernière édition + le zoom du jour).

Toujours dans la francophonie, il y a eu l’excellente intervention de la non moins excellente Alexandra Calmy (Université de Genève) sur les nouveaux antirétroviraux en développement. À commencer par ceux qui ont été récemment approuvés par les agences internationales du médicament: l’ibalizumab, le fostemsavir, la dapivirine, l’association cabotégravir et rilpivirine en injectable et le cas de cabotégravir par voie orale. Alexandra a passé en revue les molécules actuellement les plus avancées, notamment les nouveaux nucléosides : MK-8507, MK-8591 (islatravir), le lénacapavir, les inhibiteurs de maturation GSK’254 et GSK’937, etc.

Alexandra Calmy s’est longuement arrêtée sur l’innovation en matière de long acting, que ce soit par voie orale, parentérale ou en implant. Le long acting qui intéresserait non seulement le VIH, mais aussi l’ostéoporose, la schizophrénie, la contraception… Un autre concept sera retenu en filigrane de cette 28e CROI, l’apparition, dans les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la santé 90-90-90, d’un quatrième item correspondant à 90 % de qualité de vie jusqu’à l’âge de… 90 ans. Sans oublier au passage les inégalités d’accès aux essais thérapeutiques anti-VIH.

Et de rappeler que 59 % de la population des États-Unis vivant avec le VIH ne peuvent être inclus dans les essais cliniques, notamment les personnes les plus âgées, les enfants, les femmes enceintes, ceux ayant un déficit physique ou intellectuel… La mère des batailles –du VIH à la Covid-19– est bien la lutte contre les inégalités. 

Cet article a été publié initialement dans le e-journal de « La Lettre de l’infectiologue » couvrant la conférence, nous le reproduisons ici avec leur aimable autorisation.

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