Un regard sur les forums en période de confinement

Les forums en ligne d’usagers de drogues, en lien ou non avec des structures de réduction des risques, sont une ressource incontournable d’informations pour nombre d’usagers. Chacun peut y déposer un témoignage, partager ses expériences et trouver un écho sur tout le territoire, et même au-delà dans l’espace francophone (Belgique, Suisse, Québec, etc.).

Dans une logique d’autosupport, les usagers y partagent une quantité impressionnante d’informations, faciles d’accès et anonymes. Ces plateformes constituent un moyen d’observation privilégié, non seulement des phénomènes émergents, mais aussi des problématiques liées à la santé communautaire. En cette période de crise sanitaire, les forums d’usagers jouent plus que jamais leur rôle : rapidité des échanges, réactivité, ils parviennent à proposer à leurs utilisateurs un véritable soutien. L’un d’entre eux, le forum Psychoactif qui est devenu une référence dans le paysage français de la réduction des risques, a connu une forte augmentation de sa fréquentation depuis l’instauration du confinement. 

Face à la consommation

Les circonstances actuelles imposent aux usagers de drogues une confrontation directe avec leur(s) consommation(s) dans un cadre contraint où ils doivent gérer l’isolement ou la proximité sociale constante ; la perte d’activité ou le devoir de continuer à travailler.

À cela viennent s’ajouter les questions de l’approvisionnement en produit, mais aussi des moyens d’accès aux traitements ou au matériel d’injection, rendus plus difficiles. Les usagers, dispersés, loin de leurs habitudes sociales peuvent ainsi se retrouver en ligne pour échanger. Les questions sont multiples, les informations foisonnent et le partage d’expériences fait sa part au soin. Certains viennent y dévoiler leurs stratégies d’autorégulation ou partagent leur anxiété vis-à-vis des stocks qui s’amenuisent. 

Difficulté de gérer les consommations

Les remparts construits par certains usagers aguerris apparaissent parfois comme fragiles. De nombreux témoignages rapportent un report des consommations sur d’autres produits, particulièrement l’alcool comme substitut d’un produit manquant. Plusieurs témoignages rapportent des « pertes de contrôle ». Les discussions concernant le sevrage consenti ou non, ses symptômes et ses risques, sont alimentées quotidiennement. Perçu pour certains comme un défi, il apparaît pour d’autres comme une (double) peine. 

La question de l’approvisionnement

Les stratégies d’approvisionnement des usagers sont elles aussi mises à mal. Nombreux sont les témoignages relatifs aux arnaques, aux prix exorbitants ou aux pénuries locales, sur fond de recherche d’anciens points de vente encore actifs. Les usagers rapportent que l’adaptation des revendeurs a mis un certain temps à se mettre en place, et de façon très inégale, selon les régions. Dans la plupart des départements ruraux, les deux seules possibilités mentionnées semblent être le sevrage, ou les commandes sur le darknet. Cependant, celles-ci ne sont pas épargnées par les conséquences du confinement. Impactées par la fermeture des frontières, les commandes pâtissent du ralentissement de l’activité de la poste ou bien de l’augmentation de la demande en ligne. Les livraisons se font attendre plus longtemps et les usagers s’impatientent. On lit que les commandes à des vendeurs français sur le darknet seraient plus sûres, celles-ci ne transitant pas par les frontières. Cependant, sur ce marché aussi les prix varient fortement en cette période où la demande semble dépasser l’offre.

Rationnement et hausse des prix

Pour certains produits, comme l’herbe et la résine de cannabis, dans la plupart des régions oùle trafic de rue fonctionne toujours, les usagers rendent compte de prix en très forte hausse et de qualité en diminution. Certains témoignages font état aussi d’une forme de régulation de la demande par l’offre, puisque certains points de vente imposent des quantités maximales, afin de pouvoir honorer toutes les commandes. Les personnes coutumières de l’achat en livraison perdent peu à peu leurs contacts, même si certains réapparaissent après une période d’absence. Les quelques revendeurs se livrant encore à cette activité semblent ne plus accepter de se déplacer que pour des montants conséquents ou moyennant une sorte de taxe supplémentaire. Beaucoup d’usagers isolés, faisant face aux limites de leur(s) consommation(s), en quête de substituts, sont à la recherche de conseils sur les types de produits encore accessibles (CBD, opiacés légaux, benzodiazépines, TSO…). Modérateurs et usagers partagent leurs vécus et guident les moins expérimentés vers un lieu d’écoute, ou dans des structures spécialisées permettant la mise en place d’un traitement : 

Très vite, plusieurs fils de discussions ont été compilés par l’équipe du forum et des renseignements précis ont été mis à la disposition des personnes fréquentant le site. En lien étroit avec les structures de terrain, Psychoactif permet l’orientation vers des prises en charges spécifiques : depuis les moyens d’accès au TSO, les modalités de renouvellement, l’accès au matériel. Le site propose aussi des questionnaires en ligne interrogeant l’évolution des consommations à cette période. Ces sujets comptabilisent parfois plus de 42 000 consultations et sont alimentés plusieurs fois par jour. L’échange d’informations, l’écoute et le partage d’expérience prennent une dimension essentielle pour cette communauté hétéroclite. Les usagers s’entraident, et l’équipe du forum oriente et pose un cadre clair aux échanges. En cette période d’isolement, une forme de santé communautaire s’organise sur fond d’entraide et d’écoute.

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