Etude — KABP : Les Français et le VIH/sida en 2010

Les premiers chiffres de l’étude KABP 2010 mettent en lumière une stabilité des comportements dans la population générale, mais une certaine régression des connaissances liées au VIH/sida chez les moins de 30 ans.

Cet article fait partie du Transcriptases n°147.

La KABP n’est pas qu’une soirée légendaire des années 2000, c’est surtout l’enquête sur les connaissances, les attitudes, les croyances et les comportements face au VIH de la population générale (Knowledge, Attitudes, Beliefs and Practices, KABP). Déjà réalisée en 1992, 1994, 1998, 2001 et 2004, elle a été renouvelée en 2010 et les premiers chiffres, concernant l’Île de France, permettent de se pencher sur l’évolution des connaissances face au VIH/sida dans l’ensemble du territoire français.

Comme les chiffres de l’InVS l’indiquent, cette étude a lieu alors que les chiffres de découvertes de séropositivité dans la population générale en 2009 sont en très légère augmentation (6700 personnes). En Île de France, ce nombre est stable depuis 2007 mais est quatre fois supérieur au reste du territoire national. Néanmoins, l’étude de ces chiffres franciliens peuvent nous permettre d’extrapoler les chiffres nationaux, le reste du territoire suivant globalement la même tendance. 

L’enquête nous permet en particulier d’évaluer les connaissances des jeunes Français, ceux qui ont commencé une vie sexuelle après 1996 et l’arrivée des multi-thérapies. Leur rapport à la maladie et aux risques liés au VIH est donc forcément différent.

Des jeunes moins bien informés

Malheureusement, pour la première fois depuis le début des enquêtes KABP, ce sont les jeunes de 18-30 ans qui maîtrisent le moins bien les mécanismes de transmission et de protection, reflétant une évolution globale des connaissances liées au VIH.

Si les Franciliens sont 99% à connaître les modes de transmissions du VIH que sont les rapports non protégés et l’échange de seringue, en 2010, ils restent 21% à penser que le VIH peut être transmis par une piqûre de moustique. Une proportion qui grimpe à 25% chez les plus jeunes répondant à l’étude, soit le même chiffre qu’en 1992.

Depuis 1998, les Franciliens sont de moins en moins nombreux à considérer le préservatif vraiment efficace contre la transmission du virus. (58,8% en 2010 contre 73,2% en 1994). Vingt-cinq pour cent des répondants franciliens pensent par ailleurs que le VIH peut se transmettre lors de rapports avec préservatifs, une proportion qui serait encore plus élevée chez les 18-30 ans.

La stratégie de prévention centrée sur le recours au test de dépistage par le partenaire est jugée efficace par 90% des jeunes répondants, un chiffre à rapprocher de la faible proportion de jeunes (12%) qui accepteraient d’avoir des rapports protégés avec une personne atteinte. Soit moins que leur aînés, pour la première fois depuis 1992. A ce sujet, il serait intéressant de connaître l’évolution des comportements depuis l’avis suisse, qui souligne qu’une personne sous traitement dont la charge virale est indétectable ne transmet presque plus le virus; Le Treatment as Prevention (TasP) n’est pas du tout mentionné dans cette étude.

Enfin, si les Franciliens sont plus nombreux à connaître l’existence des ARV (traitements antirétroviraux), c’est chez les jeunes, encore une fois, qu’on trouve la plus grande diminution : En 2010, seuls 59% avaient entendu parlé des traitements.

Le niveau de connaissance des plus jeunes répondants continue donc de baisser depuis 1998 et cette population représente la partie qui maitrise le moins les mécanismes de transmission. Ils sont aussi de moins en moins nombreux à connaître un proche vivant avec le VIH.

Le dépistage bien accepté

Le dépistage est généralement bien accepté. Une majorité de Franciliens y a recours au moins une fois dans sa vie, 79% chez les femmes et 66% chez les hommes, un chiffre qui a presque doublé depuis 1992. C’est chez les jeunes qu’on retrouve la plus forte proportion de recours au dépistage dans les 12 derniers mois.

Enfin, un quart des test franciliens ont été effectués à l’initiative des répondants et près de 70% des répondants d’Île-de-France accepteraient de se faire dépister lors de leur prochaine visite chez un dentiste et 80% chez le médecin ou au service d’urgences.

En 2010, 27% des Franciliens craignent «beaucoup ou pas mal le sida» pour eux-mêmes, soit une proportion comparable aux autres IST.  En revanche, ils sont 38% à craindre d’avoir déjà été contaminé, un chiffre en hausse depuis 1998.

La maladie est désormais perçue comme moins mortelle qu’auparavant, le recours au dépistage semble donc plus aisé.

Un usage des préservatifs variable

Les jeunes Franciliens sont 80% à protéger leur premier rapport sexuel par l’utilisation de préservatifs. L’enquête ne permet pas de savoir si ce chiffre s’applique aux jeunes lors des rapports avec des personnes de même sexe.

En revanche, parmi les personnes ayant déclaré plusieurs partenaires dans l’année, plus de 16% des hommes et des femmes en Île-de-France, et 20% des femmes sur tout le territoire déclarent n’avoir pas utilisé de préservatif dans l’année.

De même, seules 16% des Franciliennes déclarent avoir utiliser un préservatif lors du dernier rapport sexuel, une diminution qui concerne les femmes ne vivant pas avec ce partenaire, mais qui le fréquentent depuis plus de 6 mois.

Globalement, le premier rapport est protégé, mais ensuite, le préservatif est arrêté, sans qu’aucun autre moyen de contraception (ou de protection) ne soit adopté. La hausse des IST chez les femmes d’Île-de-France depuis les 5 dernières années semblent confirmé des pratiques non protégées.

Généralement, les résultats de cette KABP 2010 semblent indiquer que le lien entre VIH/sida et préservatif n’est pas aussi clair pour les plus jeunes qu’il pouvait l’être pour les générations précédentes. Des résultats qui doivent interroger les pouvoirs publics sur les informations qui sont diffusées auprès des jeunes et sur leur pertinence.

Une faible visibilité des personnes atteintes

Les chiffres de KABP 2010 indiquent clairement que la visibilité des personnes vivant avec le VIH est en régression. Si on peut se féliciter de la possibilité pour les personnes atteintes de mener une vie normale, on sait également que connaître une personne atteinte est l’un des principaux facteurs de sensibilisation et de changement du comportement sexuel.  

Encore une fois, les jeunes répondants se distinguent: Ils sont seulement 14% contre environ 25% parmi les plus de 30 ans à connaître une personne séropositive.

Si une écrasante majorité de personnes disent accepter les personnes vivant avec le VIH dans la vie quotidienne, 73% des Franciliens estiment que «pour éviter les discriminations, un-e séropositif-ve a raison de garder son diagnostic secret». Autant pour la visibilité des personnes atteintes.

L’ensemble des chiffres de l’enquête seront exploités au long de l’année 2012, à travers plusieurs publications scientifiques.

> Lire Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/sida en Ile-de-France en 2010, sur le site de l’ANRS.

porta. sem, Lorem consectetur dolor Donec adipiscing nunc venenatis