Question de société — Trans : une nouvelle visibilité

Pour la première fois lors d’une conférence internationale, la communauté transgenre a été véritablement présente, non seulement dans le village associatif ou lors des manifestations organisées en parallèle, mais aussi dans le comité d’organisation et à la tribune.

Cet article a été publié dans Transcriptases n°138

¡No somos el problema, sino parte de la solución! (« Nous ne sommes pas le problème, mais bien au contraire nous faisons partie de la solution ! ») : tel a été le slogan des transgenres à Mexico. Marcela Romero, coordinatrice du réseau des transgenres d’Amérique latine (Red Lac Trans) disait être fière de voir la communauté transgenre prendre une place aussi importante. Lors de nombreuses sessions orales1en particulier « Male and transgender sex workers : identities and vulnerabilities », MOAD03 ou au cours des présentations de posters, cette communauté a été plus que visible et a su se faire entendre.

« Nous faisons la preuve que la communauté transgenre est présente, a expliqué Marcela Romero. Elle a des choses à dire et fait partie de la société civile, au même titre que les hommes ou les femmes biologiques. Qui mieux que nous peut parler de nous ? Nous ne pouvons plus accepter que d’autres parlent à notre place ! » C’est pour ces raisons que la Red Lac Trans, qui regroupe des associations de vingt pays d’Amérique latine, a été créée en 2004, afin de pouvoir s’organiser politiquement et de porter une parole commune, autour de la question de la reconnaissance des droits des transgenres.

Cet engagement politique dans la société civile est primordial. Keyla Simpson en est un bon exemple : consultante auprès du ministère de la Santé au Brésil, elle se bat depuis plus de dix ans pour cette reconnaissance, faisant en sorte que dans son pays, la question transgenre soit incontournable dans les débats publics2Eleuterio M et al., « Prevention and advocacy : strengthening the transvestite network », MOPE1049.

Une situation de grande vulnérabilité

Au cours des différentes sessions orales, la communauté transgenre présente à la tribune ou dans la salle, a rappelé une fois de plus que des actions de prévention pour lutter contre le VIH/sida doivent être pensées avec et pour cette communauté.

Les transgenres sont victimes de discriminations multiples, ce qui les rend plus vulnérables face au VIH/sida. Il est temps de ne plus penser la prévention pour les transgenres comme étant identique à celle des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Les voix sont unanimes pour réclamer l’élaboration de véritables études épidémiologiques, afin d’obtenir des données fiables sur la prévalence du VIH chez les transgenres.

Lors des différents débats, l’accent a été mis sur les questions de prévention mais aussi sur les droits et les devoirs des transgenres. En effet, comme l’a souligné Valentina Riascos Sanchez, représentante d’une association colombienne au sein de la Red Lac Trans, il est difficile pour une transgenre de prendre soin de son corps et d’utiliser des préservatifs quand l’estime de soi est au plus bas. Comment se penser en tant qu’acteur de sa propre vie et acteur de prévention si, dès le plus jeune âge, on fait partie d’une communauté discriminée, violentée, mise au banc de la société ?

Pour Valentina Riascos Sanchez, il est urgent de travailler tous ensemble à la reconnaissance des droits des transgenres et de leurs donner une image publique qui soit différente de celle de la prostitution ou de « la coiffeuse folle »3Riascos Sanchez V et al., « Peer-led assessment of transgender sex workers in Cali, Colombia », THPE0412.

De fait, les transgenres se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité : en Amérique latine, leur espérance de vie est d’environ 35 ans seulement. Les décès sont dus dans la majorité des cas soit au VIH, soit à des violences physiques. L’absence d’application des droits fondamentaux pour les transgenres ne fait qu’accroître leur vulnérabilité.

Les revendications des transgenres sont proches de celles des travailleurs du sexe, ces derniers étant également trop souvent persécutés et stigmatisés. D’autant, comme l’a précisé Marcela Romero, que le travail sexuel est bien souvent la seule alternative économique pour cette communauté. De nombreuses transgenres souhaitent poursuivre leurs études supérieures, mais compte tenu des discriminations subies sur les bancs de l’école ou de l’université, elles sont dans l’obligation de mettre un terme prématuré à leurs études.

« Carte d’identité » transgenre

Au sein de son association à Cali (Colombie), Valentina Riascos Sanchez tente de lutter contre toutes les formes de discriminations. Elle a créé une « carte d’identité » transgenre, reprenant la photo de la personne, ainsi que ses nom et prénom féminin4Riascos Sanchez V et al., « ID cards that reflect gender identity can play role in reducing vulnerability of transgender sex workers », MOAD0305. Au recto de cette carte sont inscrits quelques articles de loi sur les droits des personnes en cas d’arrestation et la liberté de chacun à pouvoir exercer le travail sexuel. Valentina souhaiterait que toutes les personnes transgenres puissent être en possession de cette carte, afin de faciliter les relations avec les autorités, réduire le nombre de violences policières et oeuvrer aussi pour que les transgenres puissent être appelées par leur prénom féminin.

Ce dernier point semble primordial pour la prise en charge médicale de cette communauté. En effet, selon Marcela Romero, un nombre important de transgenres vivant avec le VIH négligent leur suivi médical, faute d’un accueil respectueux et non stigmatisant dans les établissements médicaux. Comment se sentir à l’aise dans un lieu de soins quand tout le monde, y compris le médecin, vous parle au masculin ?

Rendez-vous à Vienne

La XVIIe conférence internationale sur le sida tout juste terminée, la communauté transgenre commence déjà à préparer l’édition 2010, qui se tiendra à Vienne. La Red Lac Trans souhaite une présence encore plus importante au cours de celle-ci.

Pour Marcela Romero, il s’agit de préparer dès maintenant la communauté à cet événement, à la fois en donnant des cours d’anglais pour pouvoir exprimer au mieux les revendications, mais également en faisant un travail de lobbying afin que les transgenres soient représentées lors d’une session plénière.

Un réseau en France et en Europe ?

Mais qu’en est-il pour la France ? A la veille de la remise par la Haute autorité de santé d’un rapport sur les transgenres, Camille Cabral, directrice du Pastt (Groupe de prévention et d’action pour la santé et le travail des transsexuel(le)s) à Paris, souhaiterait qu’un réseau similaire à celui qui existe en Amérique latine puisse voir le jour en France et par la suite en Europe. Selon elle, la Red Lac Trans doit servir d’exemple en termes d’« empowerment » pour l’ensemble de la communauté transgenre internationale.

Même si nous pouvons observer en France quelques avancées, comme le chapitre spécifique à la prise en charge médicale des transgenres séropositifs au sein du Rapport Yéni 20085Rapport 2008 « Prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH » sous la direction du Pr Patrick Yeni, Médecine-Sciences Flammarion, le chemin semble encore long pour y arriver. Il est donc plus que jamais urgent de se mobiliser avec et pour cette communauté, dont nous avons beaucoup à apprendre, que l’on soit transgenre ou non. Comme l’a dit Valentina Riascos Sanchez en conclusion de sa présentation orale : « ¡ No es necesario ser por defender ! » (« il n’est pas nécessaire d’être [transgenre] pour [les] défendre ! »).

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