Les résultats préliminaires de Tsepamo, étude d'observation indépendante menée par la Dr Rebecca Zash, ont relevé 4 cas d'anomalies du tube neural (ATN) sur 426 femmes qui sont tombées enceintes alors qu'elles prenaient du dolutégravir. Ce qui représente un taux de 0,9 %, à comparer au taux de 0,05 % observé chez les femmes traitées avec de l’efavirenz et de 0,09 % chez les femmes séronégatives. Une différence statistiquement significative. 

Prévalence des troubles du tube neural selon l'exposition - AIDS 2018

Présentées à Amsterdam lors de la Conférence mondiale de juillet 2018, ces données avaient déjà été annoncées en mai dernier. Aucun signe d’anomalie congénitale n’avait alors été détectée dans le petit groupe qui avait commencé le dolutégravir pendant le premier trimestre (soit 280 femmes), un cas a depuis été identifié. C’est parmi les femmes qui avaient commencé le dolutégravir avant la conception que les chercheurs ont identifié la majorité des malformations. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le dolutégravir (ViiV Healthcare) avait été testé pendant la grossesse chez des rats et des lapins, sans qu’il soit trouvé aucun indice d’anomalies congénitales.

D'autres données nécessaires

Mais l’OMS et les médecins présents à la conférence d’Amsterdam veulent garde la tête froide: Pour que ce risque soit confirmé, étant donné qu'il s'agit d'une analyse intermédiaire d'une étude d'observation portant sur un seul pays, ces résultats devront être suivis d'une analyse complète ainsi que par d'autres études. C’est ce qu’a annoncé la Dr Rebecca Zash pour fin mars 2019. L’équipe souhaite étendre sa surveillance à 18 sites, pour couvrir ainsi 72% des naissances du pays (contre 45% actuellement).

La population de l'étude Tsepamo - AIDS 2018

Le Botswana a été choisi comme site pour l’étude grâce à ces bons records de naissance et le fait que plus de 95% des femmes accouchent dans un centre de santé. C’est aussi un pays de forte prévalence (25% de personnes vivant avec le VIH) et plus de 90% des femmes enceintes sont sous traitement antirétroviral. L’étude a eu lieu dans 8 des plus grandes maternités du pays. 

L’étude Tsepamo était à la base censée étudier les malformations liées à la prise d’efavirenz pendant la grossesse, en les suivant pendant 4 ans. Mais en 2016, suite aux recommandations de l’OMS, le dolutégravir a remplacé l’efavirenz dans le traitement de première ligne, avec le tenofovir et l’emtricitabine. Contrairement à l’efavirenz, le dolutégravir ne présentait a priori pas de risque de fausse couche.

A Amsterdam, le Dr Jade Ghosn ( AP-HP ), président de la Société française de lutte contre le sida (SFLS), a accepté de répondre à nos questions sur ce que cette étude va changer pour les femmes enceintes, alors que les résultats de l'étude Gemini confirme l'intérêt du dolutégravir en bithérapie:


Un événement très précoce dans la grossesse

Le dolutégravir est un inhibiteur de l’intégrase. Le tube neural est la base de la moelle épinière, du cerveau, de l'os et des tissus qui l'entourent. Les anomalies du tube neural se produisent lorsque le tube neural ne se ferme pas complètement; cette formation a lieu entre 0 et 28 jours après la conception, c'est-à-dire avant que la plupart des femmes n'aient reçu la confirmation qu'elles sont enceintes. Les anomalies du tube neural peuvent être liées à une carence en folate, à d'autres médicaments ou à des antécédents familiaux. 

L'OMS recommande aux femmes de prendre quotidiennement des suppléments d'acide folique avant la conception et pendant la grossesse pour aider à prévenir les anomalies du tube neural. Ce n'était pas le cas des femmes participant à Tsepamo. On ignore pour le moment si une prise d'acide folique concomitante avec celle du dolutégravir réduirait les risques d'anomalies du tube neural.

L’OMS, qui a recommandé l’utilisation du dolutégravir en première ligne, n’a pas attendu pour publier une note d’information interne sur l’utilisation du dolutegravir chez les femmes en âge de procréer (21 mai 2018).